Après avoir publié deux recueils de poésie et de nombreuses nouvelles, la Torontoise Gil Adamson nous arrive avec un premier roman, La veuve, qui est l'histoire d'une femme en fuite. Rencontre avec sa créatrice qui, elle, ne fuit ni les gens ni les questions.

Sonia Sarfati LA PRESSE

«C'est comme si vous conduisiez une petite voiture et qu'un jour, à côté de vous, passait un gros camion. Il se pourrait que vous vous demandiez: «Est-ce que je serais capable de conduire ça?» C'est ce qui m'est arrivé.» Ainsi Gil Anderson explique-t-elle le voyage qui l'a conduite de la poésie et de la nouvelle au roman.

 

De passage à Montréal pour parler du roman en question, La veuve, la femme de lettres torontoise est, le temps d'une entrevue, revenue sur ses propres traces avant de retourner - pour les expliquer - sur celles du personnage qui habite les 400 pages du livre.

Comme la plupart de ceux qui écrivent, Gil Adamson a commencé très jeune à coucher des mots sur le papier. Dès le début de sa scolarité. «Des pensées, de courts poèmes.» Elle avait 13 ans quand elle a lu un recueil contenant des textes poétiques de Michael Ondaatje, de Leonard Cohen, etc. «J'ai refermé le livre en me disant que si j'arrivais à faire ça, un jour, ce serait une belle vie.»

Sur ce, elle a continué à écrire. Discrètement. Empilant les poèmes dans un tiroir. Jusqu'au jour où Kevin Connolly, critique d'art, éditeur et... poète, lui a demandé de les lire. Ils venaient de s'installer ensemble. C'était il y a plus de 20 ans et ils sont toujours ensemble. Elle se souvient de l'angoisse qu'elle a ressentie. «Que serait-il arrivé s'il n'avait pas aimé ça?»

Mais il a aimé. Et si ça n'avait pas été le cas, elle n'aurait pas baissé les bras. Visiblement pas son genre. Ainsi, combien a-t-elle défendu L'étranger, qu'il regardait de haut! Jusqu'à ce qu'ils ouvrent les boîtes de carton qui encombraient l'appartement qu'ils allaient partager et en extirpent, chacun, leur exemplaire du roman de Camus. Pour ainsi se rendre compte que leur perception différente de l'oeuvre était due... à la traduction. Celle que possédait Gil Adamson allait au-delà des mots, reproduisait l'essence du texte original. Celle qu'avait achetée Connolly, était... littérale, pas littéraire.

Ce détour pour expliquer l'importance que la femme de lettres accordait à la transformation de The Outlander en La veuve. Ses craintes, aussi. Mais Lori Saint-Martin et Paul Gagné ont fait, comme toujours, du très beau travail. Gil Adamson, même si elle lit et parle peu le français, s'en doutait: «Simplement aux questions qu'ils m'ont posées, je sentais qu'ils avaient compris.»

Soulagement. « Parce que, pour moi, la manière dont les choses sont racontées est plus importante que les choses elles-mêmes. « La romancière est restée poète. Et ce western féminin qu'est La veuve transpire cette poésie... et non l'effort : il est caché dans la beauté et la grâce des phrases.

Dix ans de travail

Jamais on ne sent que ce roman a exigé de Gil Adamson 10 années de travail. Des allers-retours plus ou moins réguliers. Avec, toujours, le même bonheur ressenti à chacun des moments passés en compagnie de Mary. C'est le nom de ce personnage né d'un flash. Une très jeune femme, tout de noir vêtue, qui court. « J'ai écrit un poème à partir de cette image. Un poème avec une intrigue : Mary a tué son mari, et elle fuit. Mais quand j'ai eu fini le texte, l'image, elle, n'en avait pas fini avec moi : je sentais qu'il y avait encore là un terreau fertile. «

Gil Adamson a donc creusé. Elle est partie à l'aventure dans les pas de cette femme de 19 ans poursuivie par deux géants roux. Les frères de l'homme qu'elle a tué. Pourquoi? Comment? On le découvre petit à petit. Au fil des rencontres que fait ce personnage au départ hermétique, mais qui s'ouvre aux lecteurs en s'ouvrant aux autres. Au fil, aussi, des apprentissages de cette femme qui, au départ, ne possède aucune des qualités nécessaires pour survivre seule dans les Rocheuses albertaines, en ce début du XXe siècle.

« On peut écrire des romans sur la force, sur les gens qui sont capables, qui peuvent. Je trouve plus intéressant d'écrire sur la manière dont les gens deviennent capables de faire ces choses, sur le pourquoi et le comment de leurs apprentissages, et sur l'impact que ces apprentissages ont sur eux. «

C'est exactement la trajectoire de Mary. Une fille droite, qui a de la suite dans les idées. En cela, elle ressemble à sa créatrice.