Mattia Scarpulla planche sur l'écriture de son premier roman après avoir publié nouvelles et poésie (journal des traces et hallucinations désirées et origines en fuite), notamment, chez L'Harmattan, en France. Après plusieurs années dans l'Hexagone, cet Italien de naissance a senti l'appel du Nord et vit à Québec depuis cinq ans.

Mario Cloutier LA PRESSE

Vous êtes en ce moment en Italie pour écrire votre premier roman. Comment cela se passe-t-il?

Je suis ici depuis mai. Au départ, je me sentais étranger parce que c'est la première fois depuis 2001 que je passe autant de temps en Italie. J'ai perdu quelque peu la manière de communiquer en italien.

Vous avez vécu à quel endroit en France avant le Québec?

J'ai vécu beaucoup à Paris avec ma compagne française, mais dans les dernières années, c'était au Havre. On aime bien le froid. Le Québec nous attirait parce que, d'une part, il y avait la langue française, mais pour le travail aussi, parce qu'il y avait aussi le fait que j'avais été retenu pour un stage à l'Université de Montréal en archivistique. C'était nos premiers pas au Québec et on n'est plus repartis. On a aimé tout de suite.

Pourtant, plusieurs immigrés qui ont appris le français avec des Français ont de la difficulté au début...

En fait, ça me rappelle l'Italie. En comparant avec les Français, les Québécois s'en permettent beaucoup plus à l'oral, phonétiquement, ça peut aller dans tous les sens, comme les Italiens. Dans mon stage à l'Université de Montréal, je comprenais tout durant le travail, mais à l'heure du dîner, plus rien. Maintenant, je me suis habitué.

Dans votre nouveau livre hallucinations désirées..., vous jouez beaucoup avec les mots, leur sens, leur sonorité. Votre maîtrise de la langue française semble passer à un niveau supérieur, non?

Je crois surtout écrire de façon plus distanciée. Je me remets davantage en question. C'est vrai que je me fais davantage confiance, mais en même temps, à la relecture, je suis plus critique. Depuis que je suis au Québec, le métier d'écrire est devenu plus spontané. C'est un plaisir en tout cas.

Ce récit poétique, c'est le livre de quelqu'un qui voyage, qui se promène, en transit entre rêve et réalité. Un esprit qui divague parfois, mais dans le style, ne voit-on pas un peu le romancier émerger?

Je l'espère! Ma façon d'écrire a beaucoup changé. Dans le recueil précédent, journal des traces, j'écrivais encore en vers. Désormais, c'est de la poésie en prose, de longs poèmes qui sont mis ensemble puisqu'il s'agit d'une même idée. En fuite, en quelque sorte. Pendant que j'essayais de publier ce recueil, je dois dire que j'écrivais aussi des nouvelles.

Est-ce que ce sont deux états d'esprit différents, le roman et la poésie?

Il y aura toujours de la poésie dans ce que j'écris. J'aime le réalisme merveilleux. J'aime perdre un peu le contrôle dans la tête ou la mémoire du narrateur. C'est avec des auteurs comme l'Espagnole Almudena Grandes [Vents contraires] ou Gabriel García Márquez [Cent ans de solitude] que je me retrouve. Avant de me mettre au travail, je lis à voix haute des auteurs que j'aime. J'écris comme en résonance.

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hallucinations désirées et origines en fuite. Mattia Scarpulla. L'Harmattan. 114 pages.

Image fournie par L’Harmattan

hallucinations désirées et origines en fuite