Même si l'on garde un souvenir très excitant du printemps érable et que certaines manifs se sont faites les seins à l'air, les grèves étudiantes n'ont en soi rien de sexy. L'idée de raconter leur histoire au Québec, grâce à leurs pancartes et à leurs slogans, est donc une très bonne idée, puisqu'il permet de parler d'un sujet aride à travers un prisme artistique trippant.

Jean-Christophe Laurence LA PRESSE

À force d'imagination retrace, en 400 pages, 55 ans de syndicalisme étudiant, des premiers balbutiements (1958) au fameux printemps 2012, passant par les nombreuses grèves (1968, 1974, 1978, 1986, 1988, 1996, 2005) qui ont jalonné le mouvement.

Si les revendications n'ont guère changé (contre la hausse des droits de scolarité, encore et toujours...) il est intéressant de voir comment les pancartes ont évolué avec les années. En 2012, il n'y avait pas que des pancartes, d'ailleurs, mais aussi de la propagande Facebook, des graffitis, des murales, des pamphlets, des costumes de mascotte et des courtepointes de carrés rouges...

On comprendra que les 400 et quelque reproductions du bouquin sont souvent savoureuses. On se serait passé, toutefois, de tous ces textes mis au féminin par souci de rectitude politique. À force de lire que les étudiant.e.s se sont politisé.e.s parce que bien décidé.e.s et vraiment écoeuré.e.s d'être pris.e.s pour des enfants gâté.e.s pourri.e.s jamais content.e.s, on finit par avoir un peu mal à la tête.

Rassurez-vous, ça fait moins mal qu'un coup de matraque.

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À force d'imagination. Lux, 400 pages.