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Josélito Michaud: à chacun son heure de gloire

Gloire: gros mot. Très gros mot. Mot chargé, mot changeant, mot-choc qui... (Photo: Alain Roberge, La Presse)

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Photo: Alain Roberge, La Presse

Gloire: gros mot. Très gros mot. Mot chargé, mot changeant, mot-choc qui englobe autant la réussite, le succès, la consécration que la célébrité. Mot clinquant, un brin bling-bling. Mot relatif: on peut tirer une gloire d'un geste à la limite du banal ou la trouver dans un aréna bondé de fans.

À qui, en fin de compte, appartient la gloire? C'est une des 1000 questions que s'est posées Josélito Michaud avant d'entreprendre son troisième bouquin La gloire démystifiée, une collection d'entrevues et de photos d'une trentaine de personnalités québécoises, dont Guy A. Lepage, Denise Bombardier, Véronique DiCaire, Patrice L'Écuyer, Marie-Mai, Justin Trudeau, etc.

Tous ont accepté de confier leurs expériences et leurs réflexions sur la gloire, qu'ils la vivent ou pas et qui, dans bien des cas, ne ressemble pas à une partie de plaisir. La gloire, semblent-ils tous nous dire, c'est de l'ouvrage.

Reste qu'après avoir lu la plupart des témoignages que cet intervieweur hors pair a réussi à soutirer d'un large éventail de candidats, j'avais deux questions. Comment peut-on évoquer la gloire en faisant abstraction de Céline Dion, la plus glorieuse de toutes? Et deuzio, peut-on vraiment parler de gloire quand celle-ci s'exerce au sein d'un minuscule marché de 8 millions d'habitants? La gloire ne doit-elle pas être internationale, universelle et nobélisée pour mériter son nom?

Josélito, très élégant dans son complet anthracite, m'attendait de pied ferme avec mes questions. Il semblait ravi de pouvoir me répondre avec toute la fougue et la conviction dont il est capable. Pour Céline, la question s'est réglée rapidement. Céline n'était pas disponible, mais Josélito se promet d'un jour réaliser une vraie grande entrevue avec elle. Pour le reste, il n'a pas mis son poing sur la table. Mais presque.

«D'abord, on va régler une affaire: on vit de la gloire au Québec. On la vit à notre échelle. Elle n'est pas comparable à celle de Justin Bieber, mais elle existe. Nous avons un star-system unique au monde. Et, bien franchement, je suis tanné de nous voir nous déprécier constamment. Ce n'est pas vrai qu'on ne vaut rien. Tout le monde mérite son heure de gloire. Chacun a sa montagne à gravir, que ça soit le mont Saint-Bruno ou l'Everest. Ça, c'est une parole de Bernard Voyer que je n'ai jamais oubliée.»

Après avoir exploré avec succès le thème du deuil avec Passages obligés, puis raconté son enfance en foyer d'accueil avec Dans mes yeux à moi, Josélito a entrepris ce plus récent livre pour éclairer le grand public autant sur les dessous, les bonheurs et les gratifications de la gloire que sur ses pièges.

La bougie d'allumage fut une boutade de sa fille Yasmeena qui lui a lancé, à 8 ans: «Papa, quand je vais être grande, je veux être une star.» Mais déjà, à ce moment-là, celui qui a horreur du vide et qui est constamment à l'affût d'un nouveau projet avait commencé à explorer le sujet. Comment? En dévorant toutes les biographies de gens célèbres sur le marché, puis en relisant les vieux rapports de recherche des centaines de personnalités qu'il a interviewées.

«C'est à partir de mes lectures que j'ai commencé à dégager une sorte de profil type des candidats à la gloire, raconte-t-il. Ce sont des gens qui recherchent le regard des autres. Le père est fondamental dans leur quête. Ils veulent lui ressembler ou lui prouver quelque chose. La mère joue plutôt le rôle de motivateur. Les candidats à la gloire ont des tempéraments obsessifs, monomaniaques et, dès qu'ils rencontrent leur premier point de bascule et qu'ils doivent choisir entre le bon et le mauvais chemin, d'instinct, ils choisissent le bon. C'est comme ça qu'ils gravissent leur premier Everest.»

Mais c'est arrivé au sommet des sommets que les choses se compliquent, dit-il. Subitement, l'ex-impresario cède le pas à l'animateur et au producteur pour exposer sa théorie du miroir, miroir.

«Sous prétexte de protéger celui qui est au sommet, son entourage l'isole. Un fossé se crée entre la réalité et le monde qu'il s'est construit. Il se retrouve tout seul dans sa tour d'ivoire avec un entourage qui ne le critique jamais, de peur de perdre sa job. Le résultat, c'est qu'ils l'abandonnent à son pire ennemi: lui-même. Et crois-moi, j'en ai vu des vedettes perdre la carte à cause du manque de vigilance de l'entourage ou du gérant.»

Josélito, le gérant

Impossible de ne pas saisir l'occasion pour lui demander s'il était, pour Isabelle Boulay, le genre d'impresario qu'il décrie. Josélito se rembrunit. Bien que sa rupture professionnelle avec la chanteuse remonte à plus de 10 ans, Josélito se refuse encore au moindre commentaire, évoquant la sempiternelle clause de confidentialité que les deux ont signée.

Au plus, il affirme qu'il n'a pas été ce genre d'impresario-là, parce qu'il a toujours été quelqu'un de lucide qui ne se faisait pas d'illusions.

Dans les coulisses du showbiz, qu'il n'a eu de cesse de fréquenter, Josélito en a vu de toutes les couleurs. Il se souvient de ce vieillard courbé qui est arrivé dans son studio un jour. Dès que les lumières se sont allumées, le vieillard s'est redressé et a rajeuni de 20 ans. Il s'appelait Gilbert Bécaud.

Mais Josélito demeure convaincu que la gloire ne règle pas tous les maux de la terre. Des fois, elle ne règle rien du tout.

«Admet que c'est un sujet fascinant! me lance-t-il à brûle pour point. Je pense que tout le monde rêve secrètement de connaître la gloire et d'être regardé et admiré. C'est ce qui explique le phénomène Facebook, lui-même alimenté par le narcissisme de l'époque.»

Et Josélito, lui, dans tout cela? A-t-il accédé à la gloire, court-il après? Il hoche de la tête, l'air de dire: la gloire, connais pas.

«J'ai connu une forme de réussite et de visibilité, poursuit-il. Pour les gens de mon coin, à Matane, c'est la gloire. Mais moi, ce qui me motive avant la gloire, c'est la créativité et la possibilité de mener ma barque librement sans être tributaire d'un patron qui décide pour moi.»

Il ajoute que sa grande découverte en réalisant La gloire démystifiée fut la photographie. Les photos impressionnistes et assez réussies du livre portent toutes sa signature.

«Derrière l'appareil photo, j'étais dans l'ombre et ça m'a fait le plus grand bien. Je voyais des choses que je n'avais pas vues avant et j'avais le sentiment d'aller au bout de quelque chose.»

Ces dernières paroles laissent croire qu'à l'avenir, Josélito se tiendra à distance des feux de la rampe et en retrait des projecteurs de la gloire. Il n'en est rien. Il négocie actuellement à la fois un retour à la radio à l'automne prochain et un retour à la télé tant à TVA qu'à la SRC.

Son absence du petit écran, après avoir bouclé six ans de la série On prend toujours un train, aura duré à peine un an. La gloire, connais pas? Permettez-moi d'en douter.

La gloire vue par...

Daniel Bélanger

«Je ne crois pas que la gloire soit essentielle à un développement sain et ordinaire. Ce n'est pas tellement la gloire qui est importante, c'est la reconnaissance. La gloire, c'est des calories vides. C'est super bon sur le coup, mais c'est peu nourrissant. A contrario, la reconnaissance inspire.»

Coeur de pirate

«La célébrité m'a appris à être plus sociable. Avant, j'étais un chat sauvage, je ne me laissais pas aborder. Plus jeune, j'étais la fille pour qui les gens avaient peu de considération. Les gens m'ont vue comme une cible facile, donc pendant longtemps les gens ont ri de moi, mais je ne savais pas pourquoi.»

Patrice L'Écuyer

«Je n'ai pas la constitution pour être un acteur. Le nombre d'humiliations que tu subis et de rejets que tu vis quand t'es acteur, c'est énorme. Il faut que tu sois tellement fort. Ce n'est pas le fait de ne pas travailler que je trouve difficile. C'est le fait de ne pas savoir si tu vas retravailler un jour. Je n'aurais pas été capable de vivre ça. J'aurais été angoissé et j'aurais fait des ulcères. Si j'avais été un acteur, j'aurais été le plus torturé et le plus malheureux sur la Terre.»

Marie-Mai

«Je suis encore obsédée (par ma carrière), mais je suis plus obsédée par la musique. J'y rêve encore, seulement j'ai un rapport différent à ce rêve. À l'époque, je rêvais d'avoir quelque chose que je n'avais pas et que je voulais beaucoup. Aujourd'hui, je rêve de garder tout ce que j'ai.»

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La gloire démystifiée. Josélito Michaud. Libre Expression, 312 pages. En librairie le mercredi 2 avril.




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