Il faut être un peu fou pour lancer un magazine par les temps qui courent, surtout un magazine féminin. Le Québec compte déjà une dizaine de titres et même s'ils sont relativement en bonne santé (les plus récentes données PMB notaient que certains titres étaient en hausse et que Châtelaine comptait parmi les cinq magazines les plus lus au Québec), ce n'est plus le contexte des belles années.

Nathalie Collard LA PRESSE

Ce soir, pourtant, on lancera Souche, un nouveau magazine qui s'adresse aux femmes âgées entre 25 et 40 ans issues des communautés culturelles.

Aux États-Unis, on compte déjà plusieurs titres dits «ethniques» dont Essence, un mensuel qui s'adresse aux femmes noires. Mais au Québec, rien de comparable.

«Personnellement je lis tous les magazines, Clin d'oeil, Elle Québec, Châtelaine, Vita, etc. mais il y a rarement des mannequins de couleur et je ne trouve jamais de conseils propres à ma peau ou à mes cheveux, des bonnes adresses où aller me faire couper les cheveux, etc.», explique Carla Beauvais, jeune femme d'origine haïtienne et rédactrice en chef de Souche.

Six fois par année, les femmes pourront donc acheter Souche dans les villes d'Ottawa, Gatineau, et dans la grande région de Montréal. La métropole est de plus en plus métissée et les prédictions statistiques confirment que cette diversité ira en augmentant. Or ce segment socio-démographique représente un marché fort intéressant pour les publicitaires. Un exemple? «Les femmes noires sont de très grandes consommatrices de produits de beauté», note Carla Beauvais.

On comprend donc que Souche n'a pas l'intention d'être un magazine consacré essentiellement à la condition des femmes issues des minorités culturelles, mais bien un magazine féminin tout ce qu'il y a de plus traditionnel avec ses trucs beauté, ses chroniques, ses entrevues avec des vedettes et ses suggestions de sortie.

«Oui, on parlera de la scène culturelle haïtienne, par exemple, mais on parlera aussi de l'opéra ou des FrancoFolies, souligne Carla Beauvais. Le magazine sera à l'image des jeunes femmes urbaines qui sortent, vont au restaurant, écoutent toutes sortes de styles de musique. Ce n'est pas un magazine ghetto, c'est un magazine qui s'adresse aux femmes modernes.»

Certains reportages prendront toutefois une couleur particulière, comme un article à paraître consacré aux sports extrêmes. «Nous avons envoyé quatre filles tester des sports extrêmes.» Or, note la nouvelle rédactrice en chef, dans plusieurs communautés, les sports extrêmes sont perçus de façon très différente que chez les Québécois. «Ne demandez pas à un Arabe ou un Noir de sauter en parachute, ajoute Carla Beauvais, c'est très mal vu.»

C'est la chanteuse d'origine algérienne Lynda Thalie qui fait la «une» du premier numéro. Une entrevue avec l'animatrice Rebecca Makonnen est déjà prévue pour le second. On retrouvera également une chronique sur la sexualité (à la Sex and the City) signée par la blogueuse Tamy Emma Pepin. Le magazine sort en kiosque demain.