Maida est morte subitement et Gene, son mari depuis un demi-siècle, se retrouve seul dans leur maison de Colton, au New Hampshire. La sollicitude de leurs amis et de leur fille unique - qui revient régulièrement de Californie pour l'aider à s'organiser - lui pèse. Il s'ennuie de sa femme, de leur quotidien, de leurs habitudes, des petits gestes de complicité qui font que chaque couple est unique.

NATHALIE COLLARD LA PRESSE

Le deuil est un sujet riche - qu'on pense seulement au sublime The Year of Magical Thinking de Joan Didion - qui permet d'explorer des thèmes porteurs comme le couple, l'amour, la famille, ce qui fait qu'une vie a été réussie ou pas.

Gene revisite ses souvenirs et se perd dans ses réflexions. A-t-il idéalisé sa vie amoureuse et familiale? Les gens qui l'entourent - Ed et Gayle, les amis de toujours - ont-ils une lecture différente du couple qu'il formait avec Maida?

Sa femme a-t-elle été aussi heureuse que lui, ou cachait-elle quelques secrets? Ou des regrets? Et que dire de sa relation avec sa fille, mère seule presque toujours sur la défensive avec lui? Gene s'est toujours perçu comme un père aimant qui a tout donné pour rendre sa famille heureuse. L'a-t-il vraiment été?

L'auteure Katharine Dion s'est glissée avec beaucoup de talent et de crédibilité dans la peau d'un septuagénaire endeuillé qu'elle rend à la fois vulnérable et attachant dans sa quête de bonheur.

Il s'agit d'un premier roman pour la jeune femme et on est complètement séduit par la profondeur et la justesse de ses personnages, par la sensibilité de son écriture, par l'intelligence du coeur. Au passage, l'auteure aborde le thème on ne peut plus actuel de la condition féminine: elle évoque la vie des femmes d'une certaine génération, de qui on attendait qu'elles soient presque invisibles, entièrement dévouées à leur mari et leurs enfants.

Elle effleure aussi les sujets de la maternité et des nouvelles formes familiales qui redéfinissent le rôle du père... Enfin, Après Maida recèle quelques très beaux passages sur la littérature. Bref, voilà un premier roman remarquable. On suivra assurément tout ce qu'écrira Katharine Dion à l'avenir.

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Après Maida. Katharine Dion. Gallmeister. 272 pages.