Les plus grands yeux du cinéma sont de passage à Montréal pour un spectacle musical aux couleurs brésiliennes et méditerranéennes. Rencontre avec Maria de Medeiros, actrice devenue chanteuse.

Mis à jour le 20 févr. 2010
Jean-Christophe Laurence LA PRESSE

Une fois qu'on l'a vue, on ne l'oublie pas. Dans le monde formaté du cinéma, personne ne lui ressemble. Sa beauté atypique en a séduit plus d'un, et c'est avec un petit frisson qu'on revoit son visage de poupée aux grands yeux dans Pulp Fiction de Quentin Tarantino ou Henry&June de Philip Kaufman.

 

Quinze ans plus tard, l'unique Maria de Medeiros n'est peut-être pas devenue l'actrice grand public que certains auraient souhaitée. Mais on ne peut pas lui reprocher de mener une carrière ennuyeuse. Que ce soit à l'écran (The Saddest Music in the World de Guy Maddin, Le Polygraphe de Robert Lepage), derrière la caméra (Capitaine d'Avril) ou sur les planches (elle jouait tout récemment dans la pièce Sextett, à Espace Go), la Française d'origine portugaise a multiplié les projets intrigants, en marge des grandes avenues commerciales.

Sa dernière aventure? Se mettre à chanter. Même si elle a grandi dans une famille très musicale (son père était chef d'orchestre et compositeur), la belle Maria n'avait jamais songé à tâter du micro. Mais en 2007, elle a fait le saut et lancé Almost Blue, un album de chansons brésiliennes qui ont bercé son enfance lusophone. On aurait pu croire à une expérience éphémère, comme cela est arrivé à tant d'actrices devenues chanteuses. Mais la comédienne semble sérieuse dans sa démarche, à tel point qu'elle revient avec Péninsules et continents, un album à paraître au printemps, qu'elle nous présente dans le cadre de Montréal en lumière.

«Je me suis mise à la musique très tard. J'étais très intimidée par la figure paternelle. Et par ma soeur, qui est violoniste professionnelle. Mais là, je suis arrivée à l'âge de la déraison. J'ai enfin osé», raconte Maria de Medeiros, rencontrée à la fin du mois de janvier dans le hall d'Espace Go.

L'actrice sait qu'elle n'a pas la «technique». Mais elle ose croire que son «approche théâtrale» apporte un autre éclairage aux chansons qu'elle interprète. «J'assume le fait que je suis une actrice qui chante, dit-elle. Et puis, avec le temps, ma voix prend de l'audace.»

C'est cette audace, dit-elle, qui lui a donné envie de faire ce deuxième disque, qui pousse plus loin l'exotisme du premier. Alors qu'Almost Blue reprenait les classiques subversifs du mouvement tropicaliste (Chico Buarque, Gilberto Gil, Caetano Veloso), Péninsules et continents explore du côté du Portugal, de l'Italie et même de l'Angola, en plus de présenter des chansons en catalan et en vieux valencien. Là se trouve tout l'avantage de la chanson sur le théâtre, estime Mme de Medeiros, qui n'a aucun scrupule à chanter dans toutes les langues. «Parce qu'avec la musique, il se passe quelque chose, même si les gens ne comprennent pas.»

N'allez pas croire que la dame a tourné le dos à son ancienne vie. Au contraire. Si mener trois carrières de front lui demande «une grosse gestion», elle continue de tourner et de faire du théâtre sur une base régulière.

Ainsi, on la verra bientôt dans le film belge Hitler à Hollywood, dans la fiction australienne The Owl's Song et dans le long métrage portugais Business, portant sur le sujet épineux de l'immigration en Europe. Enfin, elle rêve de tourner, au Brésil, une fiction sur la période des colonels (la dictature des années 60 et 70), un «devoir de mémoire» qui s'inspirerait d'histoires personnelles «très poignantes».

On est loin d'Hollywood, lui fait-on remarquer. Elle répond que c'est très bien comme ça.

«Je suis contre le système anglo-saxon, conclut-elle. Pour l'instant, mon chemin a été jalonné de surprises absolues et de rencontres magiques. C'est encore mieux que ce dont j'aurais pu rêver. Alors je ne veux surtout pas d'un plan de carrière. Ça détruirait tout...»

Maria de Medeiros, ce soir et demain, à la Cinquième salle de la Place des Arts.