En 1998, une certaine Jorane Peltier assurait la première partie de M (Mathieu Chédid) au Lion d'or. Ce soir-là, elle avait mis tout le monde dans sa petite poche, tant par sa voix d'or liquide, son jeu intense au violoncelle que son répertoire, profondément original. Douze ans plus tard, au même Lion d'or, Jorane tout court renoue avec la formule solo: sa voix, son violoncelle, ses compositions, sa fougue.

Mis à jour le 18 févr. 2010
Marie-Christine Blais LA PRESSE

«Ce spectacle solo, c'est ma façon de remettre tout ce qu'on m'a donné, explique Jorane avec un sourire dans la voix. D'habitude, je joue et chante en solo uniquement au rappel dans mes spectacles. Cette fois, ça va être le rappel infini, juste un show de rappels, finalement: moi toute seule, avec mes instruments!»

Le goût de tourner le dos à la mise en scène pour mieux revenir au «son» de ses débuts, on le sent chez plusieurs artistes marquants de la décennie, ces temps-ci: Pierre Lapointe solo au piano, Ariane Moffatt en trio acoustique, Jorane seule sur scène...

«C'est vrai, c'est revenir aux premiers pas, notamment pour voir si ce sont encore mes traces, justement. Ça fait cliché, parler de retour aux sources, mais c'est tout de même ça: retourner toute seule à la rencontre de la musique et aussi à la rencontre du public. Pas de cachette, pas de sparages, à l'état brut.» On s'entend, brut dans le sens de simple: Jorane demeure une musicienne raffinée, que ce soit au violoncelle, à la guitare, au ukulélé ou même aux cloches.

Elle sort ainsi de sa zone de confort, la belle Jorane: «C'est très intime, ce genre de spectacle, ça dévoile tellement de choses - je le sais, je l'ai fait dans de petits bars aux États-Unis, en Angleterre, et une fois à Tadoussac, parce qu'on avait beaucoup insisté, précise-t-elle en riant. C'est particulièrement difficile pour quelqu'un comme moi, qui suis toujours en mouvement, même dans ma tête! J'ai toujours des tas d'idées, rajouter ceci, essayer cela. Même quand j'enregistrais Vers à soi (son plus récent et excellent disque, en 2007), Éloi me disait que ma voix et un instrument, ça aurait souvent suffi. Mais pas à moi et à toutes mes idées!»

Éloi Painchaud

Cet Éloi-là, c'est Éloi Painchaud, son réalisateur et aussi son bien-aimé, père de leurs trois enfants! Manolo (3 ans) et ses jumeaux (Willem et Noé, 14 mois) sont-ils pour quelque chose dans ce virage vers le plus simple? Avant justement de prendre un appel venant de la garderie, Jorane ne repousse pas l'idée: «C'est certainement une source d'inspiration», convient-elle.

Là, j'ai envie de bercer les gens. De résister à mon envie que ça bouge, que ça change tout le temps, pour faire place à l'intériorité, se laisser reposer dans les mélodies. Ne pas enlever de l'intensité à ce que je fais, mais pas non plus la masquer.»

Pour cela, elle puisera dans ses six albums plus une compilation, plus des collaborations à de nombreux disques d'amis, en seulement 12 ans. Et elle profitera aussi de l'occasion pour interpréter des morceaux inédits... sans paroles, juste sa voix qui module sur des mélodies, là aussi comme à ses débuts: «Ces morceaux devraient être sur le prochain album, au printemps. Ce sera le disque solo qu'on voulait m'entendre faire depuis des années, dit-elle en riant. Ce sera du Jorane pas dilué. Enfin, ce n'est peut-être pas le bon adjectif, dilué... Mais quand j'ai commencé, j'avais des idées si claires sur ce que je voulais faire que je n'écoutais peut-être pas assez les autres.»

Pour sa défense, rappelons qu'en 1998 - et encore aujourd'hui -, une jeune musicienne avait intérêt à avoir une (belle) tête de cochon si elle voulait faire sa musique à elle et ne pas se retrouver à nourrir bêtement le «format radio».

«Aujourd'hui, reprend Jorane qui n'a plus besoin de faire ses preuves, je me demande simplement quel est mon vrai rôle, mon vrai message, celui qui fait que je suis encore à ma place sur une scène, qu'il y a toujours des gens qui viennent me voir. Grâce à la musique, j'ai tellement vu de pays, fait tant de rencontres extraordinaires, que j'ai juste envie de dire merci, simplement.»

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Jorane solo au Lion d'Or, ce soir et demain, 20 h, dans le cadre de Montréal en lumière. En première partie, Audrey Emery. Infos: montrealenlumiere.com