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Le roi des cons: cette langue qui fait mal aux femmes...

Si le Québec a une longueur d'avance dans... (Photo Marco Campanozzi, La Presse)

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Si le Québec a une longueur d'avance dans la féminisation de la langue, beaucoup de travail reste à faire en France, observe Florence Montreynaud, linguiste et féministe française.

Photo Marco Campanozzi, La Presse

La langue française est-elle sexiste ? Pour Florence Montreynaud, cela ne fait aucun doute. Dans son livre Le roi des cons, tout juste paru chez Le Robert, la linguiste et féministe française dénonce une centaine d'expressions que nous utilisons chaque jour, sans mesurer le « mal » qu'elles font aux femmes. Se faire violer ? Tomber enceinte ? Subir une IVG ? À bien y regarder, il y a bien quelque chose qui cloche... Mais il n'est pas trop tard pour corriger le tir, avance l'auteure. Exemples commentés.

Le roi des cons... (Photo fournie par Le Robert) - image 1.0

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Le roi des cons

Photo fournie par Le Robert

« Se faire violer »

Une expression trop entendue, qui banalise un crime. « Dans "se faire", il y a l'idée de quelque chose de volontaire », souligne Florence Montreynaud. On se fait opérer. On se fait épiler. On se fait tatouer... « "Se faire violer", c'est une contradiction dans les termes. Utiliser une violence pareille, en la retournant et en incriminant le sujet, c'est quand même fort. La femme n'est pas volontaire pour subir un acte. » La seule forme correcte, c'est : « elle a été violée ».

« Client » (pour les prostituées)

Si vous dites « client », vous donnez à l'homme « la dignité d'un acte économique », souligne Mme Montreynaud. Vous achetez un pain ? Une coupe de cheveux ? Une pénétration sexuelle ? Tout ça, c'est le même mot : « client ». On banalise, non ? « Moi, je dis qu'acheter un acte sexuel, c'est se faire complice d'un acte économique qui inflige de graves souffrances à des millions de personnes pour la plupart très jeunes. » Il vaudrait mieux dire : « prostitueur ».

« IVG » et « GPA »

« IVG » pour interruption volontaire de grossesse, « GPA » pour Gestation pour autrui. Beaucoup de lettres pour trop de politiquement correct. « Quand on met les initiales, on enlève la chair et on est dans l'abstrait. On se tient à distance. C'est administratif. Alors, on mesure mal l'implication. Bien sûr, on nous dit que c'est pour faciliter. Mais moi, je pense que ça cache autre chose. GPA, par exemple. Ces initiales aseptisées recouvrent un trafic monstrueux où il y a des milliers d'esclaves qui portent des enfants pour des couples riches. » Sa suggestion ? Dire « avortement » et « location de ventre ».

« Tomber enceinte »

« "Tomber", c'est péjoratif, non ? Comme si on ne voulait pas de cet enfant. "Devenir enceinte" serait plus juste... »

« Mademoiselle »

« Vous ne savez pas ce que c'est de se faire dire par un homme : "Vous êtes madame ou mademoiselle ?" Si vous répondez "mademoiselle", c'est comme si vous donniez le feu vert à celui qui vous a posé la question. Je veux bien qu'on dise "mademoiselle" pour les jeunes filles, par opposition à "madame" pour les femmes plus mûres. Mais à ce moment-là, pourquoi on ne fait pas la même chose pour les garçons ? "Mondemoiseau ?" Il n'y a pas de symétrie. C'est comme "nom de jeune fille". Ce n'est pas légal. Il faut dire "nom de naissance", c'est plus neutre.

« Écrivaine », pas « écrivain »

Si le Québec a une longueur d'avance dans la féminisation de la langue, beaucoup de travail reste à faire en France, observe Florence Montreynaud. « Le problème, c'est que la France est un pays centralisé, un pays à papa qui nous dit comment il faut faire. Au Québec, il y a plus de fantaisie, de créativité et de liberté parce que vous êtes plus loin du centre. » Quand s'affranchira-t-on des vieilles règles paternalistes ? Quand dira-t-on « une écrivaine » et non « une écrivain » ? Une « bébée » ? Une « nourrissonne » ? Le changement est en marche, croit l'auteure. « Avec #metoo, la peur et la honte ont changé de camp pour les violences faites aux femmes et je pense que ça va se traduire dans la langue. C'est irréversible. Il ne faut pas être pressé (e)s ! »

Le roi des cons

Florence Montreynaud

Le Robert

159 pages




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