L'Afrique du Sud compte quelques bons auteurs de polars parmi lesquels James McClure, Wessel Ebersohn, Louis-Ferdinand Despreez (qui écrit en français) et Deon Meyer, qui figure en bonne place dans mon palmarès personnel. À ceux-là, il faudra désormais ajouter Roger Smith, producteur, réalisateur et auteur de scénarios du Cap, qui fait une entrée fracassante dans le monde du polar avec Mélanges de sangs, récit captivant plein de bruit et de fureur, dont il est difficile de croire que c'est un premier roman!

Norbert Spehner, collaboration spéciale LA PRESSE

Au Cap, Jack Burn, sa femme et son fils sont en train de dîner lorsque deux membres d'un gang arrivent pour les dévaliser. Burn, ex-marine américain parti se réfugier en Afrique du Sud après un hold-up meurtrier, surprend les deux lascars et les tue froidement. Du coup, il se retrouve dans le collimateur de Rudi «Gatsby» Barnard, flic boer obèse et puant (littéralement! un vrai putois, aux dires de ceux qui sont obligés de le côtoyer), sombre canaille qui rappelle à la fois les pires ordures des polars de Jim Thompson et l'infâme Hank Quillan, le flic véreux et repoussant incarné par Orson Welles dans La soif du mal (1952).

Barnard est un être totalement corrompu, un assassin et un tortionnaire qui n'hésite pas à s'en prendre aux femmes et aux enfants. Il terrorise un quartier délabré du Cap, un enfer urbain baptisé Les Flats où logent la majorité des Métis de la ville. Curieusement, ce ripoux répugnant est aussi un fanatique religieux qui ne jure que par Jésus! Sa chance va tourner quand il sera traqué par Disaster Zondi, un enquêteur venu de Johannesburg qui veut sa tête pour torture, meurtre et corruption, et Benny Mongrel, veilleur de nuit, ex-taulard membre d'un gang, dont il a tué le chien et qui a juré d'avoir sa peau.

Pour obtenir l'argent nécessaire à sa fuite, Barnard enlève le jeune fils de Burn: il veut lui soutirer le butin que l'Américain a ramené en Afrique du Sud. Ce roman très noir est un tourbillon époustouflant d'événements tragiques dans lequel s'agitent une galerie étonnante de personnages hauts en couleur, plus tordus les uns que les autres, une véritable cour des miracles qui grouille de paumés, de perdants, de prostituées, de camés, d'assassins, de malfrats, de trafiquants et de flics corrompus!

Pas de finale hollywoodienne: le dénouement du récit est violent, implacable, car le destin de toutes ces crapules est tracé d'avance, en lettres de sang. Seul l'étrange Disaster Zondi, flic intègre, tire son épingle du jeu et surnage dans toute cette fange. Le metteur en scène australien Phillip Noyce (Jeux de guerre, Bone Collector) va adapter le roman, avec Samuel L. Jackson dans le rôle de Zondi.

Mélanges de sangs rappelle les meilleurs polars de Deon Meyer ou l'excellent Zulu, de Caryl Férey. Une expérience de lecture éprouvante, certes (certaines scènes sont très dures), mais totalement fascinante. Un superpolar à ne pas manquer, et qui brille de tous les éclats du noir!

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Mélanges de sangs

Roger Smith

Calmann-Lévy, 306 pages

**** 1/2