De la visite lointaine pour embraser le week-end: tout droit de Buenos Aires arrivent les représentants du label électronique Zizek, qui traduisent en électro des rythmes typiques d'Amérique du Sud. On parle cumbia digitale avec l'un des patrons, Léo, qui est à Montréal ce soir avec son groupe Tremor.

Philippe Renaud, collaboration spéciale LA PRESSE

Après le funk de Rio, le kuduro et autres qwaito, la cumbia est aujourd'hui le nouveau dada des pourvoyeurs de «global bass», terme parfois utilisé par ces DJ de l'hémisphère Nord pour qualifier les musiques modernes, urbaines et régionales dénichées dans les scènes musicales de l'hémisphère Sud.

Buzz passager? C'est selon, répond Léo. «Dans le cas précis de Tremor, nous ne somme pas le groupe sur le label qui s'investit le plus dans le son cumbia - nous n'avons qu'une poignée de chansons dans ce rythme, alors je crois que nous sommes à l'abri des modes. Cela dit, je pense que ça peut être compliqué pour d'autres musiciens. L'intérêt pour la cumbia est plutôt spontané et, chez nous, les mélomanes nous écoutent avec scepticisme. Cela dit, depuis deux ans, les artistes du label évoluent constamment. Zizek, c'est d'abord une question de rythmes et d'exploration, pas expressément de cumbia.»

Les artisans du label Zizek s'y prennent d'ailleurs très bien pour faire parler d'eux. Depuis la fondation du label, il y a près de deux ans, ses artistes multiplient les mixtapes, les albums et les compilations, la majorité d'entre eux étant offerts gratuitement en téléchargement sur le site web zzkrecords.com. L'un des piliers du son cumbia digital, El Remolon, vient en outre de lancer l'excellent mini-album Pangeatico, sur lequel on trouve notamment le chanteur hip-hop québécois d'origine latine Boogat.

«Au début, explique Léo, Zizek était effectivement axé sur la cumbia et les expérimentations qu'on peut faire avec ce type de rythme. Aujourd'hui, cependant, on s'amuse avec toutes sortes de musiques et de rythmes traditionnels d'Amérique du Sud - ceux des Andes, par exemple, ou ceux de la musique de carnaval.»

Tremor, trio au sein duquel évolue Léo, est le seul groupe live du label. «La rythmique est électronique, mais l'instrumentation d'accompagnement est acoustique, précise-t-il. On joue des ordinateurs et des synthés, mais aussi des instruments comme le charango, petite guitare typique des Andes, ou des percussions traditionnelles, des instruments à vent faits en bois.» Leur son n'en est que plus riche, expérimental aussi, on s'y sentirait autant à l'aise s'ils jouaient à la Carifiesta ou au festival MUTEK.

«Lorsqu'on tentait de décrire le projet à nos débuts, les gens croyaient qu'on était fous, raconte Léo en rigolant. Quoi, de la charango dans une boîte de nuit? Puis, il y a un fameux artiste et réalisateur argentin, Pablo Lescano, leader du légendaire groupe cumbia Damas Gratis, qui a commencé à assister aux soirées qu'on organisait. Il y a même déjà joué un set de DJ. Il apprécie ce qu'on fait, je crois, même si lui aussi pense que nous sommes un peu fous... Honnêtement, je ne suis pas certain que le fan moyen de cumbia en Amérique du Sud comprenne tout à fait notre démarche. Mais c'est correct.»

Tremor, en concert au Divan orange, ce soir, à 22h.