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Leloup sonne la charge

Jean Leloup admet avoir bûché pour boucler son... (Photo: David Boily, La Presse)

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Jean Leloup admet avoir bûché pour boucler son nouvel album Mille excuses Milady. Ceux qui aiment la guitare vont se régaler. Ceux qui aiment les textes aussi.

Photo: David Boily, La Presse

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L'équation est simple : pour bien des gens, Jean Leloup est un fou ; pour Jean Leloup, c'est le monde qui est fou. Mille excuses Milady, à paraître mardi, est le disque d'un résistant. D'un artiste qui refuse d'entrer dans le moule des bons sentiments et d'un homme farouchement épris de sa liberté, effrayé par «le gros amour cucul», l'hypocrisie et l'indifférence. «C'est avec une joie extrême que je peux dire que je ne cautionne pas», tranche-t-il avec un sourire féroce.

Dead Wolf, Pablo Ruiz, Massoud Al Rachid, John the Wolf, l'ère des identités multiples semble révolue pour Jean Leclerc. Le voilà - momentanément ? - de retour sous son plus célèbre pseudonyme : Jean Leloup. Le gars à la veste de cuir brun clair assis au fond d'un café de la rue Bernard ressemble d'ailleurs beaucoup au rockeur qu'il était dans les années 90 : maigre comme un clou, chevelure hirsute et l'allure générale de quelqu'un qui a passé la nuit sur la corde à linge.

Avant même de s'asseoir, après être allé fumer une cigarette sous la pluie, il assure qu'il est dangereusement en forme. Pas dans ces mots-là. La formule exacte était quelque chose comme «d'une bonne humeur massacrante», mais c'était avant que je ne mette mon enregistreuse en marche. Leloup, qui m'a déjà assuré être un gars tranquille dans la vie de tous les jours, est excité malgré son air calme. Il parle vite, passe du coq à l'âne, tente d'être clair et concis, mais demeure dissipé.

«Je suis censé posséder les maladies les plus hip : déficit d'attention ET bipolarité», écrit-il dans un long texte au ton très personnel qui constitue l'essentiel du livret de Mille excuses Milady. Passons sur la bipolarité (je ne suis pas psychiatre), mais l'hypothèse du déficit d'attention tient la route : Leloup est une tempête d'idées sur deux pattes, qui trouve tout ennuyant très rapidement. Même de porter, ou de faire semblant de porter, ces deux étiquettes.

«Tout le monde est bipolaire et a un déficit d'attention ces temps-ci ; c'est emmerdant, lance-t-il. Je trouve ça drôle parce que c'est à la mode. Il y a cinq ans, c'était le yoga et maintenant, c'est le Pilates. Et je pense que Québec est encore sur le yoga...

- Attention, tu vas raviver la rivalité Québec-Montréal, lui dis-je.

- Oh ! s'exclame-t-il, faisant mine d'être horrifié. Que c'est terrible !»

Monsieur l'Indien

Ces derniers mois, lorsqu'on plaçait «Québec» et «Leloup» dans la même phrase, c'était pour parler de son très chaotique spectacle («pow wow», dans ses mots à lui) présenté à la fin du mois d'août au Colisée.

Résumons brièvement les faits : pour marquer sa résurrection, le chanteur a mis sur pied un spectacle extravagant, est monté sur scène gonflé à bloc, a trouvé le public plate à mourir et l'a insulté copieusement avant de se calmer les nerfs et d'essayer de se rattraper.

Conséquence : des fans partagés entre déception immense et joie incommensurable d'avoir assisté à un happening, ainsi qu'une critique assassine. Leloup s'est excusé un peu, mais a aussi répliqué dans une chanson interprétée à l'émission de Christiane Charette où il déclarait : «Désolé de ne pas avoir été à la hauteur de tes attentes, matante.» Une phrase qui, dans le contexte, ne pouvait que viser une journaliste de Québec qui avait sévèrement critiqué son pow wow.

Or, ces quelques mots se retrouvent aujourd'hui texto sur Old Lady Wolf, l'une des chansons de Mille excuses Milady. «Ce n'est pas à cause d'elle, soutient toutefois le rockeur, précisant qu'il a écrit cette phrase il y a plus de deux ans. Le nombre de personnes que j'ai traitées de mononcle et de matante dépasse l'entendement.»

Leloup assure que le dérapage du Colisée et les critiques négatives n'ont pas eu «d'importance majeure» dans sa vie. «J'étais fou comme de la marde, admet-il. Je suis rarement fou de même.» Dans ces moments-là, le pire et le meilleur peuvent se produire. Leloup continue de croire que la dernière heure de ce concert marathon qui en a duré trois a été l'un des meilleurs shows de sa vie.

«Imagine s'il me prend l'idée d'être régulier. Je rentre en scène et je dis : merci d'être venu. Je commence avec I Lost My Baby et là, tous les nostalgiques se mettent à applaudir. Après, je pleure et je dis : on s'aime, hein? Après, je leur fais 1990 et je dis : vous rappelez-vous? Après ça, on voit la naissance de mon bébé dans le journal. Si je veux atteindre une régularité, je vais devoir me mettre au golf», ironise-t-il.

Leloup affirme qu'il a appris à «ne pas trop s'en faire» avec le tapage médiatique. «Des mauvaises critiques, j'en ai eu plein, je peux les sortir», dit-il d'un ton presque fanfaron. Drôle d'aveu de la part d'un artiste qui affirme pourtant ne pas lire les papiers le concernant. Pas de quoi en faire un drame : on n'en est pas à une contradiction près avec lui : dans Monkey's Suicide, il dit avoir «une maladie qui s'appelle la toxicomanie», ce qu'il a nié lorsque j'ai abordé la question en entrevue.

«Que le chef indien engueule son public parce qu'il le trouve trop gros, je trouvais ça drôle. On a beau me lapider, peut-être que je préviens les gens. Ça les insulte, ça leur fait de la peine, mais tout d'un coup que j'ai raison? C'est une maladie ça, insiste Leloup, parlant de l'obésité. Il y a un aspect médical à mon travail.»

Le monde est à pleurer

Leloup a déjà rêvé d'être médecin, mais il y a une chose qui ne l'a jamais fait rêver, c'est le train-train quotidien. Son dédain pour la vie d'adulte qui trime pour se payer tous les cossins censés donner la joie, il l'a clamé dans quantité d'entrevues et aussi quelques chansons. Sur ce plan, il est d'une cohérence exemplaire. Aucun de ses disques n'a toutefois sonné la charge contre le bonheur factice et les valeurs petites-bourgeoises comme le fait Mille excuses Milady.

Comme ils me font peur, Célérats, Mille excuses Milady et Les anges parlent toutes, en tout ou en partie, du «bonheur obligé» affiché par les couples (à plus forte raison ceux qui ont des enfants), des exploiteurs, des arrivistes qui n'hésitent pas à écraser les autres et de notre mode de vie basé sur l'exploitation du tiers-monde. Tout ce qui, mis ensemble, constitue à ses yeux «l'insignifiance des peuples riches».

Il a lui-même essayé ce qu'il appelle «la régularité». La routine disque, spectacles, demande de subventions, maison, REER, etc. «J'ai essayé très, très fort, assure-t-il. Je me levais le matin, j'allais faire mon sport, ensuite j'allais dans mon studio maison écrire mes affaires. J'ai trouvé ça tellement plate ! J'ai fait une dépression majeure.»

Son idéal à lui, c'est plutôt une forme vivable de vagabondage : une guitare, écrire des chansons, essayer d'en vivre et voyager. Être libre, comme le personnage de la chanson Ramblin' Man de Hank Williams qui, chaque fois qu'il s'apprête à se fixer, entend le train siffler et prend de nouveau le large. Leloup dit qu'il a mis du temps à comprendre que c'est comme ça qu'il voulait vivre et que ce n'est pas grave. «C'est censé être une maladie», souligne-t-il.

Il assure ne pas vouloir condamner ceux qui mènent une vie rangée. «Mais c'est avec une joie extrême que je peux dire que je ne cautionne pas, clame-t-il toutefois, avec un sourire féroce. Je suis heureux de dire que je ne suis pas d'accord, que je ne veux pas de ça. Que si les gens sont pour se massacrer au divorce, qu'ils ne fassent pas semblant un an avant en poussant leur poussette avec un sourire niaiseux.»

Poète et bouffon

Leloup a beau avoir des opinions (pas toujours claires, ni éclairées) sur tout, il n'est pas revenu d'entre les morts pour faire la leçon aux vivants. «Je fais de la poésie», dit-il. Et puis il joue de la guitare, surtout pour s'amuser et parce que ça lui fait du bien. «Je n'avais pas une grande prétention à la base. J'ai décidé de composer des chansons parce que j'aimais ça et j'ai décidé de gagner ma vie là-dedans parce que c'est plus facile qu'autre chose pour moi. Ça me vient facilement.»

N'empêche qu'il admet avoir bûché pour boucler Mille excuses Milady. Il croit d'ailleurs avoir enfin trouvé le son qu'il cherchait sur La vallée des réputations et Mexico, quelque chose de rock et de funky, plus chanson que son dernier album, mais encore assez éclaté. Ceux qui aiment la guitare vont se régaler. Ceux qui aiment les textes aussi.

Mille excuses Milady renferme par ailleurs une chanson magnifique d'une tendresse rare chez Leloup. Les moments parfaits, où il est question de solitude, de chiens errants et, surtout, de ces moments d'exception où on arrive à être vraiment là, vraiment soi avec quelqu'un d'autre. «Je l'aime ben gros, cette chanson-là», avoue son auteur.

Sauf que son goût pour les rimes acides et la bouffonnerie l'empêche de verser dans le bon sentiment. Il se moque d'ailleurs joyeusement de la mode des grandes ballades sentimentales à la fin de Lucie où, l'espace d'une minute, il imite une voix rauque et outrageusement mielleuse (Garou? Boom Desjardins?) clamant un amour trop gros pour être vrai sur un air rappelant le thème de La légende de Jimmy, opéra rock de Plamondon et Berger.

«Oh non !» échappe-t-il, quand on lui signale la ressemblance, faisant des gestes voulant dire qu'il ne faut pas l'écrire dans le journal. Puis, il concède le clin d'oeil ironique aux chansons d'amour mielleuses, mais pas à la comédie musicale. «Quand les gens se sentent émotifs, ils font ça. C'est drôle, trouve-t-il. C'est ça qui me fait peur quand il est question de ce gros amour-là, cucul. Tu m'aimes, O.K., mais peux-tu ne pas me déverser ça à coups de chaudière sur la tête ?»

Tiens, ça me rappelle un certain spectacle au Colisée de Québec où un chanteur énervé criait à ses fans de groover et d'arrêter de l'aduler...

* * *

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Photo: David Boily, La Presse

Vie et mort du Roi Ponpon

Moments choisis du parcours éclaté d'un artiste éclatant

Il s'est appelé Ziggy

Si Jean Leloup n'a jamais joué dans Passe-Partout, il a fait Starmania. En 1986, il a été le Ziggy de Plamondon. Il apparaît même sur un enregistrement aujourd'hui introuvable. Zut! On aurait bien aimé rigoler un peu.

1990

Leloup a publié - et renié - son premier album en 1988. L'amour est sans pitié, le premier qu'il assume, est toutefois paru en 1990. Fin 1991, il publie le single 1990, un morceau pas tout à fait étranger au rock dansant qui se faisait dans la région de Manchester depuis 1989.

Les fourmis

C'est durant sa tournée estivale Les naufragés du Titanic qu'il enregistre, en août 1998, l'album Les fourmis au défunt bar d'Auteuil à Québec. C'est aussi à cette époque qu'il se met à «jouer de la guitare». Pour le meilleur et pour le pire.

Par ici, la sortie

Leclerc en a marre de Leloup et, à la fin de 2003, l'enferme dans une tombe et brûle sa guitare préférée. «Brûler la guitare, je trouvais ça le fun. Je n'aurais peut-être pas dû le faire - c'est un instrument qui vaut assez cher, maintenant -, mais c'était le fun d'aller au bout de ça», raconte-t-il à La Presse en 2006.

Ô Canada

Controverse suscitée par un entretien de Leclerc avec mon collègue Marc Cassivi, en 2006. L'«affaire» prend de l'ampleur et le chanteur répond dans une chanson interprétée en direct à l'émission de Christiane Charette. Ô Canada est une pièce d'anthologie où il parle notamment de sa jeunesse en Algérie.

Pow-wow, j'suis pus mort

Leloup ressuscite d'entre les morts en août 2008 lors d'un gros pow wow à moitié raté. «Il y a des jours où je suis baveux que le crisse, mais ça n'arrive pas souvent, dit-il. Cette fois-là, c'est arrivé.» Encore une fois, il répond aux critiques dans une chanson interprétée à Christiane Charette. Le reste appartient à l'histoire...




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