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Elsa Pépin: le coeur est un oiseau

Après la naissance de son bébé, Elsa Pépin... (Photo: David Boily, La Presse)

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Après la naissance de son bébé, Elsa Pépin vit maintenant celle de son recueil de nouvelles. «On dirait que d'avoir un enfant m'a amenée à faire un bilan, et j'ai écrit des histoires qui sont en quelque sorte inspirées de mon cheminement », explique-t-elle.

Photo: David Boily, La Presse

La liberté, la famille et l'amour traversent les nouvelles du premier recueil d'Elsa Pépin, où l'on s'interroge sur la vraie nature de la liberté, à la fois une aspiration nécessaire et un cadeau empoisonné.

Elsa Pépin est la nouvelle maman d'un bébé de 5 mois et l'auteure d'un recueil de 13 nouvelles, Quand j'étais l'Amérique. Voilà ce que l'on pourrait appeler une année fertile, et les deux événements ont des liens. «Je travaille depuis longtemps sur deux romans, et quand je suis tombée enceinte, j'étais dans une énergie nouvelle. J'ai eu envie d'écrire du neuf, de raconter des histoires autres que celles de mes romans. On dirait que d'avoir un enfant m'a amenée à faire un bilan, et j'ai écrit des histoires qui sont en quelque sorte inspirées de mon cheminement pour en arriver où je suis maintenant.»

Si la question de la liberté est si présente dans Quand j'étais l'Amérique, c'est probablement parce qu'il s'agit d'un sujet qu'Elsa Pépin a exploré en profondeur. La notion de plaisir dans la littérature française du XVIIIe siècle - ce siècle libertin et révolutionnaire - était au coeur de son mémoire de maîtrise, obtenu à l'Université McGill. Il y a quelques années, elle a codirigé avec Claudia Larochelle le collectif Amour et libertinage sur les relations amoureuses des trentenaires.

Quand j'étais l'Amérique propose une galerie de personnages flamboyants qui se brûlent souvent les ailes comme Icare ou qui sont vus par des personnages plus discrets séduits par leur audace. «Les gens qui sont en apparence très libres ne sont pas ceux qui s'en sortent le mieux dans mes nouvelles, note-t-elle. Je m'intéresse plus à ceux pour qui la liberté semble plus difficile, qui sont prisonniers de leurs repères.»

C'est pourquoi elle a choisi comme exergue cette phrase tirée du poème Pour faire le portrait d'un oiseau de Jacques Prévert: «Peindre d'abord une cage avec une porte ouverte.» «Dans le fond, explique-t-elle, nous sommes libres quand nous connaissons la cage qui nous enferme et que nous pouvons nous en libérer. J'ai vu beaucoup de gens qui se sentent très libres parce qu'ils font ce qu'ils veulent, mais qui ne mesurent pas vraiment ce qu'est la vraie liberté, qui est de se connaître soi-même et de faire des choix.»

Ce sont surtout les femmes qui sont d'une grande indépendance dans les nouvelles d'Elsa Pépin. Elles sont celles par qui l'émerveillement et le drame arrivent. «Les femmes québécoises ont souvent une personnalité forte. Je ne sais pas d'où ça vient, mais je vois souvent des amies que je trouve dures avec les gars. J'ai eu envie de me mettre dans leur peau, je trouve qu'ils ne l'ont pas toujours facile. Enfin, je suis moi-même fascinée par les gens décomplexés, spontanés, flamboyants. J'ai souvent été attirée et déçue par des gens très séduisants qui sont finalement prisonniers de leurs patterns et de leur propre spectacle...»

Modernité

La famille est l'autre thème de ce recueil, souvent perçue comme un champ de bataille, mais une bataille obligée. «Je pense que nous avons tous le désir de savoir d'où nous venons, mais que nous sommes aussi beaucoup en perte de filiation. Nous vivons moins proches de nos familles, auxquelles nous avons besoin autant de nous identifier que de nous détacher.»

La nouvelle qui donne son titre au recueil est, de son propre aveu, la plus autobiographique. La narratrice québécoise se découvre autre dans le regard de la famille française de sa mère, pour qui elle incarne un certain fantasme de l'Amérique, et une étrange curiosité langagière.

«Je me sentais tellement appartenir à cette famille et, en même temps, ils me faisaient sentir comme une étrangère parfois, se souvient-elle. Mais cela t'oblige à te définir en même temps.»

Elsa Pépin sent bien qu'elle appartient profondément aussi à ce «pays de la lente parole à naître» et trouve la langue québécoise, «ce blues grave», d'une grande beauté; elle est ravie par le roman de Geneviève Pettersen, La déesse des mouches à feu, qu'elle vient de terminer et est admiratrice de Sylvain Trudel, dont le recueil La mer de la tranquillité est pour elle un modèle.

Pour celle qui a choisi d'aller étudier la littérature française après la lecture d'À la recherche du temps perdu de Proust, l'américanité semble en quelque sorte être la modernité. Elsa Pépin aurait pu se diriger vers l'enseignement, mais son parcours l'a menée vers le monde des médias, où elle a toujours travaillé comme recherchiste et journaliste dans le domaine littéraire.

Elle anime présentement l'émission web de la Librairie Monet, Rature et lit. C'est ce qui lui a permis de lire ses contemporains et, à son avis, de désacraliser sa vision de la littérature comme beaucoup d'étudiants l'entretiennent. «Je trouve qu'on dit trop que la littérature contemporaine, ce n'est pas comme les classiques. Je pense qu'il faut en lire beaucoup pour trouver ce qu'on aime. J'ai un rêve, celui d'un show un peu comme celui de Pivot, qui mélange les deux.»

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Quand j'étais l'Amérique, Elsa Pépin, Quai no. 5, 164 pages.




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