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Des journalistes et des chiffres

Nate Silver, un journaliste-statisticien, s'est fait connaître grâce... (Photo: archives AP)

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Nate Silver, un journaliste-statisticien, s'est fait connaître grâce à ses prévisions des résultats de la Ligue majeure de baseball dans les années 2000. Mais sa réputation a véritablement dépassé les frontières lorsqu'il a appliqué ses techniques statistiques à l'univers politique. En 2007, il a prévu sans se tromper les résultats des élections présidentielles dans 49 États sur 50. Sa renommée était faite.

Photo: archives AP

Parmi les huit nominations de La Presse aux National Journalism Awards figure un reportage sur les routes dangereuses réalisé par les collègues Gabrielle Duchaine et Caroline Touzin. À partir de données publiques, les deux journalistes ont géolocalisé 15 000 accidents graves survenus au Québec au cours des dernières années, ce qui leur a permis d'identifier des routes à la configuration problématique. C'est ce qu'on appelle du journalisme de données, une technique d'enquête journalistique qui gagne en popularité au Québec.

Aux États-Unis, la vedette incontestée du journalisme de données se nomme Nate Silver. Ce journaliste-statisticien s'est fait connaître grâce à ses prévisions des résultats de la Ligue majeure de baseball dans les années 2000. Mais sa réputation a véritablement dépassé les frontières lorsqu'il a appliqué ses techniques statistiques à l'univers politique. En 2007, il a prévu sans se tromper les résultats des élections présidentielles dans 49 États sur 50. Sa renommée était faite. En 2008, il lançait le blogue FiveThirtyEight (fivethirtyeight.com), et en 2010, le New York Times l'accueillait sur son site.

Beurk, les maths!

Depuis, Nate Silver a quitté le New York Times, et son blogue, relancé cette semaine, fait désormais partie de la grande famille d'ESPN. La nouvelle mouture de FiveThirtyEight est un blogue d'information qui emploie une vingtaine de journalistes spécialisés dans le journalisme de données qui couvriront la politique, l'économie, la science et les sports.

Dans un manifeste qu'il a publié sur son site (une véritable profession de foi dans le journalisme de données qui a provoqué un débat de type «anciens contre modernes» dans la communauté journalistique américaine), Nate Silver note que les entreprises de presse traditionnelles manquent de connaissances en journalisme de données. Cela s'explique par la sélection des journalistes, croit-il. Les étudiants qui entrent au collège en pensant se diriger vers le journalisme ou la communication montrent peu d'intérêt pour les mathématiques.

C'est exactement le même phénomène qui se produit au Québec et qui explique que le journalisme de données soit aussi peu populaire.

Un exemple: un journaliste culturel voudrait comparer la fréquentation d'un festival d'année en année et contre-vérifier les chiffres fournis par l'organisation du festival. «Il faut tout de même connaître les pourcentages, souligne Jean-Hugues Roy. Or même ça, c'est difficile. Je l'ai constaté en ajoutant des petits problèmes de maths dans les examens de mes étudiants. Ils avaient de la difficulté. Il y a une véritable prise de conscience à faire dans la formation des journalistes.»

Partager les données

Steve Proulx partage cet avis. Ancien chroniqueur média à l'hebdomadaire Voir, ce journaliste a décidé de lancer son entreprise, entièrement consacrée au journalisme de données. Deux ans plus tard, l'agence 37e AVENUE emploie quatre personnes, mais son fondateur s'est rendu à l'évidence: la demande pour ce type de journalisme n'est pas assez grande pour faire vivre son agence qui a dû élargir sa palette de services à l'infographie et la rédaction de textes.

Parmi les réalisations de l'agence 37e AVENUE qui ont attiré l'attention, une carte de sites contaminés réalisée pour le journal Les Affaires. «Même le gouvernement n'avait pas ce genre d'information, note Steve Proulx. Il faut dire que sur le plan des données ouvertes, le Québec est en retard. On a une mauvaise compréhension des besoins. Les organismes vont mettre des données dans des PDF, donc impossible de les compiler. Sur le portail de la Ville de Montréal, on peut facilement trouver une patinoire, mais quand on veut consulter les données financières ou le budget, il n'y a rien. Et c'est comme ça depuis des années.»

Steve Proulx reconnaît que le journalisme de données est une technique qui coûte cher et qui prend du temps, mais ajoute: «Ça donne un nouvel angle sur les choses. Aujourd'hui, on a un paquet de données, en plus de toutes les traces numériques qu'on laisse au quotidien. On ne peut pas ignorer ça, d'autant plus que nous disposons d'outils très puissants pour les analyser.»

Changer la formation

Aux États-Unis, de plus en plus d'universités ont modifié leur programme de journalisme pour ajouter des cours d'informatique. L'Université Columbia, par exemple, offre même un programme de journalisme numérique.

Selon Jean-Hugues Roy de l'UQAM, il faut développer le réflexe de hacker des étudiants en journalisme, leur apprendre à fouiller, à comprendre «comment ça marche». «C'est ce qu'ont fait les journalistes qui ont étudié l'attribution des contrats municipaux, dit-il, et cela a engendré la commission Charbonneau.»

En septembre prochain, l'UQAM ajoutera donc un cours de troisième année axé davantage sur les technologies et l'informatique. «Le journalisme de données n'est pas une panacée, nuance-t-il. C'est un outil de plus au couteau suisse du journaliste.»

Signé: un robot

«Ce texte a été rédigé par un algorithme», pouvait-on lire la semaine dernière dans un billet du Los Angeles Times sur le séisme qui a fait trembler le quartier de Westwood, à Los Angeles. C'est le journaliste-programmeur Ken Schwenke qui a construit l'algorithme, baptisé Quakebot. Le robot a intégré les données du Centre fédéral d'information sur l'activité sismique. Il les a ensuite publiées automatiquement avec un titre et une carte. Ce n'est pas la première fois que le quotidien tente une expérience avec un algorithme. Pour l'instant, heureusement, la technique a ses limites.

Ça bouge au Globe and Mail

Le rédacteur en chef du Globe and Mail, John Stackhouse, employé du journal depuis 22 ans, est remplacé par David Walmsley, un ancien du Globe qui était responsable du contenu des nouvelles à la CBC depuis près de deux ans. Le départ de Stackhouse survient après celui de deux autres patrons de la salle de rédaction, Elena Cherney et Derek DeCloet, qui dirigeait les pages de Report on Business. Le défi de Walmsley: reconstruire une équipe et rassurer les troupes à la veille de négociations pour une nouvelle convention collective. À suivre.




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