Le contre-ténor canadien Daniel Taylor et son Theatre of Early Music accueillent ce soir et demain la soprano britannique Emma Kirkby pour deux concerts de musique sacrée. Un baume pour l'âme au coeur de l'hiver.

Mis à jour le 19 févr. 2010
Marie-Claude Girard LA PRESSE

La soprano britannique Emma Kirkby est prête à suivre Daniel Taylor, quoi qu'il concocte. Elle le confirme, au bout du fil, d'une voix vive et enjouée.

 

Et ce que le contre-ténor au timbre éthéré a préparé pour le festival Montréal en lumière, c'est deux concerts puisés dans le répertoire religieux, de Hildegarde de Bingen à Bach. Une invitation à plonger dans un univers de pureté et de paix.

Dame Emma Kirkby n'en est pas à sa première visite à Montréal, y compris en hiver. «Montréal est une des premières villes transatlantiques avec laquelle j'ai eu des contacts dès les années 70.»

Avec Daniel Taylor, elle a endisqué l'an dernier la version de Jean-Sébastien Bach du célèbre Stabat Mater de Pergolesi, Tilge, Höchster, meine Sünden. Le duo le présente ce soir à la Chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours, avec l'orchestre et le choeur du Theatre of Early Music, que dirige Daniel Taylor.

Pourquoi reprendre la version de Bach, alors qu'on célèbre cette année le tricentenaire de la naissance de Pergolesi? «Bach est un compositeur fantastique. En conséquence, il a fait une partition unique, très intéressante. Si bien que je préfère beaucoup cette version à celle de Pergolesi! explique-t-elle en riant. Cette pièce, qu'on croit tous connaître très bien, s'éclaire merveilleusement d'un rayon nouveau. C'est un délice à chanter.»

Bach a remplacé le Stabat mater (la douleur de Marie pendant la Passion) par le Psaume 51 («Dieu, aie pitié de moi...»). «Mais il y a aussi des moments d'espoir, de rédemption. Ce n'est pas la Passion, en fait, mais plutôt la relation spirituelle avec Dieu», souligne Dame Emma Kirkby.

Hildegarde de Bingen

Décorée de l'Ordre de l'Empire britannique pour son travail de mise en valeur de la musique ancienne - d'où le titre de Dame -, Emma Kirkby a contribué aussi à faire connaître Hildegarde de Bingen, notamment par un enregistrement, dès le début des années 80, intitulé A Feather on the Breath of God. Un disque sur plus d'une centaine que la chanteuse a réalisés depuis le début de sa carrière.

Le concert de demain reprend d'ailleurs le même titre. Il sera consacré à une partie de l'oeuvre musicale de la mystique et savante du XIIe siècle, mais aussi à des morceaux de Tallis, Purcell et Palestrina. Dame Kirkby se joindra au choeur pour quelques-uns d'entre eux.

«Hildegarde a écrit une musique transcendante. Les enregistrements de sa musique ont eu un impact extraordinaire. C'est un langage très direct, que je n'ai pas visité depuis un moment. Je vais donc être contente de le retrouver.» Supérieure d'un couvent, Hildegarde de Bingen a correspondu avec les grands esprits de son temps. «Elle a eu une belle et longue vie, raconte Emma Kirkby. Elle avait des idées sur quantité de sujets, l'horticulture, l'herboristerie, la santé, le bien-être spirituel.

- Faut-il être soi-même en paix pour exprimer la beauté de ce type de chant?

-C'est ce que l'on doit viser, mais la musique va nous aider à le faire. Si on devait toujours être parfait, on ne commencerait pas! Nous devons juste rester tranquille et garder notre esprit ouvert à ce qui se passe. Nous n'avons pas toute la responsabilité de la beauté de la musique, nous ne sommes qu'un ingrédient de la formule magique.»

La musique est aussi une expérience collective, insiste-t-elle. L'interaction entre les musiciens mais aussi entre les musiciens et l'auditoire est très importante. «Un philosophe français a dit que, lorsque la belle musique et la belle poésie étaient mélangées, quelque chose de plus apparaissait. Je crois que c'est le secret du chant. J'ai connu des pièces qui ont été transformées par l'auditoire, par leur écoute.»

Vendredi 19 février, 19h30 Chapelle Notre-Dame-de- Bon-Secours Dame Emma Kirkby et Daniel Taylor avec le Theatre of Early Music Psaume 51 de Tilge, Höchster, Meine Sünden de Bach Samedi 20 février, 19h30 A Feather On The Breath Of God Une partie de l'oeuvre médiévale d'Hildegarde de Bingen, Symphonia armonie celestium revelationum, ainsi que des compositions de Tallis, de Purcell et de Palestrina.