À la fin de leur adolescence, quatre transfuges de Calgary ont choisi Montréal comme ville d'adoption. Deux ans après s'y être installé, le groupe de jeunes gens soulève déjà beaucoup d'intérêt. L'exemple le plus probant? Braids a d'ores déjà séduit les professionnels du fameux CMJ Music Marathon tenu à New York en octobre dernier. À la suite de cette immense vitrine de la musique émergente comme on le sait. Le New York Times a même retenu ce groupe parmi ses découvertes du CMJ 2010, c'est dire le buzz.

Mis à jour le 16 nov. 2010
Alain Brunet LA PRESSE

Voilà autant d'arguments pour découvrir Braids chez soi! Et voilà qui justifie l'invitation du groupe à M pour Montréal dans le cadre de sa première soirée.

Jeune homme bien élevé, le percussionniste Austin Tufts est le fils d'un batteur de jazz albertain. Visiblement, le paternel a fait écouter le bon stock au fiston pour que ce dernier manifeste une telle culture musicale et la partage avec ses comparses - la chanteuse et guitariste Raphaelle Standell-Preston, la claviériste Katie Lee, le guitariste, bassiste et percussionniste Taylor Smith.

En  2008, Austin s'est inscrit au programme de jazz de l'université McGill. Taylor y a amorcé des études de philosophie. Katie a opté pour l'architecture, pendant que Raphaelle choisissait de ne s'en tenir qu'à ses projets artistiques.

«Nous avions fondé le groupe en 2007, relate le batteur. Nous avons joué à Calgary pendant un moment, nous avons attendu de terminer nos études secondaires avant de déménager le groupe à Montréal. Nous avons d'abord essayé de combiner les études universitaires et la création musicale en groupe, ce qui fut extrêmement difficile. Ainsi, nous avons décidé de suspendre l'école pour une période indéterminée. Nous sommes heureux d'avoir pris cette décision, résultats à l'appui.»

Difficile de contester notre interlocuteur. En écoutant le contenu de Native Speaker, premier album de Braids à paraître en janvier prochain dont nous avons obtenu copie, on s'étonne d'une telle profondeur. Au tournant de la vingtaine, ces kids exploitent différents matériaux de musique contemporaine américaine, de musique électronique et de rock exploratoire. Ils ont du Philip Glass, du Steve Reich et du Robert Fripp derrière la cravate, en plus de soumettre à nos oreilles des concepts électroniques, et d'étonnantes qualités d'interprètes.

«Mon père, souligne Austin Tufts, m'a fait découvrir à un très jeune âge les musiques de Reich, Glass, Fripp et cie. Je dois néanmoins souligner que nos influences vont bien au-delà de ce territoire.  Lorsque, par exemple, Raphaelle a commencé à apprendre la guitare il y a quelques années, elle jouait de la clarinette classique et n'écoutait que du classic rock. Oui, il y a un angle musique sérieuse à notre musique, mais il y a aussi une culture rock à sa base.

«Au sein du groupe, le plus important déclencheur fut l'album Feels d'Animal Collective, dont l'expression sur scène nous a paru moins solide par la suite. Voilà un problème récurrent chez les compositeurs qui travaillent surtout avec les technologies numériques. Nous sommes d'avis que le jeu sur scène est aussi important que le travail de conception en studio.»

En peu de temps, donc, un mélange explosif de sons et de sensibilités a mijoté dans les quatre caboches de Braids. L'album Native Speaker fut créé sur une période de deux ans, dont neuf mois d'activités en studio.

«Par moments, nous nous avons cessé d'écouter nos musiques préférées, relate Austin. Pendant des mois, nous avons joué au maximum, notre inspiration était notre propre vie. Tout a été créé collectivement. Nous nous sommes laissés guider par la direction que montrait chaque pièce. Ainsi, l'une de ces chansons n'est que vocale, minimale, répétitive, hypnotique. Une autre comporte guitare, claviers et voix texturales. Une autre est exclusivement instrumentale. Cinq de nos sept chansons exploitent tous nos instruments.

«Le ton des textes y est souvent angoissé, dur ou même choquant. Raphaelle y laisse émerger ce qui vient de son inconscient, sans chercher à coiffer le tout par quelque conclusion. Finit par y surgir une langue indigène qui, on l'espère, trouve une résonance profonde chez tout être humain. Langue de l'amour, langue de la musique, à vous de choisir...»

Braids se produit ce mercredi, 22h40 au Café Campus dans le cadre de M pour Montréal et ce jeudi au Cabaret du Mile-End, en première partie de Land of Talk.