Ivan est un Havanais plutôt ordinaire. D'abord agent de communications pour le gouvernement de Fidel Castro, il devient aide-vétérinaire après avoir été dégoûté de la politique. À la mort de sa femme, en 2004, il reprend le rêve qu'il caresse depuis sa jeunesse: devenir écrivain.

Mis à jour le 18 mars 2011
Daniel Dubrûle LA PRESSE

Nostalgique, il est hanté par le souvenir d'une rencontre qu'il a faite près de 30 ans plus tôt sur les plages de la capitale: un homme mystérieux qui promenait ses chiens, Ix et Dax, deux magnifiques barzoïs, des lévriers russes impossibles à avoir dans l'île, sauf si on a des contacts en haut lieu.

Il apprendra que cet homme avec qui il a eu plusieurs discussions intéressantes n'est nul autre que Ramón Mercader, vétéran de la guerre civile espagnole, mais surtout l'assassin de Léon Trotski, venu vivre ses dernières années dans le pays de ses grands-parents. Et si Ivan racontait la vie de cet homme?

C'est sur cette base que naît L'homme qui aimait les chiens, neuvième roman de Leonardo Padura paru aux éditions Métaillié. L'auteur cubain, né en 1955, s'est fait connaître pour son cycle des Quatre saisons de La Havane dans lequel son personnage fétiche, l'inspecteur désabusé et nostalgique Mario Condé, tente de faire son travail tout en réglant ses comptes avec son passé dans le Cuba des années 90, marquées par des pénuries et une bureaucratie kafkaïenne.

Avec L'Homme qui aimait les chiens, Leonardo Padura présente son oeuvre la plus aboutie, la mieux ficelée et peut-être la plus noire. L'ancien journaliste, devenu écrivain, a travaillé de nombreuses années à l'écriture de ce roman à saveur historique. Il en ressort un roman choral, traitant de la vie de trois personnages qui ont traversé le XXe siècle et qui n'ont en commun que le fait d'avoir vécu à différents niveaux les affres de la désillusion.

D'abord Trotski, grand héros de la révolution d'Octobre aux côtés de Lénine, chassé du pouvoir en 1927 par Staline et condamné à l'exil en 1929, moment où l'on commence à le côtoyer dans le roman. Vient ensuite Ramón Mercader, jeune militant communiste de Barcelone, engagé dans l'armée républicaine contre les troupes franquistes et qui vient au monde politiquement en 1936 lorsqu'il accepte de mener des opérations spéciales pour une troupe d'élite et dont le résultat sera de devenir le meurtrier du plus grand opposant de Staline, le 20 août 1940 au Mexique.

Ivan, l'unique personnage dont l'histoire est racontée au «Je», peut être vu comme le double de l'auteur. Padura relatait par ailleurs au journal Libération l'histoire du médecin cubain qui avait appris, des années plus tard, que l'un de ses anciens patients, traité pour un cancer dans les années 70, était effectivement Mercader.

Ce roman peut sembler difficile d'accès par le sujet traité. Mais Leonardo Padura, appuyé par le travail de son traducteur habituel René Solis, ne craint aucun tabou et consolide son statut de meilleur auteur cubain contemporain.

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L'homme qui aimait les chiens. Leonardo Padura. Traduit par René Solis. Métailié, 672 pages, 35,95 $.