Ex-leader du groupe rock Gwenwed, fidèle collaborateur de Pierre Lapointe, Philippe B lance un troisième album qui pompe des extraits du répertoire classique. Manière de collage intégré, sorte de mashup classico-folk, cette collecte de Variations fantômes relève d'un processus de création typique de notre époque.

Mis à jour le 14 mai 2011
Alain Brunet LA PRESSE

Laissons-le décrire ces 14 titres.

Hypnagogie: «Dans ce cas-ci, le texte n'est pas en lien avec l'échantillonnage classique, j'ai écrit un texte personnel dont le refrain est bâti autour de La baigneuse de Trouville (Les mariés de la tour Eiffel) de Francis Poulenc. Le texte est un breakup song, chanson de rupture assez classique. Ça décrit le sommeil du narrateur abandonné, sa somnolence, son réveil...»

L'été: «L'emprunt mélodique provient de L'été des Quatre saisons de Vivaldi qui, étrangement, est le mouvement le plus sombre des quatre.»

La ballerine: «Elle a d'abord été inspirée par un extrait visuel, Anna Pavlova dansant La mort du cygne, associé au Cygne du Carnaval des animaux de Saint-Saëns. J'ai bâti une chanson autour d'un extrait de cette oeuvre. Le texte est en lien avec la danse d'Anna Pavlova, c'est une réflexion sur la beauté et sa nature subjective.»

Petite leçon de ténèbres: «Cette chanson puise dans les Leçons de ténèbres de François Couperin dont je trouvais aussi le titre très évocateur, très fort. Je suis un peu néophyte concernant Couperin, mais j'ai aussi repris l'image du titre de l'oeuvre et j'ai écrit une réflexion sur la noirceur. Sur ce qu'apporte l'obscurité au chapitre du recueillement et de l'intériorité.»

Mort et transfiguration (d'un chanteur semi-populaire): «C'est un exercice à partir du poème symphonique Mort et transfiguration de Richard Strauss. J'ai utilisé un extrait mélodique pour construire cette chanson et j'ai essayé d'en reprendre la démarche poétique: la dernière heure d'un artiste. Ça fait pompeux, mais... j'ai cherché manière amusante.»

Nocturne #632: «Avec les Nocturnes de Debussy, le lien est beaucoup plus ténu. À vrai dire, j'ai plus ou moins échoué dans l'intégration, et j'ai plutôt fait une chanson de nuit en intégrant trois mots des Nocturnes: nuages, sirènes, fête. Davantage une chanson personnelle qu'un exercice de style.»

Le tombeau de Nick Drake, instrumentale: «Le tombeau de Couperin est une oeuvre de Ravel en hommage à Couperin, dont j'ai tiré un extrait et la démarche en rendant hommage à Nick Drake, grand créateur de chanson des années 60, mort prématurément et que j'ai découvert sur le tard.»

Reprise: «Cette musique est composée à partir d'un motif mélodique de Redite (Trois morceaux en forme de poire) de Satie. Les trois premiers accords de Redite sont les trois premiers de ma chanson. Le texte explore l'idée du recyclage, de la récupération... puisque tout a été dit.»

Ma photographe: «C'est une exception au concept. J'ai récupéré le texte d'une chanson écrite pour un autre spectacle et j'ai composé une autre musique. Tout à coup, elle avait du sens pour le projet lorsque j'ai fait faire des photos pour l'album, associées à chaque chanson.»

Chanson pathétique: «C'est la première que j'ai faite, à partir de la Symphonie #6 (La pathétique) de Tchaïkovsky. La définition originelle de pathétique m'inspirait aussi, c'est-à-dire «ce qui émeut par sa profonde tristesse». Une chanson que je résume par cette question: pourquoi se vautrer dans la musique triste quand on est triste?»

California Girl: «Chanson sur l'absence. J'ai déjà eu une blonde partie en Californie... J'ai échantillonné les premières mesures du Quatuor à cordes #14 (La jeune fille et la mort) de Schubert, dont l'intro est très rythmée.»

Croix de chemin: «Cette chanson a été composée hors du processus... mais le texte correspondait parfaitement au concept. Au finish, j'y ai intercalé un extrait de la Messe #6 en mi bémol majeur de Schubert.»

Marie: «C'est la deuxième exception au programme, musique écrite pour un show de danse contemporaine avec Marie Béland (d'où le titre). J'ai reçu de bons commentaires de cette chanson qui a l'avantage d'être un peu plus légère que l'ensemble du répertoire. Ça aide!»

L'amour est un fantôme: «J'emprunte à L'hiver de Vivaldi. La chanson fut aussi créée dans ce même chalet de Morin Heights où Malajube avait enregistré son dernier album juste avant moi. Francis Mineau (batterie) y est d'ailleurs revenu me prêter main-forte, tout comme mon ami Philippe Brault (basse), Liu Kong Ha (percussions), Guido del Fabbro (scie musicale), Josiane Hébert (harmonium, accordéon, voix).»

Voilà autant de Variations fantômes pour hanter nos meilleurs moments... ectoplasmiques!