Dix ans après un doublé historique pour AdélaIde (2001) et Florent (2002), les deux dernières parties de la trilogie Le Goût du bonheur, Marie Laberge a reçu samedi un troisième Prix du Grand Public Salon du livre - La Presse pour Revenir de loin, son dixième roman (Boréal).

Daniel Lemay LA PRESSE

«Il y a des moments dans la vie où les marques d'amour sont plus importantes qu'à d'autres», a souri Marie Laberge en acceptant ce prix doté de 2000$ avec l'élégance qu'on lui connaît. «Il me semble que j'apprécie mieux cette fois l'amour redit...»

La constellation du lynx de Louis Hamelin (Boréal), Le Passage obligé de Michel Tremblay (Leméac), Contre Dieu de Patrick Sénécal (Coups de tête), Le secret du coffre bleu de Lise Dion (Libre Expression) apparaissaient aussi dans la liste des 15 romans soumis au choix du public, liste dressée à partir du palmarès des ventes de l'Association des libraires et du Système Gaspard de la Banque de titres de langue française (BTLF).

Dans le volet Vie pratique - toujours bien  mal nommé -, le public a choisi Tintin et le Québec - Hergé au coeur de la Révolution tranquille de Tristan Demers, une idée originale du «tintinophile» Christian Proulx, publié par Hurtubise et Moulinsart. Presque aphone à cause de ses nombreuses conversations avec ses fans au Salon, Tristan Demers (Gargouille, Cosmos Café), n'en a pas moins remercié le public et «la famille Foulon», famille élargie quand on compte tous ceux et c elles qui ont collaboré à ce superbe ouvrage qui a nécessité trois ans de recherches sur deux continents.

Avec une riche iconographie comptant plusieurs documents inédits, Tintin au Québec nous fait revivre  des aventures comme la série diffusée à la Radio de Radio-Canada en 1962, avec Jean Besré dans le rôle de Tintin, Lionel Villeneuve avec sa voix de stentor en capitaine Haddock et le merveilleux Paul Buissonneau dans le double rôle des Dupondt. Le corps du livre porte par ailleurs sur le voyage de Hergé au Québec en 1965, au cours duquel le célèbre bédéiste (le mot n'existait pas encore ici) sera la star du 7e Salon du livre (première époque) au Palais des congrès de la rue Berri. Hergé (RG pour Remi, Georges) se rendra ensuite à Québec et la Manicouagan où il n'aura pas eu trop le temps de s'ennuyer.

Tintin au Québec constitue un ajout brillant, je dirais même plus, un brillant ajout à l'histoire culturelle québécoise.

Vedettes de la télé, vedettes, point

«Un salon du livre ne fait pas de vedettes. Un salon du livre confirme le statut des auteurs vedettes». L'éditeur Pascal Assatiany sait de quoi il parle. Hier après-midi, vers 16 h 30, le stand du Boréal était totalement encerclé. À un bout, une file d'attente pour Marie Laberge fraîchement auréolée du Prix du Grand Public - La Presse; à l'autre, Dany Laferrière qui n'en finit plus de signer des dédicaces (avec arabesques) pour l'Art presque perdu de ne rien faire.

Des stars, des stars généreuses qui prennent le temps d'échanger quelques mots avec les gens qui viennent d'acheter leur livre (voici le coupon...).

Chez Leméac, une dame vient dire à Marie-France Bazzo combien elle admire son intelligence et sa combativité. «Ouf! Ça fait du bien pour l'ego, les salons du libre», lance la co-auteure de De quoi le Québec a-t-il besoin?, avec Jean Barbe et notre collègue Vincent Marissal.

Toutes sortes de stars qui doivent toutes, maintenant, poser avec la blonde ou le chum pendant que l'autre fixe le cadrage dans le téléphone portable. «J'vas en prendre un autre, au cas...»  

Affluence constante devant Josélito Michaud qui était aussi finaliste au Prix du public avec Dans mes yeux à moi (Libre Expression), à la table de Serge Chapleau pour l'Année Chapleau et longue, longue file au stand des Éditions La Presse pour Michèle Richard qui vient de signer, avec Benoît Gignac, Dressée pour être une star. Dans la longévité et dans l'art d'être juste une star, point, personne n'arrive à la hauteur de l'inoubliable interprète des Boîtes à gogo.  

Pas sûr que Georges Laraque va durer aussi longtemps, mais si les jeunes fans qui l'attendaient hier au stand des Éditions de l'Homme lui restent fidèles, le chef adjoint du parti vert du Canada pourrait être encore sur le podium dans 40 ans... S'agit d'avoir La force d'y croire et l'ancien dur du Canadien - il a été remercié une semaine après son unique but à Montréal, pour cause de «distraction» -  représente un alliage assez unique de force et de foi en soi.  

Pour rester dans le hockey, nous avons dressé la liste des titres qui nous sont tombés sous les yeux au cours de nos longues déambulations au Salon.  Le gros du corpus se trouve dans les sections jeunesse, sous la forme d'histoires ou de livres de «faits de hockey». Ici Le démon du hockey de Luc Bossey et Philippe Girard (Glénat Québec) et Suspense à l'aréna de Danielle Boulianne (Phoenix); là, la BD La patinoire en folie de Pierre Huet  (400 Coups) et Quel match!, une autre histoire du tandem Gravel/Heban dans la série La ligue Mikado 2 de Scholastic.  

Pour les plus grands, deux beaux livres: Xtreme Hockey de Stephen Cole (Parfum d'encre et l'Âge d'or du hockey - La belle époque des six (cadeau pour grand-papas) chez Hurtubise.

Un dissident pas peureux : François Barcelo, auteur d'un roman noir J'haïs le hockey aux Coups de tête, un titre qui semble emprunté à René Homier Roy.  

La possibilité de la résurrection des Nordiques de Quebecor a par ailleurs ravivé l'intérêt pour un sujet bien connu  des Québécois et qui obligera bien tôt les libraires à ouvrir une section spéciale: au Salon 2011, on a vu La grande rivalité Canadien-Nordiques, du journaliste sportif (de Québec) Jean-François Chabot (Éditeurs Réunis) et La rivalité Canadiens-Nordiques, signé par Steve Lasorsa aux Presse de l'université Laval (de Québec), où l'on prend le sport très au sérieux.

Dans un autre ordre, l'éditeur Septentrion (de Québec) propose l'histoire d'une game qui a duré pas mal plus longtemps parce que l'arbitre (vendu) était au Vatican et qu'il n'y avait pas d'internet dans le temps: La rivalité universitaire Québec-Montréal, un ouvrage signé Marcel J. Rheault. Ici le score - Montréal 1920, Québec 1852 -- n'indique pas l'allure du match...

Quoi, le but d'Alain Côté? Jamais été bon... Jamais, jamais!