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L'homme blanc : étonnant premier roman ****

Marie-Claude Girard
La Presse

Comment expliquer que la magie fonctionne ou pas? On pourrait invoquer la grâce du moment, la disponibilité du lecteur, sa sensibilité. On préfère voir ici une question de talent, de réel talent d'écrivain.

Il est absolument réjouissant de découvrir un roman québécois qui raconte avec un tel sentiment de vérité une histoire hors norme se passant à l'autre bout du monde. Et de savoir que c'est un premier roman, que l'auteure a 30 ans, est née à Montréal et n'a jamais mis les pieds en Russie (ce qui ne l'empêche pas d'être solidement documentée). Voilà qui force l'admiration. D'autant plus que le style tout en économie, précis, curieusement dénué d'émotions est très loin de l'exubérance d'un premier roman qui voudrait tout dire à la fois.

Pourtant, l'histoire de Kolia, cet homme né dans un camp de travail en Sibérie qu'imagine Perrine Leblanc, avait tout pour sombrer dans le pathos. Né dans les pires conditions, vite orphelin, il est protégé par un détenu plus âgé, Iossif, qui lui apprend à lire, à compter et même à parler français. Il lui apprend aussi à survivre, en lui faisant mémoriser son «code du zek»: manger moins que sa ration pour habituer son corps à la faim, être plus malin que les caïds, se faire discret, mettre en doute tout ce qu'on lui dit, lire tout ce qu'il peut, même les inscriptions obscènes sur les murs et, surtout, se rappeler qu'il est toujours libre dans sa tête, libre de penser à ce qu'il veut.

Kolia est libéré et envoyé à Moscou. Il y deviendra clown dans un cirque et pickpocket prestidigitateur. Kolia parle peu ou pas. Pas étonnant qu'il devienne l'homme blanc, le Pierrot lunaire et muet, clin d'oeil à la seconde partie des Enfants du paradis de Marcel Carné.

Le temps file, l'Histoire avance. Arrive la Perestroïka. Kolia ira jusqu'en Roumanie sur les traces de Iossif, celui qu'il aimait plus que son père. Comment en est-on arrivé à s'attacher autant au destin d'un homme qui s'épanche si peu? Mystère de l'écriture encore.

L'auteure explique s'être appuyée sur des documents historiques et les témoignages de survivants du goulag.

La semaine dernière, un coup de pouce inattendu lui est venu du Grand Prix du livre de Montréal. Le jury a préféré L'homme blanc aux récents romans de Marie-Claire Blais et de Louis Hamelin. Souhaitons que Perrine Leblanc y trouve un encouragement à poursuivre une carrière d'écrivain.

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L'homme blanc. Perrine Leblanc. Le Quartanier, 184 pages.




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