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Josélito Michaud: le monde dans ses yeux

«La popularité est arrivée très tard dans ma... (Photo: Ivanoh Demers, La Presse)

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«La popularité est arrivée très tard dans ma vie. Et, sincèrement, je vais retourner dans l'ombre bientôt, explique Josélito Michaud. J'ai dit ce que j'avais à dire.»

Photo: Ivanoh Demers, La Presse

Après l'immense popularité de Passages obligés, son recueil d'entretiens sur le deuil, Josélito Michaud passe à l'autobiographie romancée pour creuser encore plus loin les origines de la souffrance, qu'on ne trouve nulle part ailleurs que dans l'enfance. Mais Dans mes yeux à moi est aussi une histoire de survie. Rencontre avec le plus généreux des intervieweurs.

Quand Josélito Michaud a eu entre les mains un exemplaire de son livre, Dans mes yeux à moi, il a ressenti un apaisement qu'il a peu connu dans sa vie. «La peur, ça faisait 40 ans que je vivais avec ça. C'est une chose contre laquelle je devais me battre constamment. En tenant le livre, je me suis demandé: Comment ai-je fait pour vivre avec autant de peur?»

La peur de quoi? lui demande-t-on. «De tout.»

Josélito Michaud a beaucoup de points en commun avec Olivier, le héros de son récit, inspiré par son propre parcours, mais aussi celui d'autres personnes qu'il a rencontrées. Comme lui, il a vécu dans des familles d'accueil avant de se fixer, sans jamais vraiment sentir d'ancrage, en raison de ces bouleversements précoces. Comme lui, il rêvait au jour de ses 18 ans, qu'il voyait comme le jour de sa délivrance. Autant dire que pour Josélito Michaud, l'enfance n'a rien d'un paradis perdu et ne suscite en lui aucune nostalgie. «Pas du tout. Mais j'ai eu, à une certaine époque, la mélancolie d'une enfance idéalisée. Jusqu'à ce que je lise une phrase de Flaubert qui dit tout: «On est incurable quand on chérit sa souffrance.» On a le choix dans une vie: on reste dans la souffrance ou on accepte qu'elle ait existé. Moi, dans ce livre-là, je voulais seulement montrer l'incompréhension et l'impuissance des enfants devant les grandes personnes.»

Lorsqu'on lui parle d'un personnage de son récit, un homme tyrannique et violent, qu'on qualifie de méchant, il ne l'excuse pas, mais veut le comprendre. Josélito Michaud semble toujours vouloir voir le meilleur côté des gens et des choses. «Mais ça ne veut pas dire que je suis complaisant, se défend-il. Quand je dois poser des questions inconfortables, je les pose. Vous savez, la vie n'a pas été facile pour moi. Si je vais vers le mauvais et le laid du monde, je meurs ici. Si je vois le bon du monde, peut-être que je vais vivre plus longtemps. C'est un choix que j'ai fait, ça ne veut pas dire que les nuages sont plus blancs à gauche ou à droite, je ne suis pas dans le déni. C'est cela, pour moi, ne pas chérir sa souffrance.»

Ce qui n'a pas été facile. Pendant l'écriture de son livre, Josélito Michaud a développé pour la première fois des allergies alimentaires. Des tests sur 277 aliments ont démontré qu'il était allergique à la farine, au lait, à la vanille et aux oeufs. Or, il s'agit précisément des ingrédients du pouding chômeur, qui a une certaine importance dans son roman. Qu'est-ce que ça veut dire, selon lui? «Qu'il ne faut plus que je me réconforte dans le pouding chômeur», lance-t-il en éclatant de rire.

Rencontrer la femme

Malgré tout ce qui jouait contre lui au départ, on ne peut pas dire que Josélito Michaud a mal tourné. Il est aujourd'hui un père et un époux heureux, qui connaît une carrière florissante. L'errance vécue dans son enfance aurait pu le rendre plus instable. «Je l'ai été jusqu'à ce que je rencontre cette femme exceptionnelle qu'est Véronique Béliveau. Quand Véronique Béliveau débarque dans ta vie, arrange-toi pour être au rendez-vous. C'est quelque de grand, de très humain, et sa nature t'oblige à régler assez vite tes affaires.»

Ils ont adopté deux enfants. Après une fausse couche de son amoureuse qui a été vécue comme un grand deuil par Josélito. Ayant été lui-même un enfant adopté, il reconnaît certains traits communs chez les siens. «Un enfant adopté n'est pas un enfant comme les autres, dit-il sans hésiter. Ni mieux ni pire, mais il n'est pas comme les autres. Les mots «je t'aime» ont intérêt à se dire souvent dans cette maison. Les peurs nocturnes. Le matin, on se raconte nos rêves. C'est souvent relié au fait d'être abandonné. Véronique et moi, on évite de se chicaner devant les enfants, car ils pensent tout de suite à une séparation, donc, à un abandon.»

Josélito Michaud a rencontré sa mère biologique sans toutefois poursuivre de façon assidue une relation. «J'avais besoin de réponses, mais pour moi, ma mère sera toujours celle qui m'a élevée», résume-t-il. Quant à son père biologique, il est mort peu de temps après avoir appris que son fils avait été mis en adoption. «Il a beaucoup pleuré quand il a appris qu'on m'avait abandonné. Il a eu un arrêt cardiaque. C'est une mort symbolique qui est pour moi exceptionnelle à vivre. De savoir que j'ai pu être aimé à ce point, peut-être...»

Prendre le train avec Josélito

Josélito Michaud avait tellement d'aversion pour le deuil - tous les deuils, sous toutes les formes - qu'il a pris son mal à bras-le-corps et l'a transformé en succès. Qui aurait cru que Passages obligés, dans lequel plusieurs personnes, dont des vedettes, se confient sur leur expérience de la perte, allait se vendre à plus de 90 000 exemplaires? Et pourquoi la formule de l'émission On prend toujours un train rencontre-t-elle un public aussi fidèle?

Parce qu'il travaille fort, Josélito Michaud. Pas seulement pour lui, mais pour les autres - il n'a pas été manager pour rien. On prend toujours un train, c'est son concept. Il prépare ses entrevues de façon maniaque. Il monte l'émission chez lui, sans intermédiaire, pour être sûr de livrer le «meilleur de ce (qu'il peut) donner».

En entrevue, il est pareil. Celle-ci aura duré trois heures, et on a rarement rencontré quelqu'un d'aussi ouvert et généreux. C'est que Josélito Michaud a la même exigence envers lui-même qu'envers ses invités, à qui il demande beaucoup dans son train. «Mon but n'est pas de faire pleurer mes invités, mais de parler de ce qu'ils ont ressenti, explique-t-il. De sortir les vraies affaires. Mon job n'est pas d'épancher ma peine à la télé, mais de leur donner la parole. Et ma responsabilité face à ceux qui montent dans mon train, c'est d'être sincère.»

Peu de gens semblent lui résister. Au restaurant L'Express où nous l'avons rencontré, toutes les personnalités viennent le rencontrer. Denise Filiatrault, entre autres, qui l'embrasse chaleureusement. «Tu vois, dit-il ensuite, Denise m'a bien fait comprendre qu'elle ne veut rien savoir de monter dans mon train et c'est correct comme ça.» Pour qu'il y ait échange, il faut qu'il y ait consentement et il le comprend. Une seule fois a-t-il refusé de diffuser une entrevue, parce que l'invitée n'avait pas compris ce contrat. «Les vedettes, malgré leur sincérité, ont toujours quelque chose à défendre, mais surtout à protéger. C'est pourquoi il est important pour moi de faire des entrevues aussi avec des gens qui ne sont pas connus.»

Enfin, qui aurait cru que ce gars de l'ombre, ancien agent d'Isabelle Boulay, allait devenir lui-même une vedette? «La popularité est arrivée très tard dans ma vie, dit-il. Mais je n'ai pas quitté l'ombre pour la lumière. Et, sincèrement, je vais retourner dans l'ombre bientôt. Je ne veux pas qu'on me voie trop. Et j'ai dit ce que j'avais à dire. En ondes, j'ai abordé tous les aspects du deuil. C'est illimité, je pourrais faire 20 saisons du Train. Mais je n'en ferai pas plus de cinq.»

S'il n'a pas quitté l'ombre pour la lumière, il aura cependant toujours choisi le sentier le plus lumineux, côté soleil plutôt que côté nuit, le beau plutôt que le laid, le bon plutôt que le mauvais... Car dans ses yeux à lui, tout est dans le regard qu'on porte sur le monde.

Dans mes yeux à moi

Josélito Michaud

Libre Expression, 275 pages




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