Le poète, slameur et auteur David Goudreault a lancé cet automne La bête intégrale, qui regroupe ses trois premiers romans. Il promène aussi depuis plusieurs mois, partout au Québec, son spectacle poético-humoristique Au bout de la langue - il le présentera entre autres le 4 décembre à Montréal, au Lion d'or. Il sortira aussi un nouveau roman au printemps.

Mis à jour le 21 nov. 2018
JOSÉE LAPOINTE LA PRESSE

Les artistes multitâches

Pour

Je n'oserais pas être contre moi-même, certains s'en chargent déjà ! Je trouve qu'il y a une démarche d'honnêteté et de vulnérabilité dans cette idée de ne pas se consacrer juste à ce qui marche. [...] Moi, j'aime ça, publier de la poésie, et j'ai envie de faire de la scène. Et puis, même si je donne l'impression de faire plein de choses différentes, c'est toujours lié à l'écriture. Parfois, je publie mes textes, parfois je les lis sur scène, parfois ce sont d'autres qui les interprètent, mais c'est toujours le même geste d'écriture. Je ne me lance pas dans la sculpture et je ne ferai pas de disque de Noël... mais je revendiquerais le droit de le faire ! Toutes les prises de risques sont intéressantes.

Répandre la poésie partout

Pour

Je suis pour à la puissance 1000. C'est la mission que je me donne à petite échelle. Je ne suis pas un expert, mais je suis passionné, j'en lis, j'en écris, j'ai un grand intérêt pour la chose et je crois que je peux contribuer à son rayonnement. Bien des gens ne seront jamais exposés à la poésie de manière agréable. Mon idée, à travers mon spectacle, est de rendre ça accessible, comme on l'a fait pour moi à un moment, et ça a tout changé dans ma vie. Je suis convaincu qu'au Québec, on a deux grandes richesses: l'hydroélectricité et la poésie. Hydro, il y a plein de monde sur le dossier, la poésie, beaucoup moins... Je crois profondément à l'humanisation du monde par la lecture et la littérature.

Accueillir moins d'immigrants au Québec

Contre

Je suis contre en accueillir moins, mais aussi contre cette formulation, car je suis pour l'accueil des immigrants. Avec un investissement massif dans la francisation et l'intégration, par contre. [...] Si on intègre vraiment ces gens, si on les accueille, l'immigration n'est que bénéfique. En parallèle, je suis souverainiste, je suis préoccupé par l'enjeu de la langue, de la culture québécoise, de l'identité, mais comme l'était Gérald Godin, dans un désir de rencontrer l'autre. Je me promène beaucoup dans les classes de francisation, j'y rencontre des gens lumineux avec un parcours de vie incroyable, l'envie de s'intégrer la plupart du temps. Alors à partir du moment où on leur consacre de l'énergie, de l'argent, du temps et de l'amour, il peut en rentrer autant qu'on veut.

Le crucifix à l'Assemblée nationale

Contre

Je suis contre, mais pour la mémoire associée à la religion catholique au Québec. Mais pas à l'Assemblée nationale, parce que ça envoie un message contradictoire. Je suis pour une laïcité, partout, dans toutes les représentations politiques au Québec. Après, la basilique Notre-Dame, des neuvaines au Cap-de-la-Madeleine, je n'ai rien contre. Je suis contre le mélange du public, de l'État et de la religion. C'est clair.

L'omniprésence de l'opinion

Contre

Mais je suis pour la chronique éclairée, par contre ! Et pas seulement les miennes... L'opinion est extrêmement importante, mais à partir du moment où les faits, la science et la discussion se noient dans la violence de l'opinion de tout un chacun, on a un problème. En ce moment, c'est ça l'enjeu. Tout le monde a droit à son opinion, sauf que tout le monde a des porte-voix pour essayer d'enterrer celle de l'autre. Ce qui crée une cacophonie où les scientifiques qui crient moins fort, les pacifistes, les nuancés, les personnes qui réfléchissent davantage avant d'émettre leur opinion, on ne les entend plus. Parce que c'est à qui va crier le plus fort, et que celui qui se fait le plus entendre a d'emblée raison.

Les héros

Contre

L'héroïsme à outrance nie le droit à l'échec. Les librairies, les cinémas, les téléromans débordent de résilience, ça dégouline de partout [...]. Dans mes romans, je donne une voix à ces personnes qui ne sont ni infaillibles ni résilientes. Je suis pour les gens qui s'impliquent dans toute forme de résistance humaniste, mais les héros qu'on nous présente sont souvent des superhéros, alors que les humains ne sont pas super. Et quand ils le sont, ils ne le sont pas tout le temps. Au-delà de ça, il y a aussi les centaines de suicidés par année, les hôpitaux psychiatriques et toutes les personnes qui, pour des raisons génétiques ou sociales, n'ont pas cette résilience. C'est là où les héros me dérangent. Je ne suis pas contre les héros, mais contre la surexposition des héros.