La scène, Florence K la connaît par coeur. Tant et si bien qu'elle a ressenti le besoin de sortir de sa zone de confort et, pour cela, a fait appel à la comédienne Brigitte Poupart afin de reconstruire à peu près complètement le spectacle qu'elle a présenté en février dernier au Cabaret du Casino de Montréal. Oubliez le dancing club cubain, passez plutôt une nuit blanche avec une femme...

Marie-Christine Blais LA PRESSE

C'est l'idée développée par Brigitte Poupart: la comédienne a commencé à concevoir des mises en scène de spectacles musicaux à la faveur de son amitié avec la chanteuse Betty Bonifassi, du groupe Beast. Peu à peu, le mot s'est passé. «Dans les spectacles de musique, je remarquais que, souvent, ça mourrait après chaque chanson. Ce que je propose aux artistes, c'est de travailler d'avance le souffle du spectacle, de très bien préparer le carré de sable sans trop le figer dans le béton...» Ce que ça veut dire, par exemple? «Eh bien, pour Yann Perreau, je lui ai demandé de ne pas parler au public avant la quatrième chanson, qu'il installe plutôt l'atmosphère comme le faisait Fanfreluche avant de se mettre à raconter et qu'ainsi les spectateurs aient hâte qu'il se mette à leur parler.» Croyez-moi sur parole: ça a marché.

Comment a-t-elle abordé le spectacle de Florence K?«Florence est une musicienne incroyablement accomplie qui, sur scène, est dans son salon, en famille, elle fait partie de l'orchestre. Or, il faut être plus grand que nature en spectacle, magnifier en quelque sorte ce qu'on est, ce qu'on fait. Pendant les spectacles de rodage de Florence, je lui demandais de penser à ce que Barbara faisait en scène: être à la fois à l'aise et mystérieuse.»

Brigitte a donc assisté aux représentations de l'auteure-compositeure-interprète-pianiste en lui signalant gentiment mais fermement ses tics. Elle a aussi remanié complètement la liste des chansons, changé les éclairages et les vêtements, et surtout mis Florence carrément au centre de la scène. La dynamique du spectacle est tout autre, Florence K elle-même en convient.

«À l'époque de la tournée Bossa Blue, je changeais les chansons tous les soirs, pour le plaisir, explique la chanteuse, je racontais ma vie quotidienne aux spectateurs, c'était bien, mais ça a ses limites, je m'en rends compte. Brigitte m'a donc poussée à m'exprimer plus en me montrant moins.»

Désormais, le spectacle raconte une histoire, celle de Lola, qu'on suit de 21h à 6h du matin, dans son errance. «C'est une femme qui vit pour la musique, qui s'accroche à la musique pour raconter ses peines et ses plaisirs, tout comme moi», ajoute la compositrice et pianiste douée. «Après tant d'années de métier et de succès, conclut Brigitte Poupart, qu'une chanteuse comme Florence se dise: je veux évoluer, je ne veux pas me caricaturer, je trouve cela tout simplement émouvant. Elle m'épate: disons qu'elle ne dort jamais sur la switch!»

Florence K au Monument-National, le 27 janvier.