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Le dernier train

La pochette du livre Le train pour Samarcande...

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La pochette du livre Le train pour Samarcande

Jade Bérubé
La Presse

Le prix Robert-Cliche 2008 (premier roman) a été remis à Danielle Trussart pour son livre Le train pour Samarcande, un roman intimiste qui suit les pensées virevoltantes d'une femme s'abîmant dans la vieillesse. Seule, entourée de ses morts, se sentant devenir lentement aussi évanescente qu'eux, Blanche trie ses objets au même rythme que ses souvenirs, refusant de suivre les conseils de ceux qui voudraient bien la voir dans une résidence. Marchant tel un funambule sur la mince frontière entre fantasme et réalité, la vieille femme entretient un minimum de contacts avec l'extérieur, ce qui lui permet d'errer à sa guise dans un univers modestement adapté à ses besoins contemplatifs.

Dénuée aujourd'hui de son rôle social d'hier, Blanche n'est d'ailleurs plus qu'un témoin oublié qui ne sait trop que faire de ses découvertes. L'auteure souligne le caractère complexe de la solitude, alors que Blanche nourrit à la fois le désir de se laisser couler dans le silence tout en redoutant le départ de ses rares visiteurs. Ayant pour seul réel interlocuteur son défunt mari, Blanche songe donc à voix haute, campée derrière le carreau d'une fenêtre donnant sur la rue souvent déserte. Jonglant avec le passé, le modifiant à sa guise tout en reconnaissant l'aspect factice de ce jeu étrange, elle attend que le temps ait enfin terminé de dérouler son tapis pour «prendre le train».

 

Du constat de sa disparition ante mortem, -»à partir du moment où tu échappes à la tyrannie de la séduction, tu entres dans un autre temps» -, aux contradictions de la foi en passant par la nécessité de la mort, Blanche s'éparpille en petites réflexions sur la vie et les choses, sur le malheur qui doit passer inaperçu, sur ce bonheur «qu'on ne prenait pas la peine de découper proprement avec des ustensiles», ou encore sur la vieillesse en elle-même. Les gens ne cesseront pas de vieillir, s'exclame-t-elle d'ailleurs. «Mais ils cesseront de l'admettre.»

Danielle Trussart signe ici un livre qui certes comporte plusieurs maladresses typiques des premiers romans. La trame narrative peine à maintenir le cap de ce naufrage annoncé, défi particulièrement difficile à relever, faut-il le préciser. Ainsi, le chemin volontairement embrouillé de Blanche mène trop brusquement à la cité mythique de Samarcande, où elle souhaite accoster au terme de sa pérégrination mortuaire. L'auteure livre également de façon plus ou moins subtile certaines informations superflues. Néanmoins, Trussart réussit à ornementer la vieillesse, transformant le cafouillis de la pensée en humour et la perte d'autonomie en excentricité. Le choc est d'ailleurs particulièrement violent lorsque l'auteure choisit de porter un regard extérieur sur son personnage, révélant une habile construction en trompe-l'oeil où l'on meurt, candidement, en quittant la gare pour une contrée du nom d'Ouzbékistan.

Le train pour Samarcande

Danielle Trussart VLB Éditeur, 240 pages, 24,95$

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