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Sergio Kokis, fabricant de bombes

Sergio Kokis ne s'en cache pas, il s'est... (Photo André Pichette, La Presse)

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Sergio Kokis ne s'en cache pas, il s'est inspiré de L'idiot de Dostoïevski pour écrire L'innocent, son nouveau roman.

Photo André Pichette, La Presse

Mario Cloutier

L'innocent est le 25e livre de Sergio Kokis. L'auteur s'aventure cette fois sur un terrain d'actualité très miné, celui de la pédophilie.

Sergio Kokis n'en est pas à ses premières armes, c'est le cas de le dire. L'expérience lui permet d'aller là où d'autres n'oseraient pas. Or, même en fiction, aborder la question de la pédophilie au sein de l'Église demande une audace certaine.

«Un jeune écrivain aurait peut-être peur d'aborder cette question, croit-il. Un vieux comme moi peut lâcher des bombes. On a besoin de parler de ça, de dire ça. Quelqu'un dans ma position se doit de prendre ce genre de défi.»

Son roman aux effluves philosophiques porte notamment sur le pouvoir et ceux qui l'exerçaient autour de l'an 1600, les envoyés de Dieu, les prêtres, les abbés, les moines. L'Église vue comme le plus grand conglomérat de l'époque.

«Toute autre vision que celle de l'Église était subversive et devait être liquidée. Ce qui est intéressant, c'est de voir que le protestantisme a ensuite brûlé plus de sorcières que les catholiques! Dès qu'un groupe arrive au pouvoir, il ne le lâche plus. Il mord tel un bouledogue enragé. Ça fait notre malheur.»

Espagne

Après des recherches sur l'Espagne de cette époque, l'auteur a compris que l'Inquisition espagnole craignait surtout le luthéranisme et les homosexuels.

«Beaucoup de familles riches envoyaient leurs enfants homosexuels au monastère pour les protéger de l'Inquisition. Les monastères recevaient aussi des orphelins, et les moines pédérastes en abusaient en toute impunité puisque leur famille riche finançait le monastère.»

Tiago, abandonné par une famille riche, est recueilli par des moines. Isidoro, l'herboriste du monastère, et Alberto, le barbier, s'en occupent en tentant de l'éloigner de certains moines pédophiles. Le jeune garçon, qui possède une mémoire phénoménale, semble toutefois incapable de distinguer le bien du mal.

«Je me suis posé la question à savoir comment était perçu un autiste à l'époque. On connaissait les idiots et les séniles, mais le diagnostic de l'autisme remonte à 1930. Pour incarner un miracle, je me suis dit que ces êtres qu'on disait illuminés étaient, en fait, des autistes.»

Dostoïevski

Sergio Kokis ne s'en cache pas, il s'est inspiré de L'idiot de Dostoïevski pour écrire L'innocent

«Tiago, comme Mychkine, est un innocent. Leur arrivée déclenche une série de convoitises. La convoitise de l'herboriste et du barbier est intellectuelle, scientifique. Les pédophiles veulent le posséder physiquement. L'Église l'utilise parce qu'elle a besoin d'un miracle et l'Église gagnait toujours à l'époque.»

Tiago est celui par qui le scandale arrive. Comme dans un western, l'arrivée de cet étranger provoque un déséquilibre dans une petite communauté tranquille. 

«Dans tous mes livres, j'aime créer des situations de déséquilibre pour que l'histoire puisse se développer, pour que je puisse pousser mon analyse psychologique.»

Les personnages d'Isidoro et d'Alberto servent au romancier à exploiter, sous la forme de dialogues, les questions qui l'intéressent : la foi, la justice, le pouvoir et la cupidité des hommes.

«Les discussions entre les deux moines me permettent d'éprouver un plaisir "théorique". Dans chaque livre, j'utilise des personnages pour réfléchir. En littérature, j'ai appris à mettre des nuances après avoir commencé comme communiste. Les choses ne sont jamais aussi claires que ça.»

La fiction lui permet aussi d'éviter la théorie pure qui risquerait de placer le lecteur dans une position d'étudiant face à l'écrivain.

«Même mes deux personnages ne sont pas tout noir ou blanc. Ce sont des personnages ambigus pour que la discussion soit intéressante. Il faut qu'ils soient humains. On a passé l'âge du réalisme socialiste. Gorki, par exemple, est à son meilleur dans ses mémoires parce qu'il s'avoue imparfait.»

C'est en faisant le chemin de Compostelle, il y a quelques années, que l'écrivain s'est étonné de l'omniprésence de chapelles sur le chemin.

«Autrefois, elles étaient des lieux de réclusion. On y emmurait des gens. Qui? Les psychotiques qui parlaient de la Vierge Marie, notamment, de l'histoire sainte et du démon en y mêlant la sexualité. Quand ces illuminés s'agitaient, il fallait les mettre à l'écart.»

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L'innocent. Sergio Kokis. Lévesque éditeur. 228 pages.




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