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Lisa Moore, en toute confiance

Lisa Moore.... (PHOTO OLIVIER PONTBRIAND LA PRESSE)

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Lisa Moore.

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND LA PRESSE

Marie-Christine Blais
La Presse

Beau coup pour Metropolis bleu: le festival compte parmi ses invités l'écrivaine terre-neuvienne Lisa Moore, dont la renommée internationale va grandissant depuis la publication de son roman Février, en 2010. L'auteure en profite pour lancer son nouveau roman, Piégé, et en discuter avec nous lors de son passage à Montréal.

«De nombreux lecteurs de Février m'ont raconté à quel point ce roman leur avait permis de faire la paix avec un deuil ou d'autres choses très intimes. Alors, je ne sais pas vraiment comment ils réagiront en lisant un roman sur le pot!», lance Lisa Moore avec un sourire franchement malicieux, dans le restaurant tout blanc où se déroule l'entrevue.

Car c'est en effet la trame de Piégé: nous sommes en juin 1978, et Slaney, jeune Terre-Neuvien de 25 ans, vient de s'évader de la prison où il purgeait une peine pour avoir tenté de faire entrer toute une cargaison de cannabis colombien au Canada. En cavale «d'un océan à l'autre», au cours d'un voyage qui lui fera rencontrer une foule de personnages, Slaney n'aura que deux objectifs en tête: retrouver son compagnon de contrebande Hearn (qui a réussi, lui, à échapper à la justice) et monter une opération de contrebande de cannabis encore plus importante que la première!

«Il faut se remettre dans le contexte, explique Lisa Moore. Dans les années 70, pour la première fois de son histoire, Terre-Neuve était enfin capable de faire de l'argent - et toute l'histoire de la plateforme de forage Ocean Ranger (qui a servi d'inspiration au roman Février) relève d'ailleurs de cette même réalité. Dans Piégé, il est question de jeunes Terre-Neuviens qui veulent faire de l'argent, eux aussi, et sans avoir à répondre à qui que ce soit, en brisant toutes les règles, franchement audacieux. Je me suis inspirée de quatre, cinq histoires de contrebande qui se sont réellement passées à Terre-Neuve à l'époque, alors que personne n'avait jamais entendu parler de drogues.»

«Tout Piégé tourne autour de la notion de confiance. Faire confiance est en soi un paradoxe: c'est comme la foi, c'est une question de tout ou rien; si vous faites confiance à moitié, ce n'est plus de la confiance. Alors qu'il a toutes les raisons de ne plus faire confiance à qui que ce soit - après tout, il est en prison et son compagnon de contrebande ne l'est pas -, Slaney doit pourtant se remettre à faire confiance à ceux qu'il rencontre, il dépend de cette confiance: il est recherché, à la merci de la confiance qu'il peut ou non accorder aux gens qu'il croise. Comment résister au doute, tout en réalisant que la vie, si on ne fait pas confiance aux autres, ne serait-ce qu'un seul «autre», n'en vaut pas la peine?»

Suspense littéraire

On ne se le cachera pas: c'est grâce au talent d'écrivain, à la plume exceptionnellement sensible de Lisa Moore que cette histoire dont on sait bien qu'elle ne peut pas vraiment bien finir - mais qu'est-ce que bien finir, dans les circonstances? - réussit à absorber totalement l'attention du lecteur. Au point de devenir un suspenselittéraire, en quelque sorte, ponctué de très nombreux chapitres. Un page-turner écrit au plus juste, au plus près, au plus fin, traduit avec talent par Claudine Vivier.

«C'est grâce à mon éditrice Melanie Little que j'ai réussi à écrire Piégé en respectant certaines règles du suspense, explique Lisa Moore. Elle m'a appris que ce qui importe dans ce genre de livre, ce n'est pas «qu'est-ce qui arrive ensuite?» [what's next], mais bien «qu'est-ce qui arrive ensuite à qui?» Or, avec Piégé, je voulais écrire un livre qui soit l'exact opposé de Février: au lieu d'un personnage de femme de 54 ans, un personnage d'homme de 25 ans; au lieu d'une veuve mère de famille à la maison, un vendeur de drogue audacieux; au lieu d'un monologue intérieur, beaucoup de dialogues et d'actions; au lieu d'une tragédie, un suspense empreint d'une certaine tristesse. Vous comprenez, comme écrivain, je veux apprendre, pas reprendre.»

À Terre-Neuve et dans le reste de l'Occident, 1978 marque un tournant, selon Lisa Moore. «C'est le début des drogues beaucoup plus dures, des barons de la drogue, et c'est aussi le début des satellites qui peuvent nous suivre sans que nous en ayons conscience. C'est pour moi une métaphore d'une nouvelle chute d'Adam: de même qu'Adam et Ève, jetés hors du paradis, sont nus sans le savoir, de même nous sommes constamment suivis et mis à nu, sans le réaliser. Je n'irais pas jusqu'à dire que nous vivions dans un paradis, mais nous avions jusque-là fait d'incroyables progrès, avec un vrai filet social, des avancées féministes, une ouverture à l'autre. Et, à compter de la fin des années 70, nous avons peu à peu tout gâché.»

Au final, Piégé est en quelque sorte une métaphore littéraire qui sonde la mort d'une certaine innocence, avec toute la subtilité et l'intelligence propres à Lisa Moore. Pour cela, vous pouvez entièrement lui faire confiance.

Piégé

Lisa Moore

Boréal, 352 pages

***1/2




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