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Jenny Salgado: perdue, puis retrouvée

Jenny Salgado affirme aimer d'abord communiquer. «Chaque style... (Photo: Bernard Brault, La Presse)

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Jenny Salgado affirme aimer d'abord communiquer. «Chaque style musical que j'aborde me permet d'illustrer mieux tous les fragments d'émotion que je propose.»

Photo: Bernard Brault, La Presse

Philippe Renaud
La Presse

Imposs avait lancé son album solo chez K-Pone Records il y a deux ans. Le printemps dernier, Dramatik s'était confié à nous sur le très fort La Boîte noire. Ne manquait que J.Kyll du groupe Muzion, ce qui sera fait mardi, au moment du lancement de son premier album solo - sous le nom Jenny Salgado -intitulé ...Et tu te suivras.

«Pour la majorité, Muzion, c'était le groupe qui parle au ghetto, qui parle au mouvement hip-hop, qui parle aux Haïtiens (de Montréal), justifie Jenny. On n'a pas réussi à passer par-dessus cette impression et rejoindre plus de gens. Or, il fallait qu'on se sépare un moment, pour que tout le monde comprenne qui nous sommes, comme individus, pour qu'on comprenne l'étendue de notre démarche. On ne parle pas que du ghetto, on parle du Québec.»

Assise au café, Jennifer Salgado affiche ce calme et cette profondeur qu'on lui connaît jusque sur scène. Et sur disque, aussi: à côté de ses deux collègues de Muzion, Drama et Imposs (qui participe à la chanson Qui va te donner?), J.Kyll ajoutait sa dose de gravité aux rimes du légendaire trio rap québécois. Quand elle parle de sa voix intense, on écoute, personne n'y échappe. Sa présence commande l'attention.

Restez à l'écoute, donc, fans de rap, même si ...Et tu te suivras est un album où il y a beaucoup de tout, mais pas une once de rap. Par ailleurs, ceux qui sont moins familiers avec l'oeuvre de Muzion trouveront avant tout sur cet album touffu, écrit pendant des années, une véritable célébration de la langue française à travers la chanson classique, la pop, le rock, le dance et le spoken word (appelez ça du slam si ça vous chante). Des mots qui sonnent et qui résonnent, pour reprendre celui de celle qui a peu à dire.

Sur le coup, ça surprend, évidemment. Le premier extrait, l'entraînante et, paradoxalement pour une chanson dance, très sérieuse Le bonheur, on s'en fout!, nous faisait découvrir une rappeuse qui se prend à chanter ses refrains. On se dit alors que les gros beats seront dissimulés sur l'album...

«Ça fait longtemps que j'essaie d'expliquer aux gens que ma démarche, mon travail, ce n'est plus du rap, insiste-t-elle. Pour moi, le hip hop, ça ne doit pas être une catégorisation, un ghetto. Un rappeur doit pouvoir faire autre chose. Je ne veux pas d'une étiquette «J.Kyll la rappeuse». Si les gens comprennent ça, ils vont me suivre. Mais oui, je crois que les gens seront surpris», concède-t-elle. Soufflés, aussi, sûrement: 18 chansons, presque 75 minutes de rimes bien tassées, un album qui aurait pu être double, conçu comme tel d'ailleurs. Ça part dans tous les sens, très chanson pop sur la jolie Is This What You Call Love?, rock carré ailleurs, dance, beaucoup d'interludes clamés à la façon d'Abd El Malik, pour des textes où chaque mot est pesé et sous-pesé. Costaud. De toute évidence, Jennifer en avait gros sur le coeur.

«On part sur un trip, on se fout des standards, on fait notre album, qu'on s'est dit, avec les frères Courcy», collaborateurs de l'époque Muzion, qui réalisent de A à Z. «On va me prendre pour une folle? Tant pis, that's who I am!

«Au fur et à mesure que ta carrière avance, tu prends conscience de ton travail, de ce que tu représentes, et tu t'imposes toi-même des balises. J'ai vécu cette étape-là. Il a fallu que je redécouvre tout ce processus. Que je me remette à écrire pour moi, sans a priori. C'est un disque qui s'est fait sur la durée, mais de manière très spontanée aussi, très feeling.»

Spontané, mais réfléchi dans ses propos. Son regard éveillé sur elle-même, ses racines créoles et québécoises -son adaptation de Speak White de Michèle Lalonde, qu'elle avait récité au Moulin à paroles lors de la commémoration de la défaite des plaines d'Abraham est poignante-, sur l'amour et la misère, donne un album à la fois conscient et éminemment personnel.

«J'aime communiquer, c'est tout. Là, je communique avec des sons et des mots. Une sorte de film audio. La prochaine fois, ce sera avec des images, peut-être avec des dessins, je veux écrire un livre. C'est l'album de ma vie personnelle, mais aussi ma vision de l'humanité. Tu peux écouter l'album un jour et te dire: wow, je découvre Jenny, et un autre jour m'entendre parler de ma famille comme autant d'éléments de notre monde. Je voulais raconter cette histoire, et de cette manière. Chaque style musical que j'aborde me permet d'illustrer mieux tous les fragments d'émotion que je propose.»

Un disque exutoire, nécessaire. En tous cas nécessaire pour que Muzion se retrouve enfin et ponde un autre disque? «On y travaille», laisse entendre Jenny.

POP-ROCK

JENNY SALGADO

... ET TU TE SUIVRAS

TACCA MUSIQUE

En magasin mardi




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