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Mayonnaise: comme une balle en plein coeur ***1/2

Deuxième roman de la trilogie 1984 annoncée par Éric Plamondon, en hommage à Richard Brautigan, nous retrouvons Gabriel Rivages, alter ego de l'auteur, qui s'inquiétait de ses 40 ans et qui en a maintenant 41. Toujours aussi angoissé à l'idée de mener une vie sans envergure - le deuxième chapitre fait la liste de tout ce qu'il ne sera jamais.

Heureusement qu'il y a Brautigan, le «dernier des beatniks», à qui il emprunte la forme, un amour des tables des matières qui devraient être une oeuvre en soi, ainsi que le mot «mayonnaise», qui clôt La pêche à la truite en Amérique, le roman le plus connu de Brautigan. «Quand j'ai lu ce livre pour la première fois, je me suis dit: "Wow!" Et vous savez quoi, à chaque fois que je le relis, je me redis: "Wow!" C'est d'ailleurs pour ça que je le relis. Wow!»

L'ombre du suicide plane sur les 113 chapitres de Mayonnaise, dont la prose érudite masque à peine le spleen de Rivages. Brautigan est bien plus qu'un écrivain admiré, c'est un père spirituel qui finit par s'incarner dans l'écriture, surtout lorsque le narrateur découvre le secret de ses origines.

En parallèle de la vie du célèbre beatnik, nous avons droit à la genèse de la machine à écrire Remington, compagnie qui a d'abord fabriqué des armes à feu, puis des machines à coudre. Le lien entre l'écriture à la mitraillette et le suicide de Brautigan se fait naturellement. Il écrivait sur la IBM Selectric lancée en 1971. «Il a tapé sur cette machine jusqu'à sa mort, jusqu'à ce qu'il appuie sur la détente originelle, celle d'un revolver.» Et l'oeuvre de Brautigan est une balle perdue qui s'est logée directement au coeur de Rivages.

Avec l'histoire de la machine à écrire, on voit déjà se profiler le troisième tome de la trilogie qui portera sur Steve Jobs, fondateur d'Apple. Et ce qui semblait au départ un exercice de style éclectique dévoile, avec Mayonnaise, une vaste toile d'araignée tissée patiemment par Éric Plamondon, qui nous prend de plus en plus dans ses filets. Ou plutôt, qui nous fait mordre à ses hameçons. Et nous sommes «accros». Après tout, écrit-il, «Brautigan écrit comme il pêche. Il nous appâte avec un détail et file dans la vie et la mort. Au dernier moment, il ferre d'un trait d'humour. Il nous tire de la rêverie comme une truite hors du torrent». Vivement la suite.

Mayonnaise

Éric Plamondon

Le Quartanier, 201 pages

***1/2




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