Le jeune trio rock-pop-psychédélique Polipe, protégé de Navet Confit et seul groupe signé sur le label La Confiserie (Émilie Proulx, Carl-Éric Hudon), lance son premier album, Tropiques du Cancer.

Philippe Renaud LA PRESSE

Il y a des pochettes de disque qui ne trompent pas. Celle de Tropiques du Cancer donne une idée assez juste de la saveur psychédélique du son de Polipe, qui remet à la page les références assumées de Cream, Hendrix et même Stevie Wonder. Le trio montre aussi son affection pour le vieux prog québécois à travers cette collection de chansons exécutées avec une fraîcheur qui les ramène au XXIe siècle.

 

«C'est un psychédélisme organisé, dit Antoine Tardif. Tout est là où on le voulait, rien n'est laissé au hasard.»

Directement de Saint-Antoine-de-Tilly, localité des environs de Québec, Francis LaFleur (guitares, voix), Pierre-Luc Bégin (batterie, percussions, voix) et Antoine Tardif (basse, claviers, voix) répètent en vue du lancement de l'album au Lion d'or, mardi prochain.

Au bout de six ans de travail paraît Tropiques du Cancer - avec la faute d'orthographe dans le titre, s'il vous plaît. Elle est voulue, assure-t-on, même si elle ne semble pas faire l'unanimité. Petit débat au bout du fil entre Francis et Pierre-Luc. C'est ce dernier qui a tenu son bout pour le «s» à Tropiques.

Identifié à la scène rock de Québec, le groupe a cependant son pied-à-terre à Montréal, où il squatte les petites scènes depuis déjà quelques années, forçant son rock aux arrangements inspirés dans une scène qui regardait ailleurs que dans le puits sans fond du rock sixties. Il déplace de l'air, le rock de Polipe. Ses musiciens sont d'habiles ingénieurs de grooves, qui nous gardent sur le bout des pieds à chaque changement de couplet. «Francis, le guitariste, me souffle à l'oreille: on fait du funk-bonbon-psychédélique!» dit Pierre-Luc.

Et la filiation avec Navet confit? «Allo Stop!» lâche Antoine. Un voyage sur la 20 avec la soeur du Navet, qui leur a refilé les coordonnées de son frère. Premières rencontres, communion d'esprit musical, le groupe a même tourné en première partie (et comme groupe accompagnateur) de M. Confit au printemps 2007. «Il s'est toujours intéressé à notre travail. Ça allait de soi: lorsque nous serions prêts à sortir un disque, fallait que ce soit avec La Confiserie», confirme Pierre-Luc.

Polipe s'insère bien dans la tribu de La Confiserie, proposant un rock plus lumineux que celui du patron Navet confit, mais dont les textes faits de flashs et d'émotions personnelles (et souvent sibyllins, les paroles sont le talon d'Achille du trio) s'harmonisent avec ceux de leurs frères (et soeur) d'étiquette de disque.

«La musique, c'est notre force. Nous sommes d'abord des instrumentistes, affirme Antoine. C'est par défaut qu'on s'est mis à chanter. On a fait des auditions pour recruter un chanteur, rien n'y faisait. On a pris sur nous de faire la job. En plus, sur cet album, je crois que les voix, les harmonies, prennent pas mal de place.» Enregistré live - et réalisé par Cristobal Tapia de Veer -, Tropiques du Cancer est un disque dont la chaleur compense pour les structures étriquées des chansons pop.

Polipe, le 12 novembre au Divan Orange et le 13 novembre au Club Soda 13 (en première partie d'Antoine Gratton), dans le cadre du Coup de coeur francophone.

 

EN UN MOT

Le bouillant trio rock-pop psychédélique Polipe est à l'affiche du 23e Coup de coeur francophone.