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La maladie de la littérature

Bertrand Laverdure... (Photo: André Pichette, La Presse)

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Bertrand Laverdure

Photo: André Pichette, La Presse

Une conscience aiguë de sa condition d'écrivain ainsi qu'une dévotion totale à la littérature expliquent la présence de Bertrand Laverdure dans nos découvertes. Il s'est donné le pari fou non de représenter, mais d'être le témoin du milieu littéraire québécois, une «communauté» qu'il veut faire exister dans ses livres... pour exister lui-même.

Après un roman «d'écrivain» (Gomme de Xanthane, Triptyque, 2006), dans lequel il raconte les tourments d'un poète forcé par son éditeur de passer au roman pour être enfin reconnu (inspiré de sa propre expérience!), Bertrand Laverdure a publié cet automne Lectodôme, un roman de lecteur cette fois, son personnage principal se définissant comme tel, travaillant pour pratiquement rien dans une maison d'édition, mais étant constamment en mode «lectodôme». Parce que lire, c'est «un rituel d'existence». Pour le personnage comme pour Laverdure.

 

La «machine littéraire»

La «machine littéraire» est au coeur de ses préoccupations. Passage obligé, peut-être, du poète - il a publié sept recueils de poésie depuis 1994 - qui veut comprendre dans quoi il s'embarque. Lire et écrire, c'est sa vie, entre ses heures de travail... dans une librairie. Ceux qui s'intéressent de près ou de loin au «milieu» devraient lire ses deux romans. Laverdure ne fait pas plus partie des naïfs que des blasés de la littérature. «Ce que je voulais communiquer dans mes deux romans, c'est la générosité de la communauté littéraire. Sans cette communauté, qui est comme une deuxième famille pour plusieurs d'entre nous, il n'y aurait pas de littérature intéressante possible, je crois, dans la mesure où la liberté de créer, de s'exprimer, serait brimée par les contraintes du marché.»

Dans Lectodôme, la moitié d'un chapitre est consacrée à une note de bas de page racontant la délirante soirée d'Oprah Winfrey dédiée à la littérature québécoise. Oprah, qu'il considère comme la Simone de Beauvoir de notre époque, par son influence sur les classes moyennes... Une orgie de name-dropping est à l'oeuvre - Laverdure n'utilise pas de pseudonymes. «Lectodôme parle de la réalité de la littérature générale au Québec. J'ai senti à tous les échelons du milieu cette honte diffuse de dire qu'on aime la littérature québécoise, qu'on la suit. C'est un peu contre ça que je lutte, contre certains préjugés, une indifférence banale qui est de mise, dans le grand public aussi bien que dans le public cultivé.»

L'édition au Québec

Fasciné par «l'humus» de cet univers qui accueille toutes les oeuvres, il veut recréer la même pertinence, le même archivage que dans La Princesse de Clèves lorsque tout un monde est nommé. Il ne comprend et n'accepte pas certains purgatoires, comme celui que vit Gilbert Larocque ou Jean Basile, abondamment cité dans Lectodôme. S'insurge contre la mainmise des éditeurs assis sur leurs gros catalogues, sans possibilité d'être renversés comme un gouvernement. «On n'a pas le choix de faire éclore d'autres maisons d'édition pour faire éclore d'autres esthétiques. On s'assoit beaucoup sur nos lauriers dans l'édition au Québec, peut-être parce que c'est un milieu où l'intérêt monétaire n'est pas très grand, si bien que l'arbitraire et l'autorité de certains éditeurs portent encore.»

D'où tout un roman sur la tyrannie... du roman, comme forme littéraire obligée pour être lu. Alors que l'époque est si «fragmentée», avide du «narratif», selon lui. «Nous sommes plus près du baroque, de Cyrano de Bergerac que de Camus», croit-il. Et cela se reflète dans son écriture, où il joue sans cesse avec la forme. Abondance de références, romans dans le roman, intermède, jeux dans les marges. «J'ai toujours l'impression que le romancier doit être un relais, une courroie de transmission de son époque. Je me suis amusé à le dire, on n'est plus dans une société du spectacle, mais dans une société post-pornographique, c'est-à-dire que tout ce qu'on peut voir, on peut le voir et encore plus. Sachant l'abondance de livres publiés aujourd'hui, je trouve comme une traîtrise d'en faire abstraction. J'aime faire des romans libres, où le tissu narratif est comme une espèce de puzzle, et j'amène le puzzle de mon esprit avec ça. Je considère que c'est une forme d'authenticité.»

Alors, êtes-vous prêts à entrer dans le Lectodôme?

Lectodôme

Bertrand Laverdure

Le Quartanier, 315 pages, 22,95$

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