Guy Laliberté portait sa casquette d'artiste, hier, pour le lancement de son livre Gaïa, présenté au Musée d'art contemporain. Le beau livre publié aux éditions Assouline regroupe près de 300 photographies de la Terre prises par le fondateur du Cirque du Soleil durant son voyage dans l'espace, à l'automne 2009.

Jean Siag LA PRESSE

Une cinquantaine de ces photos en format géant seront par ailleurs exposées du 1er septembre au 10 octobre dans le coeur du Quartier des spectacles, sur la promenade des Artistes (située entre le Complexe des sciences de l'UQAM et la Place des Arts). L'exposition urbaine entamera ensuite une tournée mondiale.

Tous les profits provenant de la vente des livres et de l'exposition seront versés à sa fondation One Drop, mise sur pied en 2007 pour lutter contre la pauvreté en favorisant l'accès à l'eau potable. Un partenariat avec la fondation du Mouvement Desjardins a également été annoncé pour l'exposition Gaïa, qui sera notamment présentée à Québec et à Toronto.

«Toucher les gens»

«Mon objectif est de toucher les gens, comme pour les spectacles du Cirque, a confié l'auteur en entrevue. C'était aussi l'objectif de ma mission poétique et sociale et du spectacle, qui a été diffusé dans 14 villes (De la Terre aux étoiles pour l'eau, un conte écrit par Yann Martel).»

Guy Laliberté a également l'intention de verser 1% des recettes provenant de la vente des billets des spectacles du Cirque du Soleil à One Drop. «Il est temps de faire de la philanthropie autrement. À travers des projets artistiques», dit son président. Avec le 1% déjà versé à l'organisme Cirque du monde, qui vient en aide aux jeunes de la rue, cela fait donc 2% des recettes totales qui serviront à financer des projets humanitaires.

On se souvient qu'en octobre 2009, Guy Laliberté s'était envolé à bord du vaisseau russe Soyouz après avoir suivi un entraînement de près de six mois. Il avait payé près de 35 millions pour participer à cette virée spatiale de 11 jours.

Même si le projet Gaïa n'était pas planifié, le «premier explorateur privé de l'espace», selon l'expression de l'astronaute canadien Steve MacLean - présent au lancement -, avait bien l'intention d'immortaliser son voyage. «Ça faisait partie de mes souvenirs de voyage. Mais lorsque j'ai montré mes photos à ma famille et à mes amis, j'ai réalisé quel impact émotif elles avaient, dit-il. J'ai ensuite rencontré Prosper Assouline, un grand éditeur de livres sur l'art, et le projet a décollé.»

Armé de plusieurs appareils, dont un Nikon D3X et un téléobjectif de 800 mm (soudainement devenu léger avec l'apesanteur), il a ramené près de 10000 clichés, pris à partir de cinq fenêtres de la Station spatiale internationale, qui a fait 176 fois le tour de la Terre! Villes, volcans, déserts, montagnes, une quarantaine de pays ont été croqués de l'espace.

«Chaque caméra était réglée sur l'heure de Greenwich, précise Guy Laliberté. De retour sur Terre, j'ai financé un projet universitaire qui nous a permis, à partir de ces données, de repositionner les photos avec Google Earth.» Les photos publiées sont accompagnées de courts textes ou de réflexions d'auteurs, de poètes et de penseurs, «des gens plus grands que moi», dit-il.

«J'ai pris ces photos avec un regard d'enfant, comme lorsqu'on observe la forme des nuages dans le ciel», dit Laliberté qui se qualifie de «photographe amateur». Et pourtant, la qualité des photographies, prises à environ 350 km de la Terre, est impressionnante.

De véritables oeuvres d'art, avec des formes qui s'apparentent à des animaux, des textures et des couleurs qui ont déjà inspiré des créateurs du Cirque, à commencer par Robert Lepage, qui a utilisé des clichés dans le numéro des cosmonautes que l'on peut voir actuellement dans Totem. Des employés du Cirque ont également l'intention de s'en inspirer pour confectionner des costumes.

Il l'a dit à plusieurs reprises, son voyage dans l'espace a eu le mérite de faire connaître sa fondation. Les retombées ont été, selon Guy Laliberté, très importantes. «Non seulement on a fait connaître One Drop, mais on a maintenant accès à de grandes fondations, avec qui on est en train de faire des partenariats, et avec qui on mène des projets sur le terrain pour sauver des vies.»

Gaïa a été publié en trois formats, une édition de luxe reliée à la main et limitée à 1000 exemplaires, vendue à 7000$, et deux autres formats à 750$ et 68$.