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Christine Angot: nous sommes légion

Dans son nouveau roman La petite foule, Christine... (Photo: Jean-Luc Bertini, fournie par Flammarion)

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Dans son nouveau roman La petite foule, Christine Angot suit 110 personnages qui n'ont pas de noms, mais des désignations comme «la retraitée du textile», «l'intellectuel laid» ou «l'homme de l'arrêt de bus».

Photo: Jean-Luc Bertini, fournie par Flammarion

Inspirée par Les caractères de La Bruyère, Christine Angot tisse la toile de nos vies dans La petite foule, grande fresque de «traits» qui illustrent à la fois comment la société nous définit et comment, malgré tout, on y échappe. Une leçon de liberté de la part d'Angot, au propre comme au figuré.

Christine Angot a souvent déchaîné les critiques dans ce genre qu'on a appelé «l'autofiction» auquel on l'a cantonnée, par ses romans L'inceste ou Une semaine de vacances. Pourtant - et c'est là que l'on voit le travail de l'écrivain -, quand on lit La petite foule, son plus récent livre, on y trouve à la fois quelque chose d'impersonnel et de très intime, comme toujours, cette fois dans une galerie de portraits qui forment une grande fresque contemporaine de cette vie que nous menons en commun, chacun dans son coin.

D'ailleurs, ce ne sont pas les gens qui l'ont inspirée, mais des «traits». Ainsi, les personnages - ils sont plus de 110 - n'ont pas de noms, mais des désignations en quelque sorte. «La retraitée du textile», «l'intellectuel laid», «l'homme de l'arrêt de bus», «les femmes de chambre», «le fêtard» ou «la fille seule» évoluent tous ensemble, gravitant les uns autour des autres, jusqu'à cette scène finale dans un aéroport, l'endroit par excellence du mélange des êtres.

«Ce sont des traits qui m'apparaissaient importants, emblématiques, pour dire quelque chose de ce qu'on vit, dans les espaces, les villes et les pays que nous partageons, explique Christine Angot, jointe au téléphone. Il y a une infinité de gens, chacun est unique et en même temps chacun est un tel produit de ses propres maniérismes sociaux. Mais pas seulement. Chacun est le produit de ses définitions sociales et échappe en même temps à cela. C'est ce que j'ai essayé de faire, montrer à quel point on trouve toujours un endroit pour y échapper et comment tout ça forme une espèce de petite foule cohérente et pleine de trous. Libre, au fond.»

La société ne nous définit pas totalement, pas plus que ce «je» que Christine Angot a exploré de brillante façon dans son oeuvre. «Il n'y a pas de frontières aux contours d'une personne, dit-elle. Chacun est ouvert. Nous ne sommes pas des êtres finis, chacun de nous est un être qui peut se transformer en un autre, toujours, qui peut aller dans un autre ou un autre peut venir en nous. C'est un mouvement. C'est une fiction d'imaginer qu'il y a des êtres fermés qui sont propriétaires d'une identité. Ça, je n'y crois pas une seconde. Il y a plein d'identités mobiles, fluides, qui se contredisent l'une l'autre, qui sont transformables, pas pareilles selon les âges et les lieux de la vie. C'est stupide d'imaginer qu'une personne, c'est une sorte de terrain fermé, qui camperait sur ses deux pieds et qui dirait «je suis moi». Ça n'a pas de sens.»

«Dans la foule»

Dans cette galerie, on reconnaît le personnage d'Angot, à égalité avec les autres dans la petite foule. «C'est une façon de ne pas exister plus que n'importe quel personnage, précise-t-elle. C'est-à-dire d'être exactement dans la foule, à un endroit qui serait ni plus ni moins proche, et aussi de reconnaître et de voir à quel point, dans une seule vie, on est plein de personnages. La petite fille, l'adolescente, l'étudiante en week-end, la jeune chômeuse, l'écrivaine en herbe, la jeune mariée...»

Le grand défi d'une telle entreprise a été, selon l'écrivain, d'intéresser le lecteur «110 fois à la suite», dans de courts chapitres où, au fur et à mesure que l'on avance dans la lecture, la petite foule se dresse et s'anime. «Ce qui était difficile était de solliciter l'attention du lecteur dès le début, dès les deux premières phrases, comme par un regard, quand vous croisez quelqu'un qui a un regard vif. Ensuite, d'organiser une composition pas trop rigide ou trop attendue, pas du tout sociologique, mais qui laisse apparaître les forces, les oppositions, la position d'être dominé ou de dominer quelqu'un d'autre. Je voulais que ça apparaisse, que ça se dégage du texte, mais je ne voulais pas que ce soit asséné lourdement.»

Pour cet exercice minutieux comme une courtepointe, une influence: La Bruyère, dont les célèbres Caractères font toujours partie des lectures des élèves français... «Depuis les manuels scolaires, les gens ne le lisent plus trop, mais quand vous le lisez ou le relisez, vous vous rendez compte à quel point il était présent à ce qu'il vivait. Un écrivain, avant tout, c'est ça: c'est quelqu'un qui, pendant qu'il est vivant, est vraiment là et voit les choses sous ses yeux. C'est important quand vous êtes écrivain de voir d'autres écrivains complètement engagés dans leur travail sans se préoccuper des entraves qu'il peut y avoir à côté.»

LA PETITE FOULE. CHRISTINE ANGOT. Flammarion, 255 pages.




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