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Dramatik: au volant de sa rage

La boîte noire, premier album solo de Dramatik,... (Photo: André Pichette, archives La Presse)

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La boîte noire, premier album solo de Dramatik, est le récit troublant d'une jeunesse triste et d'une rage intérieure qui le fait mordre, aujourd'hui encore, dans chacune de ses syllabes.

Photo: André Pichette, archives La Presse

Philippe Renaud
La Presse

Imposs a lancé son disque l'année dernière ; on attend celui de J-Kyll en 2010; ces jours-ci, arrive le premier de Dramatik: le clan Muzion n'a visiblement pas dit son dernier mot. Après des années de remise en question, le rappeur Dramatik lance La boîte noire, un album touchant, percutant et personnel. Un des meilleurs disques rap québécois de l'année.

Pour savoir où l'on va, il faut comprendre d'où on vient, dit l'adage. En revoyant enfin son père biologique, il y a cinq ans, Dramatik a appris que son grand-père était nul autre qu'Augustin Bruno, ex-chef de l'Orchestre du Palais national d'Haïti et professeur de musique, qui a formé Weber Sicot, l'un des pionniers du kompa. «Il faut croire que la musique, j'avais ça dans le sang!»

C'est cruel à dire, mais si le reste de sa vie était fait d'aussi belles surprises, Dramatik ne serait probablement pas le grand, l'intense MC qu'il est devenu. La boîte noire, son premier album solo, ne serait non plus le récit troublant d'une jeunesse triste et d'une rage intérieure qui le fait mordre, aujourd'hui encore, dans chacune de ses syllabes.

En Haïti, m'explique Dramatik, on appelle des enfants comme lui des «Reste-avec». «Des Reste-avec, ce sont comme des enfants esclaves. Ils font tout, le ménage, le lavage, le balai, sans avoir le droit de sortir. Lorsqu'il a fini de travailler, il doit rester dans son coin. Pendant que les jeunes jouaient dehors, moi, je restais dans le garage.»

Ses parents biologiques avaient trouvé refuge au Québec, où Dramatik est né. «Pour eux, les conditions étaient certainement meilleures que là-bas, avec Papa Doc. Pour moi, ça été un cauchemar», qui a commencé avec un père absent, puis un séjour à l'hôpital psychiatrique Rivière-des-Prairies, et la prise en charge par la Direction de la protection de la jeunesse. Laquelle lui a trouvé cette famille d'accueil. «Des personnes méchantes. On m'enfermait dans une trappe, sous la cage d'escalier. C'est ça, ma boîte noire.»

«Ça fait longtemps que mon père est parti, un autre homme a pris sa place/Austère comme l'automne, quand je l'appelle papi, ça l'agace», rappe-t-il dans l'autobiographique chanson-titre de son premier album solo. Le reste est tout aussi important et personnel, sur Au nom des pères (à propos des pères absents), Ghetto Génétik tome 3, L'oubli (sur les gens de son quartier), Au volant de ma rage...

Enregistré en une dizaine de jours, ce disque thérapeutique - le premier d'un triptyque, promet-il - a mis trois ans à mûrir entre les deux oreilles du poète. Avant cette démarche, trois années de remise en question sur la vocation de rappeur, après que le groupe dont il fait partie, Muzion, ait été largué par BMG. «Mets un chat de gouttière dehors, il va vite se remettre sur ses pattes; mets un chat de maison dehors, il va perdre ses repères», illustre-t-il à propos de cette fin d'aventure auprès d'une major de l'industrie du disque.

L'expérience du vétéran

Pour articuler de fines images, Dramatik est un champion. Ça se remarque dans le livret de son disque, encore plus lorsqu'on discute avec lui. Le rappeur manie bien les mots, il les mesure avec justesse et parvient ici à créer une oeuvre forte, authentique parce que personnelle, mais aussi parce qu'elle transpire l'expérience du vétéran, qui a passé 20 ans à faire du rap, sa bouée de sauvetage. «Maintenant, j'ai ma famille, j'ai appris à vivre par attachement/Ma thérapie, c'est dire ce qui m'agace/Et non, j'suis pas le fils d'un bâtard, mais le fruit du karma/Tout ce que j'ai dit, c'est la vie de Drama», termine-t-il sur la chanson La boîte noire.

«Je n'ai pas la même rage qu'avant», assure Dramatik. La vie a fini par le laisser tranquille. Entouré de sa femme, sa belle-famille, ses enfants. Sa famille du rap, aussi: 7e Ciel Records, son nouveau label, et son clan Muzion, piliers du rap montréalais. «La chanson Mon Zion, ça m'a pris 45 minutes pour l'écrire.»

«Ce n'est pas fini pour Muzion. On revient», déclare-t-il. Plus fort qu'avant. Dramatik, aujourd'hui plus paisible, semble être à toute épreuve.

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HIP-HOP

Dramatik

LA BOÎTE NOIRE

7E CIEL RECORDS

 




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