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Dany Laferrière: les boucles de Vieux Os

Avec l'ouvrage La fête des morts, le romancier... (Photo: Bernard Brault, La Presse)

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Avec l'ouvrage La fête des morts, le romancier Dany Laferrière a prêté sa plume au philosophe.

Photo: Bernard Brault, La Presse

Jade Bérubé
La Presse

Après avoir parlé aux enfants de l'amour avec Je suis fou de Vava (prix du Gouverneur général en 2006), Dany Laferrière publie un deuxième livre jeunesse traitant cette fois du mystère de la mort.

Dany Laferrière ne cache pas son enthousiasme devant ces albums illustrés par Frédéric Normandin et publiés aux éditions de la Bagnole. «J'avais quelques thèmes en tête, admet l'auteur. Je m'intéressais à l'amour qui n'est pas que mignon avec Je suis fou de Vava, mais j'aimerais aussi parler de politique. Et puis bien sûr il y a la mort que j'aborde ici dans ce qu'elle a d'angoissant et d'exaltant.»

 

On retrouve dans La fête des morts son alter ego Vieux Os, petit garçon curieux et émerveillé qui, entre le lever et le coucher du soleil, traversera le tunnel de la mort. «Dans la mythologie haïtienne, tous les animaux sont au courant de ce passage, s'amuse Laferrière. Les fourmis connaissent la date de notre mort, mais elles ne le disent pas tout simplement parce qu'elles trouvent que c'est un événement banal qui n'a aucun intérêt.»

Or, la mort fait peur et Vieux Os n'échappe pas à cette règle. «Bien sûr, la mort est angoissante, affirme Laferrière. Mais elle peut ne pas générer une peur sale, une peur qui ne débouche sur rien. La peur sale, c'est quand la bêtise nous encercle. Mais lorsque l'angoisse apporte une myriade de questions sans réponse, c'est plutôt une fête de l'esprit. Un monde nouveau s'ouvre. Ce n'est pas la peur, c'est quelque chose de délicieux qui peut nous faire peur mais qui nous élève.»

En retrouvant Vieux Os et Da, il est difficile de ne pas reconnaître l'univers du roman L'odeur du café de cet auteur qui cumule les réécritures. «Je préfère dire que je reviens sur les lieux; je suis comme cet assassin que l'on peut facilement attraper, s'exclame-t-il en riant. Il est vrai que j'avance en boucle et non en ligne droite vers un point de fuite. Je pense que notre vie n'est jamais tout à fait neuve, elle est faite de ce que l'on a ramassé sur son passage et c'est ce que nous avons ramassé qui nous propulse. Peut-être est-ce aussi une idée d'exilé, puisque je dois transporter ma mémoire avec moi et la raconter aux autres pour qu'ils soient au courant.»

Le temps de l'enfance

Si le milieu jeunesse se réjouit de voir l'auteur s'intéresser aux jeunes publics, Dany Laferrière, lui, ne voit pas les choses du même oeil et le précise avec emphase. «Dans ma tête, je n'ai pas voulu m'adresser aux enfants, souligne-t-il. J'ai tout simplement changé de médium. Je pourrais aussi choisir le rap, la musique. Or, cette écriture épurée, sans concession, s'adresse aux enfants parce que c'est un langage que les enfants comprennent.»

Il est vrai qu'en lisant La fête des morts, on remarque que le romancier a prêté sa plume au philosophe. «La poésie et la philosophie appartiennent aux gens qui ont du temps, c'est un art du gaspillage et de l'irresponsabilité, affirme Laferrière. Il ne faut pas avoir de responsabilités matérielles pour s'y intéresser vraiment, pour ne pas chercher à en faire quelque chose qui nous aide à vivre. C'est comme Dieu. Dès que l'on dépasse 20 ans, on ne fait que des demandes. C'est avant qu'on pense Dieu en terme d'infini.

«L'esprit des enfants n'est pas encombré, c'est donc à eux qu'il faut s'adresser de la plus haute manière, poursuit l'auteur. Ils ont des années pour comprendre la moindre des choses, ce sont des individus capables de lire un livre 30 fois. On ne retrouvera jamais des lecteurs pareils! On s'inquiète à l'idée que les enfants ne pourront pas tout comprendre, alors on leur offre du prémâché. Mais la littérature n'est pas faite pour être comprise, c'est une île à aborder. C'est Robinson Crusoé!»

L'auteur déplore d'ailleurs ce désir nord-américain de faire vieillir les enfants trop vite. «On chasse les enfants de l'enfance, se désole-t-il. Très rapidement, il faut les couper du berceau, de la mère, les rendre autonomes. Moi, mon enfance a duré très longtemps, je pourrais dire jusqu'à maintenant puisque j'y reviens sans arrêt. Parce que c'est à ce moment-là que l'on peut retrouver ce sens de l'essentiel...»

La fête des morts

Dany Laferrière, illustrations de Frédéric Normandin

Éditions de la Bagnole, 44 pages, 21,95$

 




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