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Samian: les forces de paix

Samian aime mélanger les langues. Sur ce disque,... (Photo: François Roy, La Presse)

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Samian aime mélanger les langues. Sur ce disque, il y a des chansons en français, en algonquin (anishnabe), en anglais, en innu, en wolof, en espagnol...

Photo: François Roy, La Presse

Marie-Christine Blais
La Presse

Sur le bras gauche du rappeur Samian, un tatouage de tête d'Indien, fait à son arrivée à Montréal il y a quelques années. Sur son bras droit, un tatouage plus abstrait, réalisé au cours de sa toute récente tournée en... Asie. Et dans son cou, côté coeur, le mot «warrior» tatoué il y a longtemps, quand il vivait à Pikogan, réserve algonquine en Abitibi. Guerrier qui choisit les mots pour arme, Samian l'est de nouveau sur son deuxième album, Face à la musique.

«Born to be wiiiild»: c'est avec ce clin d'oeil à la chanson de Steppenwolf que Samian ouvre sa chanson Warrior. Le jeune rappeur né en 1983 ne peut s'empêcher de rire en y pensant. «C'est une phrase qui m'a toujours allumé et j'ai demandé à mon DJ de la scratcher pour cette chanson parce que j'assume le mot de «warrior»: on peut se battre pacifiquement, j'en suis la preuve!»

On peut se battre avec des mots, mais aussi des rythmes: ce deuxième opus de Samian est musicalement plus varié, plus mélodique, avec notamment quelques morceaux en mode reggae - ce sont ceux que préfère son fils Malik, 3 ans! «J'adore le reggae, explique Samian, j'en écoute beaucoup, mais je n'ai pas la voix pour en chanter! Alors, avec mes copains Shauit et Soke, j'ai ai écrit.

«Je pense que ce disque est plus poétique, plus musical aussi - peut-être parce qu'on l'a enregistré dans un chalet, près d'une rivière! Les arrangements sont moins native, on s'est tournés vers le rock, le reggae, le rap. Et je voulais mélanger encore plus de langues. Cette fois, on y trouve des chansons en français, en algonquin (anishnabe), en anglais, mais aussi en innu, en wolof, en espagnol...» Ces deux dernières langues sont une gracieuseté de deux chanteuses amies: Marième, d'origine sénégalaise, mais qui chante habituellement en français («Elle a demandé de l'aide à son père pour le texte, l'accent, la prononciation...»), et Sola, d'origine péruvienne.

D'autres références de toutes sortes traversent aussi ce disque de «rap de réserve», où sont évoqués aussi bien Muzion, Richard Desjardins, Tupac, Oxmo Puccimo... et Kashtin, dont Samian reprend Tshinanu (succès en en version actualisée: «Il y a trois ou quatre ans, avec Chafik (de Loco Locass), on est sur une terrasse, on prend une bière, il est 2h du matin et on parle de musique, et Chafik me dit: si jamais tu décides de reprendre une toune de Kashtin, appelle-moi.» Samian l'a appelé et Chafik a travaillé la rythmique de Tshinanu, qui a été réenregistrée à Malioténam en compagnie de Florent Vollant et de Claude McKenzie («On était dans le studio de Malioténam et Claude passait sur la rue!»).

Toujours du rap

Que les fans de hip hop se rassurent: Samian fait encore du rap, notamment dans sa chanson Mes idéaux: «C'est une espèce de délire qui m'a pris pendant une nuit blanche, seul dans une chambre à Sept-Îles: c'est un exercice de style, très old school, avec juste des rimes en «o», ça m'a fait du bien, l'écrire.»

Comme cela lui a fait énormément de bien de tourner en dehors du pays. En compagnie de son ami DJ Horg (Félix-Antoine Leroux), il est d'abord allé en Finlande, où il a réalisé que le peuple des Saami (qu'on appelle à tort les Lapons) avait subi exactement le même sort que les Premières Nations au Canada. Oppressions, mais aussi résistance et survie. Mais ce qui l'a encore plus frappé, c'est son voyage en Chine, à l'invitation du consulat canadien - l'Indonésie l'a ensuite invité à faire un petit crochet par chez eux - en tout, des tas d'ateliers d'écriture dans des universités francophones et 18 concerts: «Ça m'a ouvert, je reviens avec une autre vision. C'est assez épeurant, l'absence de liberté d'expression. Je revendique, et avec raison, que mon peuple soit reconnu et respecté et qu'on répare ce qu'on lui a fait, mais j'ai réalisé qu'ailleurs, ça pouvait être au moins aussi dur. Ça me fait apprécier ce que j'ai ici.

«C'est drôle parce que depuis la sortie de mon premier album, les journalistes m'ont surtout parlé de la cause des Amérindiens, plus que de ma musique. Et étrangement, c'est ce qui m'a nourri, c'est ce qui m'a appris que j'étais un rappeur engagé. Et qu'il fallait que je continue à dénoncer le silence, l'assimilation. Richard Desjardins nous appelle le «peuple invisible». Moi, je dis qu'on est le «peuple invincible».»

 




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