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Neuf idées pour Radio-Canada

Gilbert Rozon, président fondateur, Juste pour rire.... (Photo: Robert Skinner, archives La Presse)

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Gilbert Rozon, président fondateur, Juste pour rire.

Photo: Robert Skinner, archives La Presse

Victime de nombreuses coupes budgétaires, Radio-Canada va mal, et nombreux sont ceux qui s'inquiètent pour la suite des choses. Que faire pour empêcher qu'elle n'agonise, pour lui redonner un second souffle?

Nous avons posé la question à plusieurs personnalités du monde des médias, de la culture et des affaires. Voici ce qu'ils proposent pour l'avenir.

Gilbert Rozon, président et fondateur, Juste pour rire

«CBC et Radio-Canada sont deux entités distinctes: les Québécois aiment et écoutent leur télé alors que dans le reste du pays, les Canadiens écoutent la télé américaine. On ne trouvera donc pas de solutions communes. Par contre, tous les Canadiens accepteraient de payer davantage pour leur télé, j'en suis convaincu. Je miserais sur la mondialisation des télévisions publiques. Il faut établir des ponts, travailler ensemble, codiffuser et coproduire. Chaque télévision devrait s'engager à acheter une partie de la production des autres télés publiques et la diffuser. Enfin, je crois que Radio-Canada devrait demeurer une généraliste et populaire tout en misant sur la qualité.»

Florian Sauvageau, professeur émérite associé, Département de communication et d'information, Université Laval

«Le plus important, c'est de se débarrasser du gouvernement Harper, on ne pourra rien faire de significatif tant qu'il sera au pouvoir. D'ici là, le plus important pour Radio-Canada, c'est de mettre fin à son obsession pour les revenus publicitaires et le commerce. Quand cela devient une préoccupation centrale, ce n'est plus une télévision publique. Un exemple: est-ce qu'il y a eu un débat à l'interne pour décider qu'il y aurait de la publicité sur le site web de Radio-Canada? Ou l'a-t-on fait sans se poser la question tellement cela allait de soi? Je proposerais qu'on ne dépasse pas le seuil de 20 % du budget en revenus publicitaires. Cela impliquerait bien entendu des discussions difficiles et des décisions qui feraient mal.»

Philippe Lamarre, fondateur et patron de Urbania et... (Photo: Alain Roberge, archives La Presse) - image 2.0

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Philippe Lamarre, fondateur et patron de Urbania et Toxa

Photo: Alain Roberge, archives La Presse

Chantal Francoeur, PhD, professeure et responsable du programme de journalisme, Université du Québec à Montréal

«Radio-Canada devrait se concentrer sur ce qu'elle fait le mieux, c'est-à-dire son rôle de sentinelle et de phare en information. Elle devrait renflouer et renforcer sa salle de nouvelles. En augmentant la contribution annuelle des Canadiens qui est seulement de 29 $ - une des plus basses en Occident -, on pourrait investir le surplus généré par cette hausse dans la salle de nouvelles. Il faudrait intégrer davantage les jeunes et leur proposer de meilleures conditions de travail. Le mandat de Radio-Canada est d'offrir de tout pour tous. Or l'information, qu'elle soit internationale, nationale, régionale ou locale, s'inscrit tout à fait dans cette mission.»

Martine Desjardins éditrice de Nightlife

«La vision à long terme est cruciale, Radio-Canada est à un stade où chaque coupe cause une perte de qualité, qui cause une décroissance d'auditoire, justifiant de nouvelles coupes. C'est un cercle vicieux, dangereux. Les 18 à 34 ans gagneraient à se reconnaître davantage. Ils constituent l'auditoire cible de demain, il faut les rejoindre rapidement, à un âge où ils sont encore ouverts aux propositions et surtout, leur parler de la bonne manière. L'écosystème numérique pourrait constituer le noyau plutôt que l'accessoire autour duquel graviteraient les autres plateformes, une façon différente d'aborder la production et la richesse de cette formidable toile de contenus. Il faudrait aussi insuffler un certain edge, prendre le pari de combiner rigueur d'information à des divertissements qui osent un peu plus.»

Philippe Lamarre, fondateur et patron de Urbania et Toxa

«Radio-Canada est le seul média que je consomme à l'écrit, à l'audio et en vidéo, sur mon mobile, ma radio, ma tablette et ma télé. Selon moi, ils gagneraient à développer leur contenu et leurs marques de manière transversale. Et cela va au-delà de l'idée de diffuser Tout le monde en parle en simultané à la télé et à la radio. En identifiant leurs communautés d'intérêts et en développant des marques multiplateformes, on pourrait développer des contenus qui traversent les silos télé/web/radio, qui s'adressent à des publics plus jeunes, plus nichés et par la même occasion, aller chercher des revenus de publicité premium, car le public serait mieux ciblé. Cela nécessiterait toutefois une réforme structurelle et profonde de leur culture d'entreprise.»

Alexandre Taillefer, entrepreneur, président du C.A. du Musée... (Photo: archives La Presse) - image 3.0

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Alexandre Taillefer, entrepreneur, président du C.A. du Musée d'art contemporain de Montréal, dragon.

Photo: archives La Presse

Alain Saulnier, ancien directeur de l'information Radio-Canada, enseigne le journalisme à l'Université de Montréal

«Il faut préciser le mandat de Radio-Canada à l'heure du numérique. C'est ce qu'il a fallu faire pour la radio lorsque la télé est arrivée en 1952, et pour la télé publique lorsque Télé-Métropole a été créée. Chacun a dû redéfinir son rôle. Cet exercice ne doit pas être mené à l'interne, il faut un débat public. Ensuite, il faut donner les coudées franches au service public en assurant que 80 % de son financement provienne des fonds publics. Ça évite la dépendance aux politiques. Actuellement, c'est la recherche de revenus commerciaux qui contamine son mandat. Il faut se poser la question: que fait-on de différent? Pour moi, c'est déterminant pour la suite des choses. Il faut partir de là.»

Armande Saint-Jean, journaliste, professeure de journalisme à l'Université de Sherbrooke

«J'aimerais entendre un concert de protestations à la défense de Radio-Canada. Personne ne dit rien quand on annonce des coupes, les gens baissent la tête et acceptent. Or Radio-Canada nous a donné beaucoup et cela ne nous a pas coûté cher. Malheureusement, Radio-Canada se défend mal. J'aimerais que quelqu'un de la maison fasse une mise au point et explique à la population: «Voilà ce que nous avons perdu depuis quelques années à cause des coupes.» J'aimerais voir une grande campagne de sensibilisation dans laquelle des porte-voix - artistes journalistes, etc. -, des gens qui doivent leur carrière à Radio-Canada, rappellent aux gens pourquoi il s'agit d'une institution essentielle.»

Eddy Moretti, directeur de la création, Vice

«Ils doivent repenser au type d'entreprise médiatique qu'ils souhaitent être, trouver un nouveau visage, une nouvelle voix. Il y a une riche tradition documentaire au Canada, mais il y a désormais un nouveau langage, une nouvelle façon de faire les choses qui s'apparente davantage à ce qui se passe sur le web. Or CBC semble prisonnière du passé. Ensuite, ils doivent en faire plus pour leur argent. Chaque dollar public est précieux. Il y a des façons de faire qui coûtent beaucoup moins cher. Toutes les télévisions, de HBO aux télés américaines, européennes et indiennes, nous appellent pour savoir comment on fait. Enfin ils doivent accepter d'être perturbés. Ils ont d'ailleurs assisté à ma présentation au MIPTV à Cannes il y a quelques jours...»

Alexandre Taillefer, entrepreneur, président du C.A. du Musée d'art contemporain de Montréal, dragon

«Pour moi, la sauvegarde de Radio-Canada passe par l'arrêt de la course aux cotes d'écoute et par l'élimination des publicités qui devraient être remplacées par des commandites de prestige. Ils ne doivent faire aucun compromis sur la qualité s'ils veulent redevenir le service public de grande valeur qu'ils ont déjà été. Radio-Canada devrait miser sur la diffusion de captations du très riche contenu produit au Québec et au Canada en théâtre, opéra, art numérique, films et j'en passe. Pour ce faire, il faudrait bien entendu instaurer une redevance qui proviendrait des câblodistributeurs et des entreprises de télécommunications qui retirent une part importante de leurs revenus d'internet haute vitesse, grâce aux contenus que les diffuseurs produisent, mais qu'ils peinent à rentabiliser.»




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