L'Atelier d'opéra et l'Orchestre de l'Université de Montréal se lancent cette année dans la production d'une pièce de résistance, Don Giovanni, de Mozart.

Mis à jour le 14 févr. 2009
Caroline Rodgers, collaboration spéciale LA PRESSE

Les jeunes interprètes plongent dans le grand opéra Don Giovanni avec des guides expérimentés: Jean-François Rivest, chef de l'OUM, et Benoît Brière, qui réalise la mise en scène. Comparses de longue date, ils ont tous deux travaillé avec l'Atelier d'Opéra de l'UdM pour les Noces de Figaro, en 2005. L'opéra a été un succès auprès du public et de la critique.

 

«En une soirée, Benoît et moi, nous avons discuté de Don Giovanni jusqu'aux petites heures, et nous nous sommes mis d'accord sur tout», confie Jean-François Rivest.

Il restait encore à insuffler leur vision de l'oeuvre à des étudiants assoiffés d'apprendre et prêts à tout donner d'eux-mêmes.

«J'essaie de leur inculquer la multiplicité des niveaux qu'il y a chez Mozart, dit Rivest. Plus que tout autre, il y a chez lui un génie à travers une simplicité désarmante au premier abord. Ses opéras ont une couche sociale, psychologique, dramatique et politique.»

À ces multiples couches s'ajoutent les contrastes fabuleux entre la dimension dramatique de Don Giovanni, et ses côtés bouffons, ajoute le chef d'orchestre. «On vit dans un monde hollywoodien, où tout est noir ou blanc. Mozart, c'est le contraire! C'est le reflet de la vraie vie, où chaque personne est complexe et à plusieurs dimensions.»

Don Giovanni n'est-il pas lui-même héroïque, malgré son côté libertin et manipulateur? C'est ainsi que le voit Jean-Michel Richer, baryton de 21 ans qui s'est vu confier le rôle.

«Le mantra de Don Giovanni, c'est la liberté, dit-il. C'est un thème très important dans l'opéra. Il ne renonce jamais à son idée, car le faire serait renoncer à ce qu'il est pour devenir esclave de la société.»

Le jeune chanteur a d'ailleurs passé beaucoup de temps à discuter du personnage avec Benoit Brière. L'homme de théâtre, qui a déjà joué dans le Don Juan de Molière, apporte sa propre vision du grand séducteur à la production.

«C'est sûr que l'expérience de Benoit Brière teinte son interprétation, dit Jean-Michel Richer. Il veut que ce soit joué comme si c'était vrai. Même si l'histoire se passe en 24 heures, il faut sentir que les personnages ont un passé et un futur. Ce n'est pas du tout joué dans un style de commedia dell'arte.»

L'apprentissage

Mais Don Giovanni est un rôle difficile pour un chanteur de 21 ans. Il est certain qu'avant de l'accepter, Jean-Michel Richer a beaucoup réfléchi. Car il y a toujours un risque, chez un jeune chanteur, de briser sa voix en prenant des rôles trop ardus.

Les élèves de l'Atelier d'opéra sont toutefois encadrés d'une équipe de bon conseil, notamment en la personne de Robin Wheeler, qui encadre leur apprentissage.

Quant à Jean-François Rivest, il n'aime pas diriger les étudiants dans des pièces trop faciles. Sa méthode pédagogique privilégiée consiste à choisir des oeuvres à la limite de leurs capacités. Pour lui, le plus important dans l'évolution d'un être humain est d'avoir l'impression de se dépasser.

«Je leur propose de monter de grosses montagnes, et c'est cela qui les fait avancer. Mais il est évident qu'en faisant cela, on joue avec le feu.»

C'est un risque assumé. Le chef prend d'ailleurs plaisir à observer l'évolution des étudiants du haut de son podium. «C'est la beauté de la chose, chez les jeunes, dit-il. Ils viennent avec une énergie, un dévouement, une fraîcheur, une ouverture d'esprit et des capacités surprenantes. Il ne faut pas les sous-estimer. Ils n'ont pas d'expérience, mais ils ont tout le reste.»

Don Giovanni, 25 au 28 février, 19h30, salle Claude-Champagne de l'Université de Montréal.