Lakhdar, jeune marocain un peu glandeur, est à peine sorti de l'adolescence qu'il se fait mettre à la porte par ses parents parce que une seule fois, il a été emporté par son désir pour sa cousine.

Josée Lapointe LA PRESSE

C'est ainsi que commence son errance et Rue des voleurs, oeuvre d'une richesse inouïe. Avec comme toile de fond le Printemps arabe puis la crise économique européenne, le romancier suit le destin de ce jeune homme amateur de vieux polars français, qui essaie de survivre dans les rues de Tanger, faisant mille boulots pour survivre dans une société étouffante. «Tout ce que je veux, c'est être libre de voyager, de gagner de l'argent, de me promener tranquillement avec ma copine, de baiser si j'en ai envie, de prier si j'en ai envie.»

Cri du coeur d'un garçon ordinaire dont le parcours ne l'est pas, qui aboutira dans la dernière partie dans les bas-fonds de Barcelone, sans papier. Et où il est encore enfermé et prisonnier de sa condition, mais témoin lucide et critique des manifestations. Toujours dans la course au Goncourt, ce roman initiatique est d'une immense profondeur et nous fait voir avec un peu de recul le chaos actuel. Brillant et poignant.

Rue des voleurs

Mathias Énard

Actes Sud/Leméac, 252 pages