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Plus près de la terre

Marie Claude Fortin
La Presse

Après Le coeur est un muscle involontaire, Monique Proulx délaisse les grandes villes pour s'enfoncer au coeur de la forêt laurentienne. Dans un roman à la beauté sauvage qui célèbre la nature.

 C'est une histoire de forêt, avec un lac, des épinettes, des odeurs de sous-bois et de fraises sauvages, des fourmis laborieuses, des écureuils fous, des champignons empoisonnés, de splendides fleurs sauvages. Un théâtre fascinant, loin de Montréal, ses aurores, ses appartements d'artistes, loin de New York et ses tours, mais au plus près de la terre.Un soupçon de magie, des personnages ivres de nature, l'ombre du danger qui plane, la vie qui exulte ; Champagne, le nouveau roman de Monique Proulx, est une ode à la nature. Et plus particulièrement, à cette forêt laurentienne que fréquente l'auteure du Sexe des étoiles quatre mois par année, «depuis toujours».

«La forêt, avec ses forces primitives, occultes, est un monde qui a toujours inspiré les romanciers, rappelle Monique Proulx. Dans la forêt, le danger côtoie l'ivresse. En juin, quand toutes les vies explosent, on sent chez les bêtes, les oiseaux, les insectes, une force de vie incroyable.»

Née dans la basse-ville de Québec en 1952, l'auteure de Sans coeur et sans reproche (prix Adrienne-Choquette de la nouvelle, prix littéraire Desjardins, Grand Prix du Journal de Montréal), a très tôt aimé la nature.

«J'ai eu la chance d'avoir une mère pour qui c'était très important d'emmener les enfants à la campagne. Nous n'avions pas d'argent, mais nous allions souvent dans les Laurentides. Et pour moi, ce lieu touffu, plein de cette odeur très particulière de mousse, d'épinettes, c'était et c'est encore le paradis.»

Déjà toute petite, Monique Proulx savait qu'elle écrirait. «J'avais l'impression que tout ce que je vivrais serait racontable, dit-elle. Si j'ai commencé par camper mes histoires dans les villes, c'est que pour moi la campagne était davantage un lieu de contemplation et de jeu. Je ne voyais pas encore ses enjeux dramatiques. Je ne savais pas comment placer les personnages, comment me servir de la nature pour en faire un territoire vivant.»

Des histoires d'animaux

Il lui a fallu 25 années d'écriture, trois romans, deux recueils de nouvelles, avant de s'attaquer à ce roman qui marque un tournant dans son oeuvre. Un roman à facettes, ou «à volets», préfère-t-elle, où les destins d'une poignée de personnages vivant autour du même lac d'une même forêt, se croisent, le temps d'un été particulièrement mouvementé.

Dans ce décor bien plus grand qu'eux, Lila, Claire, Luc, Simon, Jérémie, Violette, vivent, chacun dans son refuge, de petites et de grandes tragédies, des amours, des passions, des deuils, des illuminations. Pendant que Lila essaie de sauver ce lieu sur lequel elle règne en maîtresse, que Claire, l'écrivaine, planche sur ses histoires de meurtres, que le petit Jérémie découvre le monde palpitant des insectes, que Violette panse ses blessures physiques et morales avec l'aide de l'amour de Simon, le paysage bouge, se transforme, évolue, tout meurt et renaît.

«Depuis des années, j'accumulais des notes prises lors de mes étés passés dans la forêt, raconte l'auteure. J'ai des cahiers pleins d'histoires d'araignées, de poissons, de fourmis. Je ne savais pas ce que j'en ferais, ni quel rôle joueraient les humains là-dedans, mais je savais que je ferais de la nature le personnage principal d'un livre.»

Un livre qui serait proche du recueil de nouvelles (d'ailleurs, le premier chapitre est une version réécrite d'une nouvelle publiée dans Le Devoir à l'été 1993). Un roman sur la perte (de la jeunesse, de la santé, des êtres, des lieux que l'on aime), qui est aussi une invitation à aimer et à respecter la nature.

«J'ai de grandes ambitions, avoue Monique Proulx en souriant. Je pense que les livres peuvent changer le monde, en semant de petites graines. Un livre peut ébranler certaines de nos certitudes, nous faire réfléchir, ouvrir des brèches. On a un grand pouvoir, comme écrivain. Il ne faut pas le gaspiller en se contentant d'écrire des choses dans le seul but de distraire. Je veux que ce que j'écris soit séduisant, bien sûr, mais je veux aussi donner quelque chose.»

Ce roman à peine lancé, Monique Proulx parle déjà de son prochain livre, un autre recueil de nouvelles sur Montréal. Dans l'esprit de cette auteure pour qui Ducharme a été une révélation, cette lectrice de Nicolas Bouvier, Albert Cohen, Élise Turcotte, Sylvain Trudel, Robert Lalonde... la ville demeure le lieu des artistes.

«La nature nous donne des paysages, des fleurs extraordinaires, dit-elle. Les artistes donnent des oeuvres d'art. Et notre but, notre désir, je pense, est de donner au monde ce qu'on a de bon. L'univers est dur, c'est vrai, mais les difficultés se traversent. On est soutenus par la beauté. Pas seulement celle de la nature, mais aussi celle des êtres humains.»




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