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Carl Leblanc : le coeur est un oiseau

Carl Leblanc s'est inspiré d'une carte d'anniversaire survivante... (Photo: François Roy, La Presse)

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Carl Leblanc s'est inspiré d'une carte d'anniversaire survivante de l'Holocauste pour Artéfact.

Photo: François Roy, La Presse

Marie-Christine Blais
La Presse

Il y a deux ans, Carl Leblanc sortait le documentaire Le coeur d'Auschwitz, consacré à une mystérieuse carte de souhaits en forme de coeur: conçue à Auschwitz en 1944 par de jeunes détenues juives et exposée depuis 1988 au Centre commémoratif de l'Holocauste à Montréal. Mais dès 2006, donc bien avant de tourner, Carl Leblanc décide d'écrire une fiction inspirée par cette carte d'anniversaire survivante de l'horreur. C'est le roman Artéfact. Un roman qui fait battre le coeur, littéralement...

Dans son salon, Carl Leblanc fait les cent pas, fourrage dans ses cheveux, commence une phrase, s'interrompt, reprend, bref, désespère un peu à l'idée qu'on fasse nécessairement référence à son documentaire de 2010 pour parler de son deuxième roman, en librairie le 15 novembre prochain. Dans la «vraie vie», la destinataire du petit coeur de papier est Fania Fainer; dans la «vie vraie» du livre Artéfact, elle s'appelle Klara. Et toutes deux n'ont pas le même destin.

«Comment dire? lance fiévreusement Carl Leblanc. Plus le temps passe, plus j'ai l'impression que le film relève presque de la fiction et que le roman, lui, se rapproche de la condition humaine.» Et il n'a pas tort. En inventant des destins inédits aux femmes signataires du coeur de papier et en les croisant avec le destin d'un journaliste d'enquête de Montréal, Leblanc donne une matérialité, une tangibilité à ce qui dépasse l'imagination.

«Toutes les femmes du roman doivent zigzaguer dans leur présent à elles, reprend-il avec intensité, elles sont dans la rugosité de la vie éprouvée. Pas dans le passé.» Pour établir une analogie, on pourrait se servir du véritable petit coeur lui-même, relié à l'aide d'un fil rouge et d'un fil gris. Le documentaire, c'est le fil rouge qui attire le regard et fait vibrer; le roman, c'est le fil gris du présent, jamais tout à fait noir ou blanc, dénué de nostalgie, décliné différemment selon qu'on est en 1944, 1970, 1985, 2003... Comme Artéfact, qui va et vient entre six décennies, avec fluidité.

«Le narrateur, reprend Leblanc, est un Québécois francophone qui se trouve plongé dans un passé qui n'est pas le sien. Pas plus que le narrateur, je ne suis juif, mais c'est quand même de mes affaires: l'Holocauste est un crime contre l'humanité, et j'en fais partie. (...) Je tenais aussi à ce qu'il n'y ait pas de héros ou de personnage principal dans Artéfact. Je trouve fabuleux des romans comme Les poneys sauvages de Michel Déon ou Ravelstein de Saul Bellow, où le narrateur n'est pas le personnage principal. C'est très proche de la vie.»

Amour et distance

En 2006, sans savoir s'il aurait ou non du financement pour le documentaire, Leblanc se met donc à écrire. «Si j'avais écrit après avoir tourné le film, on aurait pu penser que j'avais voulu combler les trous du réel. Mais c'est le contraire qui est arrivé: le documentaire est presque un feel good movie entre beaucoup de guillemets, alors que j'ai, dans le roman, anticipé une histoire plus tragique.»

Et même plus cynique, puisque Artéfact donne aussi la vision mordante qu'a Leblanc des médias (La Presse comprise!), du Québec, de la société contemporaine? «Non, pas cynique. C'est plutôt que je ne conçois pas le rôle d'un écrivain autrement que dans une posture d'amour distancié. Je nous ai en haute estime, nous francophones d'Amérique du Nord, reprend-il avec chaleur, et je ne conçois donc pas qu'on puisse se satisfaire d'une version univoque, d'une seule interprétation de l'histoire. Sinon, on fait des oeuvres de patronage, on s'infantilise nous-mêmes.» Klara et ses amies ont été inventées pour nous le rappeler.

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Artéfact. Carl Leblanc. XYZ éditeur, 162 pages. En librairie le 15 novembre.

Journaliste, documentariste et écrivain

Diplômé en philosophie et science politique, Carl Leblanc a été journaliste à Télé-Québec (Téléservice, Questions d'argent, etc.), réalisateur télé, puis directeur de l'information et journaliste à la radio de Radio-Canada. À partir de 1995, avec Luc Cyr, il se tourne vers la réalisation d'une cinquantaine de documentaires télé percutants, aux textes particulièrement soignés: La boîte noire, Canada by night (sur la nuit des longs couteaux), Le chemin du roy (sur le passage de Charles de Gaulle en 1967), etc. En 2004, il consacre le documentaire L'Otage à James Cross, l'un des deux otages du FLQ pendant la crise d'Octobre 1970. Ce film incite Leblanc à se tourner vers la littérature: il publie en 2006 le roman Le personnage secondaire, inspiré de l'histoire de Cross. Artéfact est son deuxième roman.




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