À Istanbul en 2016, Peri se fait voler son sac à main en se rendant à une chic soirée. Une photo prise pendant ses études 14 ans plus tôt et conservée dans son portefeuille la plonge dans ses souvenirs.

Janie Gosselin LA PRESSE

D'abord ceux de son enfance, entre un père laïque et alcoolique et une mère musulmane pratiquante et superstitieuse, puis ceux de ses années universitaires à Oxford dans l'avant et l'après 11-Septembre. Là-bas, elle s'est laissée impressionner par un professeur non conventionnel qui enseignait Dieu et poussait ses élèves à confronter leurs préjugés et leurs croyances. Peri s'est liée d'amitié avec une Iranienne farouchement antireligion et une musulmane voilée, féministe et militante pour de nombreuses causes. L'histoire alterne entre les flash-back et la soirée de 2016, où la romancière se moque des riches personnages en les désignant simplement par leur fonction sociale.

Auteure reconnue mondialement, Elif Shafak peint un portrait critique de la société turque contemporaine avec tous les éléments qui la composent : l'histoire, les contradictions, le choc entre les religieux et les laïcs, les emprisonnements politiques et la torture, les débats politiques et la superficialité bourgeoise. Des thèmes intéressants, même si le roman traîne un peu en longueur.

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Trois filles d'Ève

Elif Shafak

Flammarion

472 pages

EXTRAIT 

« Tout en mangeant, Peri observa la pièce. Meubles italiens, lustres anglais, rideaux français, tapis persans, et une pléthore d'objets et coussins à motifs ottomans ; une demeure - certes plus somptueuse que la moyenne - décorée dans le même style que tant d'autres maisons d'Istanbul, mi-oriental mi-européen. Sur les murs étaient accrochées des toiles d'artistes moyen-orientaux connus ou en route vers la célébrité, dont Peri devinait que beaucoup avaient été sur- ou sous-payées, car la scène artistique de la région, peut-être à l'image de sa scène politique, était encore fluctuante. »