La ministre de la Culture, Christine Saint-Pierre, a annoncé ce matin que la bibliothèque Saint-Sulpice, dans le quartier latin de Montréal, aura une nouvelle vocation: l'édifice abritera bientôt une salle de concert pour les organismes montréalais de musiques nouvelles (contemporaine, électronique et improvisée).

Éric Clément LA PRESSE

Cela faisait des années que le milieu des musiques nouvelles était en quête d'une salle de spectacles de 250 à 400 places financée en partie par l'État. De son côté, le ministère étudiait depuis deux ans le devenir de la bibliothèque du 1700, Saint-Denis. La nouvelle est donc à la fois un réconfort pour ceux qui ont à coeur le patrimoine et la revitalisation du centre-ville de la métropole et en même temps une bénédiction pour les amateurs et les concepteurs de musique nouvelle.

La ministre avait lancé un appel de propositions en mars 2008 pour trouver une autre vocation à l'ancienne bibliothèque des Sulpiciens. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, à l'initiative de son ex-présidente Lise Bissonnette, avait proposé une bibliothèque-musée des arts de la scène. La Cinémathèque québécoise et le Musée du costume et du textile avaient aussi soumis un projet.

Le milieu des musiques nouvelles aura finalement eu raison de se regrouper au sein du «Vivier, carrefour des musiques nouvelles» dans le but d'obtenir ce lieu commun auquel il aspirait. Le Vivier comprend 22 organismes tels que la SMCQ, le quatuor Molinari, le Nouvel ensemble moderne (NEM), Bradyworks et l'Ensemble contemporain de Montréal. «On va combler un manque surtout pour les petits groupes, dit la pianiste et chef d'orchestre Lorraine Vaillancourt, qui a fondé le NEM en 1989.

Le milieu de la musique contemporaine est extrêmement vivant mais a peu de visibilité, donc c'est super qu'un regroupement comme ça ait réussi à faire bouger les choses. Je n'ai pas vu le dernier plan de la transformation éventuelle. C'est sûr qu'il faudra tenir compte du fait qu'une partie de l'intérieur de l'édifice est patrimoniale.»

La ministre devrait préciser aujourd'hui comment les activités du Vivier pourront être compatibles avec le caractère historique de l'édifice, son mobilier de chêne, son escalier monumental en marbre, ses vitraux d'Henri Perdriau et ses boiseries. Une salle de spectacle existe déjà au sous-sol, avec une décoration plus sobre. Construite dans le style architectural Beaux-Arts de 1912 à 1914 par la firme Magloire Huberdeau selon les plans de l'architecte Eugène Payette, la bibliothèque Saint-Sulpice est un monument historique qui a été classé en 1988 en vertu de la Loi sur les biens culturels.

Entretenu par la Société immobilière du Québec, l'immeuble a appartenu aux Sulpiciens jusqu'en 1941. Cette année-là, la province l'a acquis pour 741 000 $. La bibliothèque a été vendue à l'UQAM en 2005 pour 2,5 millions. Mais les problèmes financiers de l'université ont entraîné son retour dans l'escarcelle étatique à la fin de 2007 pour... 4,5 millions.

Rénovations

L'édifice a maintenant besoin de rénovations, pour un coût que le ministère estimait à au moins 5 millions en 2008.

L'annonce de la ministre sera donc accueillie avec grand plaisir par Dinu Bumbaru, porte-parole d'Héritage Montréal. «On peut se réjouir qu'il y ait enfin une réponse à cette énigme qui durait depuis si longtemps, a dit M. Bumbaru à La Presse, hier. J'espère que c'est une solution qui aura une certaine pérennité et qui est assez digne pour ce bâtiment. On est bien curieux de voir ce qui s'en vient car l'intérieur est d'une qualité exceptionnelle, notamment la salle où les livres étaient entreposées sur des rayonnages séparés de la salle de consultation.»

Même satisfaction exprimée par le directeur général du Partenariat du Quartier des spectacles, Pierre Fortin, qui ne savait pas encore, hier, quel groupe occuperait l'édifice: «Le Partenariat est heureux car cette annonce viendra bonifier l'offre culturelle du Quartier des spectacles, en plus de remettre à l'honneur un lieu d'une telle valeur patrimoniale.»

-Avec la collaboration d'Alain Brunet