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Maylis de Kerangal: «L'écriture, c'est déjà le voyage»

Maylis de Kerangal... (Photo fournie par Gallimard)

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Maylis de Kerangal

Photo fournie par Gallimard

Maylis de Kerangal a été révélée à un plus vaste public à son septième livre, Naissance d'un pont, qui lui a valu le prix Médicis en 2010. Lors de son récent passage au festival Metropolis Bleu, elle nous a parlé de son dernier roman, Tangente vers l'est, un huis clos haletant dans le Transsibérien entre une amoureuse et un conscrit, tous deux en fuite, dans une traversée sensible de l'imposant paysage russe qui a lui-même traversé l'écrivaine...

Dans le cadre de «L'année France-Russie», en 2010, Maylis de Kerangal et une douzaine d'autres écrivains ont été invités à prendre le mythique Transsibérien afin de s'en inspirer pour écrire. De cette invitation est né Tangente vers l'est, un court roman intense, profond, qui se transforme presque en thriller, lorsqu'une Française fuyant son amoureux se retrouve à aider un jeune homme russe qui veut éviter le service militaire.

«C'était une expérience totalement extraordinaire pour moi, se souvient Maylis de Kerangal. Je n'étais jamais allée en Russie, je ne parle pas russe, je ne connaissais que les grands textes que connaissaient les étudiants français. J'étais exactement dans une situation qui me convient.»

Car l'écrivaine aime nager en terrain inconnu. C'est, selon elle, ce qui la rapproche le plus d'elle-même. «J'adore cette phrase de Joyce qui dit que toute fiction est une autobiographie fantasmée. Ce qui signifie qu'on parle toujours de soi quand on écrit.» C'est ainsi que, sans connaissance technique particulière, elle a écrit Naissance d'un pont, roman superbe au souffle épique qui raconte la construction d'un pont dans une Californie imaginaire, révélant ainsi le destin des territoires et des hommes soumis aux désirs de grandeur des puissants, dans ce fragile équilibre entre le génie humain et la terre nourricière.

Dans le cas de Tangente vers l'est, inspiré de son voyage dans le Transsibérien, la seule chose dont elle était certaine, dans un contexte plutôt protocolaire et officiel, était l'expérience précise du train, très bien rendue dans le roman. Le reste, inventé, témoigne plutôt du fossé entre une Occidentale et un pauvre gamin russe, que l'écrivaine comble par le récit, car ils finiront par se ressembler d'une émouvante façon.

Maylis de Kerangal, fille de marins de père en fils, fait-elle partie de ces «écrivains voyageurs», sans cesse à la rencontre de l'Autre, qui tentent, si on peut dire, d'établir des ponts entre les classes, les peuples, les êtres? «J'adore voyager, mais je ne me considère par comme un «écrivain voyageur» en ce sens que ce sont des écrivains, dans cette tradition, qui ramènent des textes de leurs voyages. Je n'ai pas cette démarche. Je peux très bien rester dans ma chambre et écrire des textes qui parlent du monde et de l'altérité. D'une certaine manière, l'écriture, pour moi, c'est déjà un voyage. Mais si je réfléchis à votre question, je pense que j'ai toujours eu un peu tendance à décrire ce que les distances symbolisent. Ce qu'on partage, c'est une condition humaine. Écrire et lire, ce sont aussi des moyens de connaissance, des outils d'exploration.»

Dans Naissance d'un pont, le grand constructeur se nomme Diderot. Dans Tangente vers l'est, le jeune conscrit se nomme Aliocha, en guise d'hommage à Dostoïevski, mais surtout un salut à tous ces soldats qui peuplent la littérature russe, toujours hantée par le spectre de la guerre. Maylis de Kerangal excelle cependant dans la description des paysages, au coeur de son oeuvre - et, disons-le, d'une grande beauté pour le lecteur qui a envie de voyager par la lecture. «C'est très important pour moi, car je m'intéresse de plus en plus aux liens entre la géographie et la littérature. L'écriture permet de fonder des lieux et c'est peut-être son aspect politique. Écrire et dire d'où on est et où l'on est, ce sont des questions importantes. Plus classiquement, il y a toujours pour moi ce rapport à la nature, sa force. Je pense que les paysages sont fondamentaux, car on les traverse, mais ils nous traversent aussi.»

Tangente vers l'est

Maylis de Kerangal

Éditions Verticales,

128 pages

*** 1/2




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