Il y a 20 ans, personne n'aurait pu prévoir, même pas lui, que Duff McKagan donnerait une conférence en tant que «conseiller financier» à South by Southwest (SXSW). Mais à 31 ans, l'ancien bassiste de Guns N' Roses a vu sa vie prendre un grand virage quand un médecin lui a dit: «Si tu bois encore, tu vas mourir.»

Mis à jour le 19 mars 2011
Émilie Côté LA PRESSE

Après avoir vécu sa vingtaine dans les vapes, Duff McKagan allait être obligé de vivre dans la sobriété pour le reste de sa vie. Et c'est en convalescence qu'il s'est plongé sérieusement dans les affaires financières de son groupe de l'époque.

«J'ai regardé tous les contrats et les factures qui traînaient dans ma cave et je ne comprenais rien, raconte-t-il. Je gérais une multinationale alors que je ne savais pas la différence entre des revenus et des profits.»

Depuis, le fils décrocheur d'un pompier modeste a obtenu un diplôme en finances à l'Université de Seattle, il a signé des rubriques économiques dans plusieurs publications (Duffonomics dans Playboy), il a fait de bons coups en Bourse avec des entreprises de sa ville natale (en l'occurrence Microsoft et Starbucks) et il a fondé une boîte de gérance, Meridian Rock. C'est sans compter qu'il est un fier père de famille et un maître du kickboxing.

McKagan a donné une conférence, jeudi, dans le cadre du festival South by Southwest, qui se déroule à Austin, au Texas. Le résumé de son parcours était fascinant: un véritable cours d'histoire du rock en accéléré.

Du jour au lendemain, à la sortie The Appetite for Destruction, le premier album de Guns N' Roses, McKagan et ses comparses se sont retrouvés avec des centaines de milliers de dollars dans les poches. Duff se souvient de sa première Corvette décapotable, ou de son agent qui signait ses chèques pour lui - «parce que les seules transactions que je pouvais faire étaient pour ma drogue».

«À l'époque, j'aurais aimé qu'un agent m'explique ce qu'est une action en Bourse et un bon du gouvernement», dit-il avec du recul.

Mais aujourd'hui, McKagan ne s'ennuie pas de l'âge d'or de la musique rock. Il ne croit plus au vieux modèle de l'industrie. Il blâme les compagnies de disques de ne pas avoir conclu d'entente avec les Napster et compagnie à la fin des années 90. «Le paradigme de l'industrie a changé. Avant, tu vendais des millions d'albums facilement. Aujourd'hui, un album est une promo pour faire de la tournée.»

À 47 ans, celui qui a fait partie du groupe Velvet Revolver, et qui est maintenant au sein de la formation Loaded, dit faire les choses de façon indie. «Il y a tellement de possibilités dans le monde de la musique. On est à SXSW pour voir ce qui s'en vient.»

Pendant sa conférence, McKagan a souligné l'importance du licensing (vente de droits d'une chanson pour une pub, un film, un jeu vidéo, etc.) dont il est beaucoup question cette année à SXSW. «Ce n'est plus un no-no de vendre une chanson pour une publicité de la Finlande», a-t-il lancé.

Toutes les semaines, il reçoit des demandes de droits pour des chansons de Guns N' Roses. Tous les membres de l'ancien groupe doivent s'entendre à l'unanimité. «Même avec Axl Rose?» a demandé un festivalier. «Ça va mieux maintenant... Après tout, on a une business ensemble. Mais disons que les avocats ont fait beaucoup d'argent avec nous. Dans le domaine artistique, les avocats font de l'argent avec les conflits», a lancé Duff McKagan.