Quinze ans après sa création, la téléréalité Queer Eye est de retour sur Netflix ce mois-ci. Enregistrée en Géorgie, avec une nouvelle équipe plus diversifiée que la précédente, l'émission compte un Canadien parmi les cinq experts du mieux vivre: Antoni Porowski. La Presse l'a joint à New York.

Luc Boulanger LA PRESSE

Imaginez la «Queer Nation» qui débarque au coeur de la «Trump Nation».

D'un côté le «Fab Five», cinq gais flamboyants et experts-conseils en mode, soins corporels, gastronomie, culture et design. Dans l'autre camp, des hommes beiges et conformistes qui négligent leur apparence, parce qu'on ne peut pas «réparer ce qui est moche».

En l'espace d'une semaine où tous leurs gestes sont filmés, les uns et les autres vont se rapprocher, s'apprécier et s'aimer. Qui aurait dit qu'une émission de transformation de look parviendrait à réunir les Américains, plus déchirés et divisés que jamais?

Ce miracle se produit à chacun des huit épisodes de Queer Eye, la nouvelle mouture de Queer Eye for a Straight Guy. L'émission originale, diffusée sur la chaîne Bravo de 2003 à 2007, était faite à New York. Elle montrait le choc de deux cultures, hétéro et gaie, qui s'apprivoisaient à travers les stéréotypes et l'humour.

Si on rit toujours en regardant Queer Eye, parce que nous sommes en 2018, l'équipe actuelle est plus diversifiée et «normalisée».

Il y a Tan, Indien musulman marié depuis 10 ans à un cowboy mormon; Karamo, Afro-Américain célibataire et père de deux adolescents; Jonathan, coiffeur aux cheveux longs et aux gestes efféminés; Bobby, designer blondinet de Californie; enfin Antoni, Montréalais d'origine polonaise qui a grandi... à Brossard! Ce dernier, expert en nourriture, a été choisi parmi 300 candidats, après plusieurs auditions à New York et à Los Angeles.

«Au fond, malgré les énormes différences, tous les êtres humains sont semblables. On cherche du respect, de l'amour et de la dignité», explique, dans un très bon français, Antoni Porowski, joint par La Presse à New York.

La passion de la bouffe

Après avoir étudié en psychologie à l'Université Concordia, Antoni a été serveur dans divers restos à Montréal. Il a même aidé le chef Chuck Hughes à ouvrir le restaurant Garde Manger, dans le Vieux-Montréal. 

«C'est là que j'ai eu la piqûre pour la gastronomie. Ce que j'aime avec la bouffe, c'est qu'elle te permet de rester en contact avec tes origines. J'ai des tantes polonaises qui sont au Québec depuis longtemps et qui se retrouvent le samedi à faire des pierogis dans la cuisine du Stash Café.»

Puis le jeune homme s'est établi dans la Grosse Pomme. Avant de faire de la télévision, il a suivi des cours de jeu et travaillé comme nutritionniste. Un ami lui a recommandé de se présenter à Queer Eye

«Au début du tournage, je pensais que j'allais servir mon ego et faire mes recettes les plus cool, avec les meilleurs herbes et produits, poursuit Antoni. Dans le premier épisode, le candidat a le lupus [maladie auto-immune qui s'attaque à la peau] et son visage est très enflé et rouge. J'ai fait un peu de recherche et j'ai consulté des spécialistes sur cette maladie. Je lui ai suggéré d'éliminer des aliments toxiques [de son alimentation] sans trop changer ses habitudes de vie.»

Politiquement incorrect

Les cinq gais urbains de Queer Eye sont installés dans un loft à Atlanta mais se déplacent dans de petites villes de la Bible Belt pour aller à la rencontre des candidats choisis. Dans leur périple, ils rencontrent tour à tour un membre d'une église baptiste, un père de six enfants, un jeune Noir homosexuel qui n'a pas fait son coming out à sa famille et un policier républicain qui appuie Trump.

Photo fournie par Netflix

La brigade Fab Five de l'émission de téléréalité Queer Eye 

Malgré les divergences d'opinions, personne ne juge autrui: «Je suis plutôt libéral, dit Antoni. Mais je ne suis pas là pour convaincre les gens de mes options politiques.»

Que retient-il de l'expérience de cette première saison? «Nous en sommes les têtes d'affiche, mais Queer Eye n'est pas un show sur nous. Il porte sur la rencontre de gens que tout sépare mais qui se ressemblent.»

«Aux États-Unis, on tombe chaque jour sur des nouvelles sur Trump ou les scandales politiques. À un moment donné, ça fait du bien de montrer un autre côté de l'Amérique, solidaire et généreux.»

Queer Eye arrive donc au bon moment. Dans un pays plus déchiré que jamais, l'émission montre une autre réalité américaine, certes arrangée avec le gars des vues, mais empreinte d'empathie, d'écoute et de bonté.

«La chimie a opéré entre nous dès notre première rencontre en auditions, conclut Antoni. Mais nous sommes aussi très différents. Je suis très discret et gêné dans ma vie privée. J'ai un chum, mais je ne parle pas de mes amours à tout le monde. J'ai d'ailleurs hésité avant de faire Queer Eye. Alors que Jonathan, par exemple, est tout le contraire de ma personnalité. Or, depuis la fin du tournage, Jonathan est devenu mon meilleur ami.»

Au-delà des apparences, c'est le coeur qu'on voit en premier.

Canada cool

Antoni Porowski est un bel exemple de multiculturalisme Canadian. «Quand j'habitais à Montréal, les gens me voyaient comme un Polonais et un anglophone. Aux États-Unis, je passe pour un Canadien français. Au fond, j'aime bien avoir plusieurs identités » Amateur du groupe Arcade Fire, fan de Xavier Dolan et admirateur du premier ministre Justin Trudeau, Antoni reste attaché à son pays natal, bien qu'il apprécie le melting pot de la Grosse Pomme: «À New York, tu es ce que tu fais, et non d'où tu viens.»

La série Queer Eye est diffusée sur Netflix. Un projet de saison 2 avec la même équipe est dans l'air.

Photo fournie par Netflix

Karamo Brown (à gauche) et Antoni Porowski (à droite), au centre un des candidats de Queer Eye.