Le centre-ville d'Austin était d'un grand calme, hier, avec la fin de South by Southwest (SXSW). Les musiciens et les festivaliers étant rentrés à la maison, c'était un retour à la normale dans la capitale du Texas.

Publié le 22 mars 2011
Émilie Côté LA PRESSE

Pour les employés des restaurants et des hôtels d'Austin, c'était plutôt un lendemain de brosse. «C'est fou comme nous avons été occupés, indique Anna, serveuse au restaurant Lambert, l'une des meilleures tables en ville. Chaque année, c'est exponentiellement plus gros!»

Oui, c'était fou. Et maintenant que la poussière est retombée, l'heure est aux bilans. Alors, cette Planète Québec? Nous avons vu beaucoup de cartes professionnelles s'échanger. Et au cours des prochaines semaines, ce sont les courriels qui vont s'échanger.

Déjà, de nombreux médias, dont le magazine NME, ont parlé de Braids, qui arrivait à Austin entouré d'un grand buzz. Les six vitrines auxquelles a participé Malajube ont également été concluantes. «Le groupe a été vu par plusieurs programmateurs de festivals internationaux, de tourneurs, de superviseurs musicaux et de maisons de disques américaines, dont une avec qui nous discutions déjà, explique Gourmet Délice, de Bonsound. La présence du groupe a permis de faire des rencontres en personne et de faire avancer ce dossier qui se concrétisera fort probablement dans les prochaines semaines.»

Il faut penser à long terme et éviter de s'attendre à des retombées immédiates, fait valoir Laurent Saulnier, programmateur des FrancoFolies et du Festival de jazz. «Est-ce que ça va donner des résultats dans 12 jours, 12 semaines ou 12 mois? Il faut prendre le pari qu'il va se passer quelque chose.»

Cette année, c'était la première fois que le Festival de jazz avait un propre showcase à SXSW, avec NEeMA, Leif Vollebeck, Miracle Fortress, Random Recipe, Misteur Valaire et Steve Hill. «Je suis content. Des centaines de personnes sont passées», dit Laurent Saulnier.

Tous ont vanté la disposition du Spill Bar et son emplacement au coeur de la rue piétonnière du festival. C'était le quartier général et le point de rencontre des Québécois entre leurs allées et venues. «Je pense que c'est bon que le Canada et le Québec aient leur espace, mais, parfois, le problème est que tu joues beaucoup devant des gens de ta région, nuance Dan Seligman, directeur-fondateur de Pop Montréal. Il faut un juste équilibre entre la volonté d'exporter sa musique et faire partie de quelque chose de gros. Il y a un risque de se ghettoïser.»

C'est pour cette raison que Pop Montréal et M pour Montréal ont tenu des showcases dans d'autres bars, en collaboration avec des organisations comme Brooklyn Vegan et Exclaim!

La ministre «très satisfaite»

Est-ce que l'initiative Planète Québec sera répétée l'an prochain? «On ne peut jamais engager nos budgets avant de les avoir vus, mais ce n'est pas une aventure qui coûte très cher (170 000 $) pour les répercussions qu'elle peut avoir», a indiqué à La Presse la ministre de la Culture, Christine St-Pierre, qui a fait une visite éclair à Austin samedi et dimanche dernier.

Elle a rencontré notamment Phil Patterson, du UK Trade Investment et l'un des fondateurs de SXSW, le directeur créatif Brent Grulke.

Elle a aussi eu des pourparlers pour faciliter les tournées des artistes québécois aux États-Unis. «Depuis le 11 septembre, c'est difficile d'avoir des visas, explique-t-elle. J'ai vu des gens du Cirque du Soleil, qui m'ont dit qu'il fallait s'y prendre six mois à l'avance pour venir travailler ici. Mais le marché est à côté, on peut y aller en voiture.»

Les représentants québécois de l'industrie de la musique présents à SXSW ont également beaucoup appris dans les différentes conférences. Pour Julien Aidelbaum, de Scène 1425, et Yannick Cimon Mattar, de Get A Room (l'équivalent de Blue Skies Turn Black dans la ville de Québec), l'expérience a été très formatrice en ce qui a trait à la billetterie. «C'est un grand enjeu au Québec», explique le premier. «On veut diminuer les frais de service», ajoute le second, qui est aussi derrière le site Point de vente.

Pour les deux jeunes promoteurs, SXSW permet de «mettre des visages sur des courriels» et de «transmettre sa passion face à face».

Pour les programmateurs, c'est aussi l'occasion de voir jouer des groupes que l'on songe à faire venir à Montréal. «À ce moment-ci de l'année, c'est des confirmations: est-ce que je fais le move ou non?» explique Laurent Saulnier.

Le programmateur voulait voir si le retour de Men Without Hats (le groupe formé à Montréal à qui l'on doit le hit de 1983 The Safety Dance) était probant, par exemple. La réponse: oui. «Encore là, il reste des courriels à envoyer une fois au bureau.»

En rafale

Dans les potins de SXSW, Pascale Picard et ses musiciens ont raté l'avion à Montréal, mais ils ont réussi à attraper un autre vol pour Austin à temps pour leur showcase, samedi soir. Le DJ Diplo n'a pu faire son showcase, car il a été arrêté par la police (pour une raison inconnue), alors que Dan Seligman a dû jouer au garde du corps avec l'acteur Michael Cera, qui joue de la basse au sein du groupe du Montréalais Nick Diamonds, Mr Heavenly. Enfin, Perez Hilton a des goûts vestimentaires atroces.

Suggestion de la semaine

Trio de Los Angeles découvert à South by Southwest, Foster the People propose un rock-électro judicieusement pop, sombre et dansant. Si vous aimez MGMT et Empire of the Sun, c'est un groupe pour vous. www.myspace.com/fosterthepeople

Sorties de la semaine

- Angles, The Strokes

- La musique en moi, Ginette Reno

- Une voix pour Ferré, Catherine Lara

- All You Need is Now, Duran Duran

- Awesome As Fuck, Green Day

- I Remember Me, Jennifer Hudson

- F.A.M.E., Chris Brown

- When you're through thinking, say yes, Yellowcard