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Les mots pour le dire

Alain Magloire est cet itinérant abattu par des... (Photo: Robert Skinner, archives La Presse)

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Alain Magloire est cet itinérant abattu par des policiers en février dernier.

Photo: Robert Skinner, archives La Presse

Au cours de la dernière semaine, l'actualité a été marquée par deux événements tragiques: une tuerie en Californie et l'enlèvement d'un nouveau-né dans un hôpital de Trois-Rivières. Dans les deux cas, les présumés coupables souffraient de troubles de santé mentale, un sujet délicat qui est souvent mal couvert dans les médias, du moins de l'avis des spécialistes.

Comment en parler sans perpétuer des stéréotypes tenaces et sans tomber dans le sensationnalisme? Un nouveau guide rédigé à l'intention des journalistes souhaite remédier au problème.

«[...] Les médias pourraient [et devraient] commencer à traiter la maladie mentale de la même façon que la maladie en général. C'est-à-dire avec curiosité et compassion et une bonne dose d'indignation en présence de maltraitance ou de préjudices», écrit André Picard, journaliste au Globe and Mail, en préface du guide En-tête. Reportage et santé mentale publié la semaine dernière.

C'est l'ombudsman de la CBC, Esther Enkin, qui a eu l'idée de cet ouvrage après s'être entretenue avec Mike Pietrus de la Commission de la santé mentale du Canada. L'objectif était de fournir aux journalistes, ainsi qu'aux étudiants qui souhaitent un jour pratiquer le métier, des outils et des lignes directrices pour parler correctement de santé mentale lorsque le sujet surgit dans l'actualité (pensons seulement à la mort d'Alain Magloire, cet itinérant abattu par des policiers en février dernier).

«Il était important que ce guide soit écrit par des journalistes et non par des spécialistes en santé mentale qui ne comprennent rien à notre métier et qui nous perçoivent souvent comme des méchants, explique Cliff Lonsdale, l'auteur du guide. Il n'est pas question ici de se censurer ou d'adopter un vocabulaire lénifiant, mais plutôt d'utiliser les mots justes pour parler de cette réalité.»

Parler du suicide

Le guide aborde donc des questions très concrètes, par exemple la couverture du suicide. L'idée reçue dans les médias est qu'il ne faut pas écrire sur le suicide, car cela pourrait avoir un effet d'entraînement. Or c'est complètement faux, affirme Cliff Lonsdale. «Ce réflexe vient d'un incident qui s'est produit à Vienne dans les années 70, raconte-t-il. Plusieurs personnes s'étaient suicidées en se jetant devant le métro et les médias avaient fait grand cas de ces suicides. Des chercheurs ont affirmé qu'il y avait un lien de cause à effet entre la couverture médiatique et les suicides, mais c'était inexact. Oui, il y avait plus de suicides dans le métro, mais globalement, le nombre de suicides n'avait absolument pas augmenté. C'est la méthode qui avait changé.»

Les experts estiment au contraire que parler du suicide peut avoir des effets positifs.

Autre mythe persistant: le lien que les médias font depuis quelques années entre l'intimidation en ligne et le suicide chez les jeunes. «Ce lien est ténu et représente peut-être 5 % de la vérité, insiste M. Lonsdale. Oui, l'intimidation peut déclencher quelque chose, mais quand on creuse les faits, on découvre toujours qu'il y avait d'autres raisons.»

«C'est simple, poursuit cet ancien patron de la CBC, il faut traiter la santé mentale comme on traiterait n'importe quel sujet : avec exactitude et en fouillant les faits. Évitez les conjectures. Quand le shérif d'Isla Vista (ville où a eu lieu la tuerie) a déclaré: «C'est l'oeuvre d'un fou», qu'est-ce qu'il en savait? Il n'a pas de doctorat en psychologie. Or les médias ont relayé ses propos. Ils ont également répété que le jeune homme était atteint du syndrome d'Asperger sans jamais préciser quels étaient les symptômes liés à ce trouble du comportement. Il faut vérifier les faits, et si on ne sait pas, il faut avoir l'humilité de le dire.»

Cliff Lonsdale a lui-même dû choisir ses mots en rédigeant son guide: «Plutôt qu'écrire «personnes atteintes de maladie mentale», j'aurais préféré écrire «personnes malades mentales», car c'était moins long et le guide devait être concis. Mais les experts à qui j'ai parlé m'ont fait comprendre que mon choix de mot déshumanisait les individus concernés. On ne voyait plus la personne atteinte d'une maladie, on ne voyait que la maladie. C'est le genre d'erreur que ce guide vise à éviter.»

Dean Baquet s'explique

Quelque deux semaines se sont écoulées depuis le renvoi de Jill Abramson de la direction du New York Times, et pas un jour ne passe sans qu'un article, une chronique ou un tweet fasse référence à ce psychodrame médiatique. Vendredi, NPR a publié une entrevue avec son successeur, Dean Baquet, qui tente de clarifier la situation. Peine perdue, l'entrevue laisse encore plus perplexe.

Ricochet

La scène médiatique est en ébullition ces temps-ci: après Inouï et Planète F, au tour de Ricochet, un nouveau webzine pancanadien, de solliciter l'appui du public par l'entremise d'une campagne de sociofinancement. Le projet: un webzine rédigé par de jeunes anglophones et francophones dans lequel on retrouvera des reportages, mais aussi des chroniques (Gabriel Nadeau-Dubois sera au nombre des collaborateurs) et des blogues.




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