Classique de 1964, The Montreal Scene, du Nick Ayoub Quintet, vient d'être réédité par Ear This! un tout nouveau label consacré au jazz québécois. Écoutez ça...

The Montreal Scene, vous connaissez? Non? Enregistré en 1964, cet album du Nick Ayoub Quintet est pourtant considéré comme un incontournable du jazz québécois.

Charles-François Cyr pourrait vous en parler pendant des heures. Cet artiste peintre et grand collectionneur de vieux 33-tours vient de relancer l'album en question sur son nouveau label, Ear This!, qui se consacre exclusivement à la réédition de vieux jazz d'ici. «C'est un disque qui m'a marqué et un de ceux dont les collectionneurs américains me parlent le plus, explique-t-il. Il était même assez recherché et pouvait se vendre jusqu'à 400$.»

Lancé en pleine effervescence des «sixties» et de la Révolution tranquille, The Montreal Scene reste un jalon dans l'histoire de la note bleue québécoise. Gavé de compositions originales de style cool, bop ou bossa, le disque est aussi moderne que la Place Ville-Marie (bien en vue sur la pochette) pouvait l'être à l'époque. On peut y entendre les meilleurs instrumentistes montréalais du temps (Ayoub, Art Roberts, Al Penfold), ainsi qu'une recrue nommée Michel Donato, qui en serait ici à sa première présence sur disque.

Pas étonnant que le blogue Psyquébélique (psychebelique.blogspot.com) l'ait présenté, en 2008, comme «l'an zéro» du jazz québécois contemporain.

«C'est un album qui annonçait la grande émergence du jazz au Québec, confirme Charles-François Cyr. Ayoub a fait sa marque comme saxophoniste sur des tonnes de disques et dans des émissions de télé, mais aussi comme enseignant par la suite. Il a formé plusieurs musiciens, dont Yannick Rieu. Même chose pour Art Roberts, qui était considéré comme un des grands pianistes de son époque.»

Malgré son indéniable qualité, The Montreal Scene restait pourtant méconnu en dehors des cercles d'initiés. Quand il a découvert qu'un petit label japonais l'avait ressorti en vinyle, et de façon proprement illégale, Charles-François Cyr a décidé de prendre les choses en main et de lancer Ear This!

Son petit label ne fera peut-être pas des millions, mais il aura le mérite de sortir quelques bijoux de l'oubli et de rééditer en toute honnêteté des produits faits ici. Bonne nouvelle pour nos vieux jazzmen, qui ne roulent pas nécessairement sur l'or... quand ils roulent encore. De fait, les redevances de The Montreal Scene seront versées à la veuve de Nick Ayoub. Père du batteur Jimmy Ayoub (Mahogany Rush), le saxophoniste d'origine libanaise est décédé en 1991, à l'âge de 64 ans.

Fait à noter: Ear This! est un label totalement indépendant, qui fonctionne sans subventions et qui ne possède pour l'instant aucune structure de distribution, sinon que par son site web (www.ear-this-records.com). Son fondateur a dû gratter ses fonds de tiroir pour rééditer The Montreal Scene, qui a été pressé à seulement 1000 exemplaires.

Charles-François Cyr est conscient que sa démarche est risquée, voire suicidaire. Mais il le fait avant tout pour la cause.

«Ça vaut la peine, lance le mélomane de 34 ans. Il y a plein de disques comme celui-là qui méritent d'être redécouverts. C'est juste un peu triste qu'ils soient oubliés. On a le plus gros festival de jazz au monde, mais les gens connaissent mieux Diana Krall que Nick Ayoub...»

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