Il était 3h20 du matin lorsqu'il a quitté la scène. Près de quatre heures de feu devant un public insatiable, danseurs en sueur entassés aux pieds du maître, tous enclins à faire s'écrouler les structures du temple. Voilà ce à quoi ont eu droit les fans de Prince au Métropolis. Fans finis, il va sans dire.

Alain Brunet

Une paire d'heures après avoir démarré NPG, sa redoutable et célébrissime machine, après avoir déclenché une suite infernale de chansons originales et reprises nappées de sauce princière, le leader nous a servi une série hallucinante de rappels, pour employer un euphémisme. Tard dans la nuit, il a enchaîné les classiques que tous réclamaient: Let's Go Crazy, 1999, Little Red Corvette, Purple Rain, Rasberry Beret, Cream, le tout émaillé de relectures incandescentes de Sly and The Family Stone  - Everyday People et Thank You For Letting Me Be Myself Again...

Les deux premières heures de cette escale mémorable ont été marquées par de longs grooves essentiellement funky, explorations instrumentales entre les chorus de chaque chanson. Outre le funk et la soul, les références furent rock, pop, parfois bluesy ou même jazzy. Bref, à la hauteur de cette connaissance exceptionnelle de la musique populaire dont fait état Roger Nelson alias Prince.... ou je ne sais quel signe cabalistique. On a pu reconnaître des reprises superbement appropriées telle Crimson Clover qu'on peut entendre sur le récent Lotusflow3r - un des trois albums que Prince a bouclés entre 2009 et 2010! Avant le dessert, les pièces connues ont été rares pour ne pas dire quasi-inexistantes; on aura applaudi la version allongée et bien sentie de Controversy.

Chose certaine, la cinquantaine ne l'a visiblement pas freiné! Pas un milligramme de tissus adipeux, pas une ride, toujours cette énergie hallucinante. Encore souple, encore vif, charismatique au max. Meilleur chanteur (timbre moins «rasoir» qu'avant),  meilleur guitariste que jamais. À ce titre, le Prince nous a donné une méchante leçon de précision mélodique, de maîtrise harmonique, de recherche texturale, de son. Un son encore plus riche, encore plus mature. Et oui, le vétéran s'améliore encore. Voilà le lot des musiciens doués qui ne cessent de travailler, qui ne se tiennent pas pour acquis. À ce titre, la prolificité de Prince est certes l'un des plus remarquables sur la planète pop. Voilà un des très rares artistes dont la création quotidienne est une pratique essentielle à la vie à la mort.

L'orchestre? Souplesse, compétence absolue de chacun: beats parfaits du costaud John Blackwell, basse parfaitement funky-blues-rock-pop de la blonde Ida Nielsen, duo de claviers complémentaires que forment Cassandra O'Neil (plus jazz) et Morris Hayes (plus pop), sans compter les choristes de puissance Olivia Warfield et Shelby Johnson auxquelles s'ajoute la chanteuse et guitariste Andy Allo - dont le look n'est pas sans rappeler Esperanza Spalding. Et que dire du septuagénaire Maceo Parker, dont la longue expérience auprès de James Brown rejaillit magnifiquement dans la musique de Prince? Ce souffleur d'alto demeure tout simplement fabuleux, chacune de ses interventions suscite l'admiration. Inutile d'ajouter que Prince ne travaille qu'avec la crème de la crème.

Imprévisible aguicheur, il aura pris un malin plaisir à stimuler son public en lui imposant du matériel peu connu avant de le propulser au firmament. Au moment où plusieurs le croyaient capable d'éviter tous ses mégatubes, il a daigné ravir ses fans. Sur scène, j'ai vu Ze Artist à maintes reprises depuis les années 80 dont une particulièrement relevée à Paisley Park. Cette fois fut sans contredit l'une des meilleures.

La plus généreuse d'entre toutes?