Les carnivores n'ont pas la cote ces temps-ci. Tandis que des scientifiques présentent le premier burger de viande conçue en laboratoire, les rayons «gastronomie» des librairies débordent plus que jamais de livres de recettes végétariennes. Et ces deux récents essais feront tout pour vous dissuader d'allumer votre barbecue cet été.

Violaine Ballivy LA PRESSE

Plaidoyer contre la viande

No Steak. Le titre de l'essai signé par Aymeric Caron ne laissait aucun doute sur son contenu: l'auteur, végétarien depuis 20 ans, n'allait pas faire de quartier dans son combat lettré contre les carnivores, ne laissant même aucune chance aux flexitariens. Dont acte.

Il accueille les lecteurs en leur lançant des statistiques-chocs: le temps qu'ils lisent une petite page de son bouquin, 87 226 poulets auront été abattus pour nourrir la planète, 2387 cochons, 1268 dindes, 946 moutons et ainsi de suite.

Journaliste en France, Caron s'insurge contre les conditions d'élevage des animaux, estime que les preuves scientifiques de la sensibilité et de l'intelligence des animaux rendent contraire à l'éthique l'idée même de les consommer et s'inquiète des impacts sur l'environnement de la progression du régime carné.

Il passe à la moulinette le mythe voulant que sans viande, toute diète manque nécessairement de protéines. Et, surprise, constate au passage que les végétariens sont mieux perçus au Québec qu'en France. Son ton est vif, incisif, baveux, mais sait aussi émouvoir.

On avale les pages avec appétit. Sauf que voilà, on reste aussi un peu sur sa faim. Le journaliste n'apporte que peu d'éléments nouveaux à un discours de plus en plus entendu. On aurait aimé un peu plus de travail sur le terrain. Les lecteurs de Je pense avec ma bouche, de la Québécoise Élise Desaulniers, ou de Faut-il manger les animaux?, de l'Américain Jonathan Foer, risquent d'être déçus.

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No Steak, Aymeric Caron, Fayard, 356 pages


18 experts passent à table

La vérité sur le hamburger pourrait se résumer assez grossièrement ainsi: si tout le monde mangeait moins de hamburgers (ou mieux, pas du tout!), la planète s'en porterait nettement mieux. Après tout, un carnivore à vélo polluerait plus qu'un végétarien en 4x4.

«L'élevage industriel, dont est issue la viande que nous mangeons, est responsable de 18% des gaz à effet de serre - plus que les véhicules du monde entier réunis. Il siphonne les nappes phréatiques: produire 1 kilo de boeuf nécessite 100 fois plus d'eau que 1 kilo de céréales.»

Le discours est moins militant que No Steak - les flexitariens sont pardonnés de leurs écarts - et s'en tient à un exposé de faits, d'expériences et d'analyses dans les textes de 18 experts internationaux d'horizons divers: la faiblesse de l'un est la force de l'autre. Des aspects très variés de la question sont abordés, il y a donc peu de redites et plus d'arguments pour convaincre.

Si les dégâts causés aux ressources d'eau potable laissent de glace un lecteur, il sera peut-être plus ému par les impacts sur la couche d'ozone. L'ennui, c'est que l'ouvrage l'est plutôt, ennuyeux. L'exercice de vulgarisation n'est pas abouti, et l'avalanche de chiffres est plus ou moins digeste selon les textes, la qualité de l'écriture n'étant pas la force du titre.

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La vérité sur le hamburger - Pourquoi manger moins de viande peut sauver la planète, Collectif de 18 experts dirigé par Marianne Thieme, Éditions Transcontinental, 310 pages.